1c. Vers un recul de la durée légale de l'existence ?

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Avec l'explosion de l'espérance de vie des hermaphrodeus, passée de 110 ans à 120 ans en l'espace d'une décennie, il devient de plus en plus difficile pour les autorités de satisfaire les envies mapaternelles des résident·es d'Yggdras-Îles. Les permis de grossesse se font rares et le tirage au sort par quartier génère beaucoup d'insatisfaction.

« On ne sait même pas si on pourra enfanter un jour, c'est insupportable. » nous avouait hier un·e quadragénaire. « Je suis au tiers de ma vie. Cela fait treize ans que je dépose une candidature annuelle en espérant être tiré·e au sort... Treize ans ! Je comprends celleux qui décident de procréer dans l'illégalité en dépit des risques. »

Depuis le début de l'année, trente naissances illégales ont déjà été répertoriées. Chacune a été sanctionnée par une descente forcée dans le Tréfonds.

« C'était terrible » se souvient un·e locataire dans un gratmosphère du troisième arrondissement, témoin d'une arrestation à son étage. « J'étais sur le pallier et j'entendais la voix calme d'un·e agent·e expliquer que la population était saturée et que quelqu'un·e, dans le logement voisin, devrait obligatoirement être envoyé·e dans le Tréfonds pour compenser la naissance illégale... Je voyais le petit minois de l'enfant dans l'entrebâillement de la porte. Iel devait avoir quatre ans. Vous imaginez ? Quatre années de vie dissimulées... Et tout à coup, à cause d'une minute d'inattention, parce que vous n'êtes par parvenu·e à faire cesser les pleurs de votre enfant à temps ou parce qu'iel a ri trop fort, quelqu'un·e vous dénonce et tout s'écroule. Bien entendu, aucun parent ne pourrait supporter d'abandonner son enfant sur Ygg-dras-Îles, ou pire, d'en faire un·e orphelin·e du Tréfonds ! C'est pour ça que l'hermaphrodeus d'à côté a préféré descendre, je pense, pour ne pas être séparé·e de son enfant... Une tragédie... Le surlendemain, un·e nouvelleau locataire emménageait. »

D'après les statistiques des autorités, 80% de ces infractions sont découvertes par délation. Un autre indice de la détérioration des rapports sociaux, de la solidarité et de l'adelphité, selon les expert·es du comportement des hominidés humanoïdes.

« En situation de restriction, de rationnement, plusieurs réactions sont possibles. La résistance sociale est un long processus de politisation. Beaucoup d'individus n'ont pas la patience de saisir cette option. L'instinct de conservation est plus fort, il pousse au pire. Les délateurices collaborent avec les autorités parce qu'iels espèrent ne tirer un bénéfice immédiat. Comprenez bien que chaque fois qu'un parent accompagne sa progéniture dans le Tréfonds, une autorisation d'enfantement est délivrée dans le quartier où une place s'est ainsi libérée. Il ne faut pas croire que les hominidés humanoïdes soient foncièrement vicieux et cruel·les : iels sont simplement désespéré·es. »

Afin de remédier à ce problème, des démographes et des statisticien·nes ont suggéré d'abaisser la durée légale de l'existence à cent quinze ans. Nous avons demandé leur avis à quelques passant·es :

« Je refuse de payer de ma vie pour les enfants des autres ! » s'indigne l'un·e d'entre elleux. « J'ai quatre vingt trois ans. Je n'ai jamais eu d'enfant ni l'envie d'en faire, je suis très bien comme ça. Je refuse d'écourter ma vie pour que d'autres puissent satisfaire leurs désirs égoïstes ! »

Que faire alors ? Nous avons posé la question à @Médéric_Saturne, successeureuse pressenti·e de du la gouverneurice @Thys_Saturne. Iel nous a répondu dans cette entrevue exclusive :

« Les enfants sont un bien commun. Iels n'appartiennent pas à celleux qui les portent mais à la communauté entière. Nous réfléchissons en ce moment à un système de garde alternée ou partagée qui permettrait à la fois de satisfaire les instincts mapaternels de nos concitoyen·nes et de donner aux enfants des repères. On pourrait par exemple attribuer un nourrisson pour dix personnes, que l'on logerait au même étage d'un gratmopshère. Ce n'est encore qu'une supposition, nos réflexions en sont encore au stade embryonnaire. »

Il faudra en effet décider du sort des enfants qui sont déjà la propriété exclusive d'un individu et mettre au point un algorithme susceptible d'identifier des personnes aux profils parentales compatibles. Nous dirigeons-nous vers un retour de la cellule familiale nucléaire, comme au temps de Gaïa ?

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