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Je me souviens d'une visite de l'école élémentaire du même groupe scolaire, ce lieu était tellement immense pour mes petits yeux bruns que je croyais visiter un collège. Dans le hall, j'en ai fait tomber mon jus d'orange. À l'époque, je n'avais pas conscience de ce qu'était la gravité, au désespoir de mes parents. Lorsque je lâchais une chose dont je m'étais lassé, elle ne flottait pas dans les airs, tel que je le pensais.

Il m'a fallu du temps pour comprendre, pour apprendre.

J'étais un grand, enfin.

Direction : ma nouvelle école ! Élémentaire cette fois.

Mes parents m'ont orienté vers un autre lieu d'apprentissage, d'un autre groupe scolaire.

J'étais très enthousiaste à l'idée de ce changement et j'ai bien fait.

J'étais très bien dans cet établissement, dans cette fourmilière pour gosses, dans cet endroit qui ressemble fortement à une prison colorée, aux barreaux blancs et aux jeux psychédéliques, là où tout est facile, là où tout est permis. L'audace intelligente y est présente en masse.

Tout le monde se mélange, la copine que l'on cause nous échange sa paire de chaussures, le temps d'une folle récréation. Celle qu'on ne cause plus boude et cherche des excuses. C'est le début de la contre-argumentation.

À l'école élémentaire : on apprend vite, on joue au football, on est des élèves modèles, on se bat dans la terre comme des lionceaux, on comprend, on essaie d'imiter les grands, on invente des chorégraphies, on joue un œil de chat, un boulard, ou une agate sur une plaque d'égout entourée de petits énergumènes débordant d'énergie.

J'ai passé l'étape de l'école élémentaire avec brio, il faut le dire. Mon agressivité s'est nettement estompée et en classe, je fournissais un travail exemplaire.

Malgré cela, mon enfance a été un peu tumultueuse. En effet, j'ai toujours eu beaucoup de copines, de copains ; mes notes étaient assez bonnes, mais je n'ai jamais été assez bon pour mes parents. J'avais quatorze voire quinze de moyenne, ils voulaient que j'ai au minimum dix-huit. J'étais entouré, je connaissais l'amitié, ils voulaient que je connaisse également l'amour. Et vite.

Plusieurs fois quand j'étais petit ou adolescent, j'ai fait croire à mes parents que j'étais en couple : des ami.e.s me rendaient service en venant chez moi et en m'embrassant sur la bouche, pour que mes ascendant.e.s soient « rassuré.e.s ».

Mon entrée au collège s'est plutôt bien passée, malgré une autorité qui a frappé immédiatement et fatalement sur des élèves bien trop jeunes et insouciants pour se discipliner aussi rapidement. Comprendre les paroles strictes, dures et froides des adultes était difficile, inhabituel et prématuré. C'est seulement quand j'étais réellement bien intégré que cela s'est gâté.

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !