Le Test

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Sentir l'acier froid contre sa peau fut comme un éveil.

Avait-elle vraiment vécu vingt-deux ans comme un rêve, à jouer des drames pour un mot de travers, à choisir ses vêtements comme des costumes de scène, à répéter des répliques devant son miroir, alors que la mort se tenait juste de l'autre côté de sa peau ? Une frontière si fragile, qui se déchirait pour un rien...

« Ne bouge plus. »

Ho ! Elle ne voulait pas bouger. Elle craignait par-dessus tout un geste involontaire qui la condamnerait. Que ses jambes se dérobent, que ses bras battent l'air par pur réflexe.

« Hé ! Là-dedans ! J'en rapporte une autre ! »

Il n'y eut pas de mouvement venant de l'intérieur. Pas le moindre signe qu'on les avait entendus. Tant mieux. Hélène voulait profiter de chaque seconde de survie. Elle n'avait pas même l'impulsion de maudire l'étourderie qui l'avait poussée là. Elle avait mal mesuré ses forces, voilà tout. Quand la Mort se dressait devant soi, on ne pouvait que trembler. Elle aurait dû le savoir, plus que toute autre.

« Avance. »

Elle obéit. Du coin de l'œil, elle chercha à trouver le numéro de l'immeuble.

Trois-cent-quatre-vingt-cinq. Trois-cent-quatre-vingt-cinq, rue Azincourt.

Le type donna de grands coups de pieds dans la porte ; ce fut à peine si on l'entendait. Il n'y avait aucune force dans ces coups. Hélène se prit à espérer qu'il n'y avait personne. Que, par miracle, les Pénitents avaient déserté leur repaire, et qu'ils soient seuls dans ce quartier devenu une forêt.

La porte s'ouvrit sur une mince femme vêtue d'une robe longue, grise et rugueuse qui descendait droit vers le sol et couvrait jusqu'à ses chevilles. Ses yeux étaient si cernés qu'on aurait pu la croire morte. En apercevant Hélène, elle lécha ses lèvres.

« Est-ce que Mani est là ? »

La femme opina, puis s'écarta pour leur céder le passage. Hélène se laissa pousser à l'intérieur.

Il y avait sept personnes dans ce qui avait jadis été le vestibule d'une petite maison. L'électricité n'y avait sans doute pas été rétablie : la lumière venait d'une trentaine de bougies éparses qui jetaient sur les moisissures des murs une clarté larmoyante. Elle ne trouva pas Guenièvre parmi eux.

Les adeptes se levèrent à leur entrée, l'espoir vissé au visage. Tous, ils étaient émaciés, affamés. La femme qui leur avait ouvert les dépassa. « Je vais chercher Mani. »

Elle disparut dans un couloir et revint, moins d'une minute plus tard, avec un grand maigre aux cheveux longs et à la barbe hirsute, et Hélène devina que c'était leur gourou, le fameux « Vampire ». Il semblait à peine moins malingre que les autres. Son regard mêlait l'exaltation et l'intelligence. Il portait au côté une épée, probablement une arme décorative à l'origine.

« Bien ! Bien, François. Tu peux la lâcher. »

Hélène sentit avec soulagement le couteau se séparer de son cou.

« Tu n'as rien à craindre ici, ma fille. Nous ne te ferons aucun mal. Tout mal qui pourrait t'arriver, tu te l'es déjà infligé par tes actions passées. »

Alors qu'il parlait, la troupe s'était rapprochée d'elle. Comme poussée en avant, Hélène avança vers une table de cuisine. Mani, d'une armoire, sortit des pesées et une balance à plateaux qu'il déposa devant lui sur le meuble.

« Tu as compris, bien sûr, qui nous sommes. »

Hélène opina, retenant un sanglot.

« Bien. Tu vois, ce qui se passe maintenant te serait arrivé tôt ou tard. C'est déjà arrivé à chacun d'entre nous. Tous, nous avons été jugés. Certains plus d'une fois. »

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !