Chapitre 8

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Au petit matin, avant même que le soleil n'ouvre un œil, ce fut un coup discret contre sa porte qui tira Arhylinn des bras de Morphée. La jeune femme se leva en soupirant et alla accueillir la servante qui déposa sur le lit une pile de linge d'une couleur brune terreuse.

— Sa Majesté le Prince m'envoie vous aider à vous préparer, dit-elle d'une voix douce. Désirez-vous vous rafraîchir un peu auparavant ?

Arhylinn hocha lentement la tête en se frottant le visage. Elle tira sa robe de nuit et la secoua pour se faire de l'air. La servante sourit et l'aida à retirer le vêtement avant de la laisser barboter un moment dans la grande baignoire de pierre, le temps de préparer ses affaires. Elle l'aida ensuite à se sécher et à enfiler le pantalon large, les bottes lacées et la tunique longue qui composaient la nouvelle tenue. Une ceinture ornée de boucles de cuir s'ajouta à la panoplie, ainsi qu'un chapeau muni d'un lacet, dans le style des anciens aventuriers de la Terre.

Après une brève mise en valeur, la jeune humaine rejoignit Yumna dans l'aube naissante, à l'entrée du volcan, avec l'escadron de Djemaa. Une heure s'était écoulée et le soleil n'était même pas encore levé. Il n'y avait encore personne d'autre de levé, du reste, et ceux qui n'étaient pas encore couchés les regardaient se rassembler avec curiosité. Un cliquetis d'armure et d'armes emplissait le silence du volcan, mais personne ne parlait.

— Bonjour Majesté, dit alors Djemaa avec un sourire un peu fatigué. Vous êtes d'attaque ? La route sera longue.
— Je pense que je pourrais y arriver, répondit la jeune Humaine. Après tout, je le fais pour eux, pas pour moi.
— Voilà une réponse digne d'un souverain, répondit le Prince du Feu.

Arhylinn soupira alors puis Djemaa réclama l'attention de ses hommes. Tous se tournèrent immédiatement vers lui, cessant leur activité, et Arhylinn chercha Tano du regard. Elle le vit plus loin, debout près de son Maître qui farfouillait dans un grand sac de cuir noir, accroupi sur le sol. L'Elfe regardait le dos de Ravis, silencieux, les bras le long du corps, immobile. Il était résigné et Arhylinn en eut un pincement au cœur, mais elle n'avait absolument pas le droit d'intervenir en quoi que ce soit, cela mettrait à mal l'autorité de Yumna face à des inconnus, et risquait de se répercuter sur tout le Royaume des Vents, la mettant encore plus en difficultés qu'elle ne l'était déjà aux yeux de la Reine Fezandî et de la famille royale.

— Mes amis, dit soudain Djemaa. Nous voilà engagés pour un long voyage à travers les montagnes du Royaume du Feu. Son Altesse le Roi Métédor compte sur nous pour retrouver et ramener sains et saufs les habitants du village de Sa Majesté le Prince des Vents, ici présent. Lui et sa compagne, la Princesse Arhylinn, vont venir avec nous dans ce périple. Je vous demande donc de ne pas leur manquer de respect, tout comme vous le feriez avec moi.

Les soldats hochèrent la tête, au nombre d'une trentaine environ. Arhylinn regarda alors autour d'elle.

— Où est Aldor ? demanda-t-elle à mi-voix.
— Je l'ai renvoyé à la maison, chuchota Yumna en retour sans quitter Djemaa des yeux. Les longues marches, ce n'est pas pour lui et je sais que vous avez du mal à vous entendre, tous les deux. J'ai préféré étouffer tout ça dans l'œuf. De plus, il me faut quelqu'un pour superviser la reconstruction du Duché du Nord.

Arhylinn inclina la tête, touchée par autant de tact puis elle reporta son attention sur les hommes et les Elfes qui les entouraient. Tous écoutaient Djemaa qui rappelait les consignes de sécurité lors de nuits passées en voyage, tout en énumérant ce que devaient contenir les paquetages de ses hommes. Les soldats, tous vêtus d'armures noires, hochaient la tête régulièrement et les femelles Elfes dardèrent soudain des regards acérés sur Arhylinn, mais la jeune femme fronça les sourcils. Ces Elfes-là ne lui faisaient pas peur ; Sinji, oui. Cette jeune femme semblait encore plus retorse qu'un homme malavisé et elle la sentait capable des pires choses afin de l'empêcher, à tort, de se rapprocher de Djemaa. Arhylinn remarqua alors que l'Elfe de ce dernier était assise nonchalamment sur un rocher près de son Maître. Elle semblait s'ennuyer ferme, et elle lâcha un bruyant soupir quand Djemaa annonça le départ des troupes pour le repaire des Renégats.

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Le cortège, composé d'une quarantaine de personnes, soldats et Elfes confondus, marcha toute la journée sous un soleil de plomb, n'ayant pour protection contre le soleil que leurs casques, pour les soldats, ou des voiles, pour les Elfes. Arhylinn avait son chapeau, Yumna et Djemaa, eux, étaient affublés de capuches en coton qui leur donnaient une apparence plutôt étrange.

Les hommes de Djemaa eurent cependant tôt fait d'abandonner l'armure et de reprendre la route avec leur simple tunique, pliant soigneusement la lourde cuirasse dans leur paquetage, habitués à transporter parfois leur poids en matériel.

Regardant le soleil dans le ciel pour évaluer l'heure, Arhylinn avala une gorgée d'eau à l'outre de peau qui pendait à sa ceinture.

— Vous n'avez pas trop chaud, mon ami ? demanda-t-elle à Yumna qui avait dégrafé sa tunique de quelques niveaux.
— Si, mais c'est encore supportable. Merci.
— À votre avis, quelle heure est-il ? demanda alors la jeune femme.

Elle tendit un fruit sec à son compagnon qui mâchonna un moment avant de répondre.

— Je dirais treize ou quatorze heures, dit-il en levant le nez vers le soleil. Nous devrions bientôt faire une pause pour nous restaurer.

Il se renversa soudain de l'eau sur la poitrine et Arhylinn sourit comme il secouait le tissu mouillé.

— Cela fait du bien, mine de rien... Tu devrais essayer, souffla-t-il avec un sourire en coin.
— C'est cela, oui...

La jeune femme sourit et ils reprirent leur marche en silence.

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Vers quinze heures, selon le soleil et l'estimation de Yumna, Djemaa stoppa le convoi sous un repli rocheux qui dispensait une ombre bienvenue. Tous les soldats se laissèrent tomber dans la poussière en soupirant, déballant les colis de nourriture embarqués. Djemaa leur rappela alors de ne pas tout manger maintenant, qu'ils devaient en avoir pour le retour, au moins.

S'asseyant sur une pierre toute ronde, Arhylinn tira le sac de Yumna entre ses jambes et l'ouvrit. Le Prince des Vents fit rouler ses épaules douloureuses et Djemaa s'approcha alors d'eux avec une grande carte faite dans une belle peau de chèvre tannée.

— Où sommes-nous et où devons-nous aller, demanda Yumna comme l'autre Prince étalait la carte sur le sol.
— Nous sommes ici, répondit Djemaa en posant son doigt sur un triangle dessiné en rouge. Et nous devons aller ici...

Il dut avoir recours à son autre main pour désigner le point d'arrivée, situé à l'autre bout de la carte.

— Nous en avons, si tout se passe bien, pour trois à quatre semaines de voyage aller-retour, dit-il alors. Mais la montagne est sournoise, il se peut que nous mettions plus de temps, ou moins, nous ne décidons pas.
— Trois à quatre semaines ? dit Arhylinn en se penchant en avant. Mais c'est long....
— Vous pouvez toujours rentrer au palais, répliqua aussitôt Djemaa.
— Inutile de répondre sur ce ton, j'ai simplement été surprise... répondit la jeune Humaine en rentrant le menton, surprise. Chez moi, quand les voyages durent un jour, voire deux, c'est le bout du monde... Je suis désolée.

Djemaa haussa un sourcil. Il regarda Yumna et celui-ci secoua la tête. Le Prince du Feu s'installa alors sur le sol pour déjeuner en compagnie de ses deux amis. En s'installant entre les deux hommes, Arhylinn sentit le regard acéré de Sinji se poser sur elle et elle eut un violent frisson.

— Majesté, je crains que votre Elfe ne m'aime pas du tout... dit-elle sur un ton un peu bougon.
— Elle est jalouse, voilà tout, répondit Djemaa avec un sourire. Pour tout vous avouer, sans vous offenser, Prince Yumna, je vous trouve tout à fait ravissante, Princesse, et ce depuis le jour où vous m'avez ramené chez vous pour soigner mes plaies. Elle doit s'en rendre compte en lisant mes pensées.
— Vous me faites rougir ! gloussa Arhylinn.
— Ne m'en veuillez pas, Prince Yumna, dit alors Djemaa.
— N'ayez crainte, j'aime que ma femme reçoive de tels compliments, cela me fait autant plaisir qu'à elle.

Arhylinn rougit de plus belle puis le Prince déclara qu'il était temps de repartir.

Désia (Quadrilogie - Extraits)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant