Chapitre 8 - Juliet (Partie 2)

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Dès qu'il avait reçu le message de sa femme, Tristan avait filé. Sous la neige et le soleil couchant, le trajet jusque chez lui avait été pénible. La route vallonnée glissait tellement qu'il avait mis plus d'une heure à faire la dizaine de kilomètres qui le séparait de sa maison et il n'avait pas évité quelques dérapages incontrôlés. Que lui avait-il pris de traîner avant de consulter son téléphone ?

À son arrivée chez lui, il avait crié son prénom. Plusieurs fois. Inquiet de son silence, il avait grimpé les escaliers quatre à quatre pour rejoindre la chambre. C'était là qu'il l'avait trouvée. Le téléphone était encore dans ses mains. Avachie, baignant dans son sang, Juliet ne montrait plus aucun signe de vie. La jeune femme semblait gésir contre le lit depuis des heures et sa poitrine ne se soulevait pas. Tristan ne remarqua pas les traces de sang qui maculaient les murs et le sol de leur chambre, il se jeta sur elle pour tenter de la ranimer. Son corps était chaud. À sa grande surprise, elle respirait encore, faiblement, mais elle respirait. Son pouls, à peine perceptible, battait une mesure régulière.

Tristan attrapa le téléphone pour appeler les secours. Personne ne décrocha. Le même message se répétait en boucle. Des appels en nombre saturaient probablement la ligne, il ne pourrait obtenir aucune aide de ce côté. Il devrait emmener lui-même sa femme à l'hôpital et le long parcours jusqu'à la clinique, sur une chaussée verglacée et enneigée, le désespérait d'avance. Il était sûr qu'il mettrait plusieurs heures pour atteindre les urgences, mais il n'avait plus le choix. Il jeta le téléphone sur leur lit et se concentra sur sa femme.

- Juliet ! Juliet ! Réveille-toi.

Tristan la secoua légèrement. Il avait besoin qu'elle réagît pour l'emmener à l'hôpital. D'une voix plus ferme, il recommença :

  - Juliet, je t'en prie réveille-toi.

 Il lui tapota les joues. Sa supplication amoureuse atteignit les ténèbres qui avaient agrippées Juliet, elles prirent en pitié l'homme et libérèrent la femme. Pour cette fois.

Juliet cligna des paupières et entrouvrit enfin les yeux. D'un mouvement vif, elle se redressa ; l'air qui peinait à s'infiltrer dans sa gorge resserrée s'engouffra subitement dans ses poumons. Elle revenait à la vie. La lumière de la lampe de chevet l'aveuglait, alors elle plaça sa main en visière pour s'en protéger. Tristan la prit dans ses bras. Elle ne comprenait pas cette affection soudaine. Ahurie, elle resta immobile, lui se recula et l'observa, l'air paniqué. Puis la réalité rattrapa Juliet : les douleurs, le sang, le bébé. Elle ne sentait plus le sang couler le long de ses cuisses. Elle posa la main contre son ventre rond et se concentra. Elle semblait vouloir communiquer avec l'enfant qu'elle portait, à la recherche d'une activité quelconque. Rien. Elle appuya. Rien. Plus fort encore... 

Un frémissement léger. Comme des gargouillis de digestion. 

Des larmes roulèrent sur la peau pâle de Juliet. Ses lèvres s'étirèrent. Son bébé vivait, il devait s'être endormi et la pression l'avait dérangé dans son sommeil. Juliet s'accrocha au cou de Tristan. Il soupira. Sa voix tremblota.

- Il est vivant ?

Juliet hocha la tête. Tristan, soulagée, rendit son étreinte à sa femme. Un court moment de paix dont ils ne profitèrent pas assez. La douleur surgit de nouveau sans qu'aucun des deux amants ne s'y attendît. Juliet hurla. Un cri guttural surgissant des profondeurs de ses entrailles. Une contraction lui enserra l'abdomen. 

- Juliet ?  Juliet, regarde-moi, écoute-moi. Il faut que tu tiennes le coup. Je vais t'emmener à l'hôpital. Mais il faut que tu te changes, tu ne peux pas sortir dans cette tenue.

Juliet ne l'écoutait pas. Elle s'était recroquevillée sur son ventre, comme pour protéger son enfant du monde extérieur. Elle gémissait et se balançait d'avant en arrière lentement. Tristan lui saisit le visage entre la paume de ses mains.

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !