Chapitre 10 - 6 (Partie 1)

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6 sentait les doigts presser son épaule à travers son épais manteau de laine et toutes ses couches de vêtements d'hiver. Si l'étreinte s'accentuait, l'homme lui broierait les os. Elle rentra sa tête dans son cou, un mouvement involontaire qui engonça son menton dans sa poitrine. Exaspérée par cette rencontre inopportune, 6 soupira longuement. Gérer l'égo démesuré d'un arrogant n'était pas à son programme pour la fin de sa soirée. Elle voulait seulement reposer son corps las de ses douleurs mensuelles féminines et se fondre dans sa couette. Elle voulait seulement retrouver le confort de son douillet appartement, ses bibliothèques surchargées et ses deux Seigneurs-Chats - Éden du Carton et Arsène de la Bouillotte, respectivement six et trois kilos, et tout un tas de poils.
Elle voulait seulement rentrer chez elle...

L'averse glaciale s'intensifia. Désormais, l'eau coulait à torrent dans le caniveau et emportait loin les dernières feuilles qui avaient survécu à l'automne. 6 percevait le froid humide qui pénétrait peu à peu ses vêtements. Elle frissonna. Elle savait qu'elle devait agir, ne pas se laisser faire, mais la douleur et la peur la paralysaient. Elle désespérait de retrouver son calme intimiste et ses livres, la chaleur d'un bon bain et l'affection exclusive de son édredon, comme celle de ses chats. Immergée dans sa perspective d'un futur inaccessible, la jeune femme soupira une nouvelle fois. Son esprit voyageait dans son cocon de douceur alors qu'en réalité, son corps s'était figé, contracté au contact de cet main agressive.

Elle aurait voulu se téléporter, transplaner, mais sa réalité la rattrapa lorsqu'elle sentit des doigts pernicieux qui cherchaient à se frayer un passage sous son pull. Son ventre choisit ce moment déplacé pour se tordre de nouveau. La crampe saisit 6 par surprise. L'épaule coincée dans un étau d'acier, le ventre torturé, la sportive se recroquevilla légèrement sur elle-même : un mouvement fugace, un repli sur soi. Un gémissement ambigu s'échappa de sa gorge alors que la main trouvait un repli sous ses vêtements, se rapprochait de ses courbes et qu'une douleur brûlait chaque veine et engourdissait chaque membre de son corps.

- J'te fais d'l'effet, on dirait, capitaine 6.

Réponds, révolte-toi, envoie-le promener !

Un frisson de dégoût remonta le long de l'échine de 6, il parcourut sa peau laiteuse et agita une cavité au milieu de son ventre. Son estomac douloureux se rebellait. Une brûlure s'en extirpa pour grignoter son œsophage. Son repas cherchait une voie rapide de sortie, mais elle refusait d'offrir son délicieux hamburger au bitume affamé. La jeune femme, toujours recroquevillée, avala plusieurs fois avec difficulté. Sa salive, en conflit avec la bile, restait bloquée dans sa gorge, au même titre que sa rébellion. Elle savait qu'elle ne devait pas laisser transparaître une once de soumission à son agresseur, elle devait lui montrer à quel point il ne l'effrayait pas et qu'elle était plus forte que lui, même si, en réalité, elle était pétrifiée par la peur.

Pendant ce temps, la main intrusive furetait entre les vêtements. Les doigts parcouraient les tissus et trouvèrent finalement un repli chaud et accueillant. Après tout, la jeune femme ne réagissait pas, elle devait donc être consentante, la main n'avait donc aucune raison de stopper son avancée. Raisonnement logique et fallacieux de l'homme agresseur. Femme qui se tait, consent, pensa-t-il. Ses lèvres esquissèrent un sourire satisfait lorsque sa main gelée effleura la peau délicate de la sportive.

La sensation électrisa la jeune femme qui, par réflexe, envoya un coup de coude dans les côtes de son agresseur. La bile rejoignit son antre et 6 fit volte-face en repoussant l'homme de la paume de ses mains. Un géant la toisait, l'air narquois, il n'avait pas bougé d'un pouce : Lucius. Sa carrure massive justifiait son poste au sein d'une équipe de quidditch, mais sûrement pas dans celle de 6. Le colosse qui la dominait avait été rejeté par la coach Géraldine sans ménagement puisqu'il cognait sans réfléchir et privilégiait la force à l'intelligence, à la tactique. Il avait peut-être sa place dans une équipe de seconde zone, mais sûrement pas dans une équipe nationale à réputation outre-manche et outre-atlantique. La terreur de la jeune femme se mua en hargne tandis que Lucius, amusé et sûr de lui, souriait, fier de son effet sur 6.

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !