HS 2 - Artéfacts

Depuis le début

**Tu aurais pu te changer ! Ce genre de tenue ne va pas faciliter ma concentration...**

**Je me suis dit que, si jamais on nous surprend, je pourrais toujours prétendre que tu voulais un peu d'intimité.**

**Vil profiteur !**

***

Rajiv – Rage pour les pas-intimes – était au volant de la camionnette, moteur allumé, à se ronger les sangs. Son ordinateur portable était posé sur le siège passager, inutile : la connexion réseau avait été coupée quelques minutes auparavant et la radio avait suivi dans les secondes qui suivaient.

Le dernier message était « Tiens-toi prêt, on arrive. » Curieusement, il lui était parvenu après la coupure radio, mais Rage avait autre chose en tête. Comme un séjour en prison dans un pays étranger, lui qui n'avait pas dix-huit ans.

— Matt ?

À l'autre bout du communicateur chiffré, son complice répondit :

— Ouaip !

— Ça bouge de ton côté ?

— On dirait. Y'a du barouf derrière la grille. Les herses sont prêtes à être déployées et le bahut ronronne.

Rage se sentit rassuré d'entendre la voix éraillée de son aîné, avec son accent cockney et ses expressions populaires. Pour une raison bizarre, il se sentait beaucoup plus proche du presque-quadra, malgré sa passion pour le football, les clopes, la bière et la punk-attitude, qu'avec Florianne et sa « famille » déjantée.

— Fais gaffe à toi, vieux con !

— Toi aussi, sale môme !

Le dernier échange fit sourire Rage malgré lui. Il n'aimait pas la tournure que prenait cette « petite équipée sans danger » que lui avait proposé Florianne. S'il tendait l'oreille, il lui semblait entendre des détonations, au loin.

Et puis il y avait cette lueur rougeoyante, au-delà du mur d'enceinte.

***

— Je crois qu'ils nous en veulent, dit Arel.

Il pilotait la berline décapotable allemande, millésimée de 1963, à travers un jardin à la française qui ressemblait de plus en plus à une décharge publique.

La rafale d'arme automatique qui hacha le sommet d'un bosquet à quelques mètres de leur véhicule vint confirmer le diagnostic. Pour ne rien arranger, l'incendie du manoir, qui ravageait maintenant le corps de bâtiment en entier, fournissait un éclairage un peu trop changeant, même pour leurs yeux habitués à l'obscurité.

Kelvin, qui avait ramassé un fusil à pompe, répliqua en direction des silhouettes qui se découpaient devant les flammes. L'aboiement de l'arme, plus que la précision des tirs, fit baisser la tête aux agressifs, mais les bruits de moteurs commençaient à se faire entendre. Il se tourna vers la dominatrice, qui semblait bouder sur la banquette arrière du cabriolet.

— Tu avais vraiment besoin de foutre le feu à la baraque, Sally ?

— Vous étiez dans la merde, ça m'a paru une bonne diversion, répondit-elle en haussant les épaules.

— Pour ça, je ne peux pas vraiment te donner tort : entre les ex-mercenaires serbes et la colère du maître des lieux, on n'était pas bien partis.

— Ah ! Tu vois ?

— Je ne voudrais pas vous déranger, lança Arel, mais on arrive au mur d'enceinte. On fait quoi ?

Florianne ne répondit rien. Elle contemplait le bijou qu'elle avait récupéré, une feuille de hêtre taillée dans un métal argenté et rehaussée de petites émeraudes. Un artefact sans âge, au pouvoir bien précis. Elle se concentra et lâcha, dans un souffle :

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