20 : Que gronde le chaos

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Il pleuvait.

Depuis leur départ, une semaine plus tôt, Eldrid était d'une humeur massacrante, tout comme Godwin. Et le ciel qui déversait sur eux des trombes d'eau depuis plusieurs jours n'aidait pas.

Godwin n'avait pas revu le roi depuis leur discussion houleuse. Depuis cet ordre qu'il avait reçu de faire d'Eldrid une Saxonne, de la tourner contre les barbares.

Dieu qu'il se haïssait !

Il avait tout fait échouer, simplement parce qu'il n'avait pas été là au bon moment. Il pouvait tenter de rattraper les choses, de détruire le traumatisme à coups de baisers, d'endormir sa méfiance avec de belles promesses, de panser les plaies avec de la tendresse. C'était inutile. Eldrid ne serait jamais saxonne, pas après ce que les villageois lui avaient fait subir.

Elle s'était déjà donnée aux barbares, à ceux qui avaient pillé et brûlé son village, massacré les siens, qui avaient fait d'elle une thraell. Jamais elle ne pourrait encore opérer un tel sacrifice, en se dévouant cette fois à ceux qui l'avaient persécutée, humiliée, lynchée. Elle ne serait jamais saxonne, car il lui en avait déjà trop coûté de devenir une barbare.

Et tout cela avait le don certain d'agacer Godwin au plus haut point. Il aurait pu y arriver. Il voyait bien comment Eldrid l'avait regardé : elle ne l'avait plus vu comme un danger, mais comme quelqu'un qui s'était dressé devant l'ennemi pour la protéger. Et cet ennemi, au lieu d'être danois, était saxon.

Godwin n'avait de cesse de se remémorer le crépuscule passé près de la rivière. Leur étreinte.

Un éphémère instant où il avait pu enfin serrer contre lui Eldrid.

Et depuis, plus rien. Ils étaient à nouveau plongés dans l'indifférence, Eldrid profondément retranchée en elle-même, Godwin ressassant ses doutes et ses regrets.

Il détestait la pluie. Elle abaissait le moral des troupes, faisait perdre en visibilité, couvrait les sons, et chaque goutte glacée qui s'écrasait contre sa peau le déconcentrait.

Ce fut sans doute pour cela qu'il ne remarqua pas l'agitation qui secouait les fourrés bordant le fin sentier boueux qu'il suivait.

Le destrier de Godwin se cabra, et le soldat sentit Eldrid se contracter contre lui.

Il n'eut pas le temps de la rassurer. Des hommes jaillirent des massifs, leur barrant la route. Ils tenaient dans leurs poings une collection impressionnante d'épées, de coutelas et de lances.

— Mettez pied à terre ! aboya l'un deux.

— Et si vous tenez à la vie, vous nous donnerez bourses, chevaux et armes, ajouta un autre.

Godwin se raidit. Avec la rapidité prodiguée par l'habitude, il dénombra neuf hommes. Vêtus de haillons, amaigris et sales — mais armés.

Il sentit les doigts d'Eldrid s'enfoncer dans son bras. Il prit une profonde inspiration, tant pour juguler la douleur causée par la jeune femme que pour chasser de sa voix toute trace d'agacement.

— Je ne crois pas. Vous allez nous laisser passer, ou je vous passerai par le fil de ma lame. Tous autant que vous êtes.

Des rictus lui répondirent.

— Tu es seul. Tu n'as aucune chance. Descendez de vos montures et aucun mal ne vous sera fait.

Godwin poussa un soupir. Il mit pied à terre, sentant à peine la main d'Eldrid qui le retint une poignée de secondes.

— C'est bien, tu te montres enfin raiso...

Le soldat tira son glaive.

— Ou peut-être es-tu juste stupide, ricana un malandrin

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !