1. Un jour sur Yggdras-Îles (partie 2)

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« Un groupe de coureureuses est en train de se former, m'informe Mêtis dans mon audio-prothèse. Désires-tu te joindre à elleux ?

- Quel est leur niveau ?

- Iels courent en moyenne à onze virgule cinq kilomètres heure avec des pointes à quinze, précise l'I.A.

- Je ne fais pas le poids, je vais les ralentir. Je préfère décliner l'invitation.

- Ton indice de sociabilité est faible, insiste-iel. Tu n'as pas eu d'interaction sociale depuis plus de soixante dix huit heures. N'y a-t-il personne avec qui tu aimerais passer du temps ? @Morigan pratique iel-aussi la course à pieds. Souhaites-tu lui demander de t'accompagner ? »

Je commence à en avoir assez de ses remarques culpabilisantes sur mon rythme de vie. Je m'apprête à vivre un tournant dans ma courte existence d'hermaprodeus et tout ce que cette I.A. de malheur trouve à faire, c'est de me mettre en garde contre tout et rien. J'arrive au niveau de Vanaheim , le deuxième arrondissement d'Yggdras-Îles, lorsque j'émets la requête suivante :

« Tu sais ce qui me ferais vraiment du bien, Mêtis ? Que tu déconnectes mon exocortex et passe en mode veille pendant, disons, une demi-heure.

- Je dois t'avertir que cette pratique comporte des risques. Es-tu certain·e de vouloir désactiver ton encéphalo-prothèse ? Aucune des informations enregistrées dans ta mémoire numérique ne te serra accessible pendant les trente prochaines minutes. Tu risques de saturer ta mémoire biologique. Cette dernière a une capacité de stockage limitée. Chaque nouvelle donnée mémorisée naturellement engendre la suppression aléatoire d'une autre. Ce...

- Je connais les conditions d'utilisation par cœur ! J'agis en connaissance de cause. Déconnecte-moi, maintenant. »

Je sens soudainement la somme de mes connaissances se retirer comme une marée de cumulonimbus poussée par le vent. Plus aucune notification ne clignote sur ma nano-rétine. Je suis seul·e avec moi-même. Quelques minutes me sont nécessaires pour retrouver mes esprits. La dernière chose dont je me souviens, c'est d'avoir fait une course illégale en deltaplane dans le sixième arrondissement, la zone de stockage des machines-outils, avec @Morigan.

Je comprends rapidement vers quoi je me dirige grâce à la carte qui danse devant mon camœil. Les muscles de ma nuque se détendent. J'ai oublié pourquoi j'étais irrité·e, mais ça n'a plus d'importance. Mon exocortex se reconnectera automatiquement le moment venu, fidèle aux ordres que j'ai dû donner à Aisthesis, mon I.A. domestique, avant de la mettre en veille.

J'atteins Asaheim, le premier arrondissement d'Yggdras-Îles, lorsque j'aperçois une poignée d'hyposapiens se faire interpellée par la sécurité. Je suis étonné·e qu'iels soient parvenu·es jusqu'ici sans se faire repérer. Ces hominidés humanoïdes ne sont pas tolérés au-delà du quatrième arrondissement et restent le plus souvent confinés au niveau du cinquième.

Je ne m'attarde pas pour observer l'altercation et passe le portique à reconnaissance biométrique sans encombre. Plus que quelques mètres, et j'aurai rejoint l'Acmé et sa vue plongeante imprenable sur Helheim, le neuvième arrondissement. Cela me changera des gratmosphères, même si je n'ai pas vraiment de quoi me plaindre : mes fenêtres ne donnent pas sur Muspellheim, au moins. Je ne suis pas obligé·e de contempler le Tréfonds à chacun de mes réveils.

Je descends de mon gyropode et le branche à l'entrée des jardins sur un espace de stationnement dédié. Un voyant bleu m'indique que je dispose d'un passe pour le jardin. Aisthésis a bien fait de me réserver un tour de piste, même si cela m'a probablement coûté 15 unités de bien-être (well-being units – WBU). La file d'attente pour l'entrée gratuite me paraît interminable et je n'ai aucune envie de perdre mon temps aujourd'hui. Je passe un sas et je m'élance entre les arbres parmi les autres hermaprodeus en quête de verdure. Je me dirige sans attendre vers l'esplanade qui surplombe le neuvième arrondissement. Ma comvaco régule efficacement la température de mon corps et évacue l'humidité de ma transpiration. Mes bottines absorbent les chocs pour préserver mes genoux. Quelles sensations agréables !

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