[3] = SURPRISE

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Les monstres approchaient, hurlants et titubants, lorsqu'une musique stridente retentit. Dust rengaina l'une de ses armes et tira de sa poche un téléphone cellulaire.

« C'est Hooper. On doit être trop loin sous la surface pour que le ModCom capte ses appels.

— Maître...

— Salut, Hooper ! lança Dust, le téléphone collé à son oreille. Comment ça va ? »

Un premier zombie fondit sur lui. Il leva son arme et tira. La tête du monstre explosa en une gerbe sanguinolente et malodorante.

Le reste de la troupe fondit sur sa proie ; mais un à un, les zombies s'effondrèrent sous une série coups de feu millimétrés. Dust tirait sans avoir l'air de viser et chacun de ses coups faisait mouche. Ce qui ne l'empêchait pas de poursuivre sa conversation :

« Écoute, ça va pas mal. Je tue des zombies, là. Et toi, quoi de neuf ? »

Il déchargea son arme et récupéra l'un des chargeurs neufs fixés à sa ceinture d'un seul mouvement. Vidocq l'observait d'un œil appréciateur. Ainsi, les implants cybernétiques que Dust s'était injectés dans le crâne remplissaient bien leur office : un simple coup d'œil à ses prouesses démontrait que son cerveau traitait bien plus d'informations à la seconde qu'un cerveau humain ordinaire.

Bien évidemment, il garderait ses réflexions pour lui. Il n'était pas question de flatter son maître d'une manière ou d'une autre, quand bien même certaines de ses expériences s'avéraient de brillantes réussites.

Au milieu de la mêlée grouillante, Dust continuait d'abattre un zombie après l'autre, à raison d'une moyenne de cinq tirs par seconde et d'un chargeur à remplir tous les douze tirs. Les corps décatis s'empilaient dans le couloir, et lui se tenait au centre d'un cercle vierge de toute intrusion.

« Je te passe Vidocq ? Vidocq, c'est Hooper, pour toi. »

Dust tendit l'appareil à son compagnon. Son autre main continuait d'abattre les zombies à la vitesse d'un fusil automatique.

Pour toute réponse, Vidocq leva les yeux au ciel.

« Il peut pas te parler pour le moment, reprit Dust au téléphone. Il est occupé. »

Un zombie plus hargneux que la moyenne fit claquer ses dents à portée de son nez. Dust lui délivra un terrible uppercut ; la mâchoire du monstre voltigea dans les airs et rebondit devant Vidocq.

Dust s'élança à travers les rangs clairsemés et acheva de transformer le couloir en charnier. Le dernier zombie s'effondra sur un tas de ses congénères. Le tout macérait dans un mélange visqueux de cervelle explosée et de chairs putréfiées.

« Quand tu veux, Hooper, poursuivait Dust. On vient te voir bientôt, de toute façon. Bisous. »

Il rangea le téléphone et rengaina son arme, puis balaya les environs d'un regard satisfait.

« Hooper te passe le bonjour. Faut qu'on monte à la station orbitale. Y a du nouveau, pour nous. »

Vidocq leva vers lui un regard songeur.

« Pour mémoire, maître, le Señor Papa Robot se situe à plus de 3000 kilomètres d'altitude. Comment comptez-vous le rejoindre ?

— À ton avis, mon vieux ? En fusée.

— Puis-je vous rappeler que vous avez détruit notre dernière fusée, maître ?

— C'est du passé. Tu te focalises trop sur le passé. Pense à l'avenir, un peu !

— L'avenir, maître, c'est que vous allez encore tenter de fabriquer un véhicule de votre crû, que le premier lancement sera une catastrophe et mettra probablement le feu à une autre ville d'innocents. »

Dust ouvrit la bouche pour répondre — mais en l'absence de réponse, aucun mot n'en sortit.

« Boh, soupira-t-il finalement.

— Précisément », fit Vidocq incisif.

Un dernier tour des lieux confirma que cet endroit n'avait rien de plus à leur apprendre. Tous les ordinateurs étaient hors d'état de fonctionnement, les archives de la base avaient brûlé, et le peu de matériel encore debout avait subi tant les dégradations du temps que celles des violences humaines.

Ce qui résumait assez bien l'état du monde, dans son ensemble.

« Tiens, regarde ça ! » lança Dust.

Il sortit sa tête d'un casier et brandit un vieux magnétophone à cassettes. Vidocq soupira : quand bien même ils avaient accès à une technologie autrement plus sophistiquée, la nostalgie chimérique de Dust le rendait friand de toutes sortes de vieilleries.

« Ouah ! T'as vu ça ? J'aurais jamais pensé en voir un de mes yeux un jour. Pourvu qu'il fonctionne...

— Seigneur, murmura Vidocq, faites que non... »

Dust enfonça le bouton rouge en s'écria :

« Surprise, motherfucker ! »

Il rembobina et fit jouer la cassette.

« Surprise, motherfucker ! cracha le magnéto dans un affreux gargouillement sursaturé.

— Incroyable ! Ces vieux machins sont vraiment increvables. Je le prends ! »

Vidocq secoua péniblement la tête. Il avait l'intime conviction que cette nouvelle trouvaille aurait tôt fait de lui vriller les nerfs.

Le malheureux était bien loin du compte...

Dust Ex Machina #1Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant