Chapitre 41-1

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Nicolas obtempéra immédiatement et je l'imitai, lâchant mon arme inutile au sol, ne pouvant m'empêcher de penser « je te l'avais bien dit » ! Nous nous laissâmes entraver les mains dans le dos sans rien dire, avant de suivre deux des trois fantômes intégralement habillé en noir, au milieu des conifères et autres essences peuplant cette sombre forêt. L'odeur d'humus et de sous-bois aurait été agréable, si la conscience d'avoir un fusil braqué dans le dos n'avait gâché l'ambiance. Mis à part le bruit de nos pas, il régnait dans la forêt un silence inhabituel et sinistre qui me glaça...quelque chose clochait dans notre plan, j'en étais certaine. Un petit coup d'œil au visage anxieux et fermé de Nicolas me confirma mes craintes. Je crois que nous attendions tous les deux, le son, le cri ou la détonation qui nous apprendrait que Storm venait de se faire capturer...ou pire ! Mais rien. Et c'est sans rien de plus notable qu'une chute de branche que nous arrivâmes en vue de l'entrée du bunker.

C'était véritablement la première fois que je le voyais de l'extérieur. Si on ne savait pas ce que l'on cherchait, il était quasiment invisible. La porte, bien que métallique, était recouverte d'une couche de peinture à effet, qui la faisait se fondre dans le décor, c'était bluffant. Mais pas autant que la dizaine de métamorphes qui surgirent soudain des sous-bois, nous encerclant à mesure que nous approchions de la porte. Comment allions-nous nous sortir de là ? gémis-je intérieurement alors que l'on me poussait sans ménagement dans dos au moment où j'hésitais à passer le seuil.

Le silence était le maître aussi à l'intérieur et c'est de plus en plus oppressés, que nous avançâmes dans l'entrelacs de couloirs bétonnés. Super méchant furtif un, qui n'avait toujours pas enlevé sa cagoule, ouvrit une porte et toujours sans un mot, nous fit signe d'avancer. Ne m'attendant pas à un escalier, je faillis rater la première marche et plonger tête la première dans les ténèbres ! Heureusement je parvins à me rétablir de justesse.

— Descend ! m'ordonna l'homme d'une voix peu amène et agacée.

Par réflexe je me tournai vers Nicolas, incertaine de la conduite à tenir. Avait-il prévu qu'ils nous emmèneraient au sous-sol ? Je ne savais même pas que cet endroit comportait des pièces encore plus enterrées que les principales et l'idée de m'enfoncer encore plus sous terre ne m'enchantait guère.

— Pourquoi tu le regardes ? Avance ! Dernier avertissement !

L'arme qu'il braqua ostensiblement sur le genou de Nicolas, me décida efficacement et c'est d'un pas mal assuré que je commençais la descente...qui heureusement ne fut pas longue ! Moins de quinze marches à négocier avant de retrouver un nouveau couloir plongé dans la pénombre. Quelques pas, une nouvelle porte et j'entrai dans une pièce un peu plus éclairée qui ressemblait à une remise, combinée à un cellier. C'était une grande pièce rectangulaire divisée, dans sa partie droite, en plusieurs sections carrées, par des grillages montant jusqu'au plafond.

Ce que je remarquai en premier furent les personnes enfermés dans ces cellules improvisés. Nicolas aussi car je ressentis, plus que je n'entendis le soupir de soulagement qu'il poussa. Ils étaient vivants. L'homme en noir ouvrit l'une des cages et me poussa brutalement dans le dos pour me faire entrer à l'intérieur. Il y avait mis tellement de cœur, que je m'étalai de tout mon long sur le ciment, m'ouvrant douloureusement la lèvre lorsque mon visage rencontra le sol. J'entendis le rugissement de protestation de Nicolas, vite suivit d'un bruit sourd et d'un grognement de douleur. Je voulus me redresser pour lui montrer que je n'avais rien mais la tête me tourna et je dus ralentir mes mouvements.

— la vache ! Tu t'es pas loupé ! chuchota la voix moqueuse de Lin, alors qu'elle m'aidait à me relever.

En effet, je sentais un liquide chaud et collant couler abondamment sur mon menton, signe que ma lèvre devait ressembler à un fruit trop mûr. Par réflexe, je plaquai mon poignet sur la blessure pour que le tissu de mon vêtement absorbe le sang et que la pression tarisse son écoulement. Ce n'est qu'une fois que je relevai vraiment la tête que je croisai le regard de Lin.

Malgré sa voix moqueuse, son regard lui, ne l'était pas. Il était grave et anxieux, effet accentué par le magnifique coquard qui ornait son œil droit.

— On ne s'est pas laissé faire ! commenta-t-elle avec un petit sourire triste en voyant que je fixais son visage. Pour ce que ça a servi !

— Que s'est-il passé ?

— Votre enlèvement était une diversion. Pendant qu'une partie des nôtres vous cherchait dans les bois, ils en ont profité pour pénétrer dans le bunker.

— Ils s'en sont pris aux femmes et aux jeunes, plus facile à maîtriser, ajouta une jeune fille blonde que je ne connaissais pas.

— Parle pour toi ! la tacla Lin sans ménagement. Nous nous sommes défendues, mais ils étaient bien trop nombreux et armés jusqu'aux dents. Heureusement qu'ils ne venaient pas pour nous tuer, sinon...

La voix de Lin mourut tandis qu'un frisson rétrospectif la traversait.

— Une fois qu'ils avaient des otages, cela n'a pas été dur de maîtriser les autres ! continua une voix familière qui me fit me retourner. Nous nous méfions des humains mais pas de ceux de notre propre camp, commenta cyniquement Waahana, assise contre le mur, visiblement épuisée. Quelle erreur.

Je m'apprêtais à lui répondre quand un désagréable bruit métallique se fit entendre, transposant instantanément mon attention de l'autre côté de la pièce.

Nicolas était immobilisé, les bras étirés par des chaines au-dessus de sa tête, entre deux poteaux de béton. L'homme qui lui faisait face, me tournait donc le dos mais je sus qui s'était sans avoir besoin de voir son visage. La haine qui se lisait sur le visage de Nicolas était suffisamment éloquente.

— Maintenant que nous sommes là, comme vous le vouliez, libèrez les autres ! ordonna-t-il à Ivory.

— Tu te crois vraiment en position de négocier ?

— Je ne négocie pas. Je vous rappel juste les termes de votre chantage. On venait seuls, tout les deux et vous libériez les autres.

— C'est vrai, c'est vrai ! Le problème, vois-tu, c'est que vous n'avez pas respecté votre part du contrat ! Ce sur quoi je comptais à vrai dire ! Mais m'apporter un encas sur un plateau, c'était trop voyons, il ne fallait pas ! nargua-t-il Nicolas alors qu'un homme poussait soudain Storm entre Nicolas et Ivory.

— Je ne sais pas qui s'est ! menti aussitôt Nicolas en feignant l'indifférence.

— C'est bizarre, il m'a justement dit la même chose ! Dans ce cas, tu ne verras aucune objection à ce que je...

Il s'interrompit brutalement, alors que d'un mouvement flou il saisissait Storm par le cou, avant de le mordre sauvagement. Le pauvre inspecteur hurla et je ne pus m'empêcher de crier « non ! » alors que j'agrippais frénétiquement le grillage. L'attaque fut brutale et sans pitié. Nicolas impuissant, ne pouvait que regarder, tentant vainement de se défaire de ses chaines, son beau visage déformé par la rage.

Au bout d'un temps qui me parut interminable, Ivory, les lèvres couvertes de sang, relâcha le pauvre inspecteur qui s'écroula inerte sur le sol.

— Maintenant que j'ai toute ton attention, passons aux choses sérieuses. Toi et ta gentille petite copine bon chic bon genre, vous allez vous rendre à cette pseudo réunion de paix et...vous allez faire un massacre en direct devant les caméras.

— Sinon quoi ? Tu tueras tout le monde ici ? C'est ce qui arrivera de toute façon si nous faisons ce que tu veux ! lui répondit rageusement Nicolas.

— Moi ? non. Mais lui, c'est certain ! répondit-il dans un rire mauvais tandis que Storm se relevait soudain, ses yeux teintés d'une horrible lueur rouge-orangé, braqués sur Nicolas.

Sous les regards choqués de tout le monde, il poussa un grognement inhumain tandis qu'il se ruait sur Nicolas, ses mains déjà défigurées par de monstrueuses griffes. 

Ombre Fauve (sous contrat d'édition )Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant