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Remontons de presque neuf années et parlons un peu de ma naissance...

J'ai abandonné le liquide amniotique -très confortable- de ma maman le 13 novembre 2016, à Paris.

13 novembre... excellent jour, excellent soir. Ma naissance s'est bien passée, malgré les manifestations, recueillements et autres regroupements qui empêchaient la voiture de ma mère d'aller en direction de la clinique.

Après avoir imposé neuf mois de torture et de bonheur à ma génitrice, il est temps de lui infliger quelques heures de gentils tourments.

L'accouchement a en effet duré seize heures.

Il faut en baver pour m'avoir.

Mais finalement, j'ai également souffert. Dans le ventre de ma maman j'étais au chaud, en sécurité puis elle a cessé de souffrir et je suis sorti de ce monde agréable et chaleureux pour atterrir dans une grande pièce pleine de lumières, où mes poumons se remplissent tout à coup d'air, où il fait froid et sec. Avec une douceur brutale, on m'attrape pour me plonger dans une chose étrange. Rien m'est agréable ici, je le fais savoir : l'ouïe du personnel soignant en a pris un coup ; après avoir dû endurer les cris de ma mère, les miens ont pris la relève, dès lors que l'on a dérangé mon sommeil flottant pour me pousser vers cet endroit.
Après avoir crispé tout le monde, ma maman me pose contre elle et je me pense en fusion complète avec, je n'ai pas conscience que j'ai, moi-même, une enveloppe corporelle. Dans ma tête, je ne fais qu'un avec celle qui m'a donné la vie.
A ma première sortie à l'extérieur, dans les bras de ma mère et dans le véhicule de mon père, les yeux écarquillés, je vois le paysage défiler. Voir des choses mais ne pas pouvoir les nommer ni même les décrire déclenche en moi un sentiment assez étrange. Le premier de ma vie terrestre.

Rendu dans la maison dans laquelle j'allais jouer, rire, grandir, pleurer, évoluer et m'épanouir, je remarque des visages inconnus observer chacun de mes faits et gestes. Je suis assimilé à une bête de foire ; mais ça me plaît d'être le centre de l'attention. Les bulles que je fais avec mes orifices buccaux et nasaux semblent réjouir tout le monde : mes parents, ainsi que leurs ami.e.s. Chaque fois qu'une bulle éclate, elle répand immédiatement la bonne humeur, l'émerveillement de chacun.e.

J'ai troqué les bulles contre des sucettes et biberons dont je ne pouvais plus me passer, jusqu'à mes trois années de vie.

Tout ce monde autour de moi s'est peu à peu éparpillé et moins ils me regardaient, plus ils se regardaient.
Quant à moi, je me devais de regarder le portillon vert pomme de la maternelle.

Je me souviens de plusieurs choses passées là-bas : mon magnifique sac en peluche en forme de panda, mes visites des toilettes avec mon sachet de pruneaux, ma relation particulière avec ma professeure, mon amoureux Christian que je « trompais » avec Corentin, l'adorable stagiaire de dix-sept ans. Déjà, j'aimais les vieux.

Je restais souvent avec Corentin pendant les récréations, quand je ne jouais pas avec Charlotte, Virginie, Christian, Estelle et d'autres dans la terre.

Je me souviens de l'animal sauvage que j'étais lorsque je mordais régulièrement mes camarades près du toboggan vert. Près du toboggan vert, il y avait de regrettables querelles : la politesse, parfois trop lésée faisait que des personnes, mes ami.e.s glissaient frénétiquement sur le géant de la cour, sans penser, sans même regarder les autres enfants, envieux. Lorsque ces baveux en couche-culotte osaient essayer de jouer, à leur tour ; ils se faisaient bousculer par d'autres personnes, plus costaudes, plus audacieuses. L'envie se transformait donc en colère, la courtoisie en cruauté et je n'attendais qu'une chose : grandir.

Héliosexuel [TERMINÉE]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !