1.2 : Une vie banale

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— Amina, c'est l'heure !

Ma tante déboule dans le hall d'entrée.

— J'arrive ! me répond-elle tandis qu'elle enfile vivement ses chaussures.

— Ne te presse pas, le cours commence seulement dans cinq minutes... fais-je de ma voix la plus neutre possible.

— Quoi ?! Dans cinq minutes ! Mais tu vas être en retard !

   Je ricane intérieurement de sa réaction et Amina me lance un regard noir lorsqu'elle perçoit mes prunelles bleues, moqueuses. Puis elle sort de la maison en quatrième vitesse et farfouille dans sa poche à la recherche de sa clef de voiture. Quand elle la trouve enfin, nous sommes devant son petit quatre-quatre vert.

— Aller monte Adéli.

   Je ne me fais pas prier et me hisse à l'intérieur de l'engin. Je place ma raquette de tennis devant moi et essaie de distinguer quelque chose dans l'obscurité omniprésente autour de l'habitacle.

— Comme d'habitude, je viendrai te chercher à vingt heures, m'annonce-t-elle tandis qu'elle démarre dans un vrombissement.

   Je hoche la tête dans la pénombre et regarde la route, qui s'étend devant nous, grise à la lumière des phares. Puis, au bout de dix minutes de route, nous entrons dans la petite ville d'Ugine, en Savoie, où se trouve aussi mon lycée.
Ma tante finit par s'arrêter devant le terrain de tennis de la ville et je descends du quatre-quatre.

— À tout à l'heure tantine, dis-je en insistant sur le dernier mot.

   Elle me jette un regard noir, presque haineux, et je retiens un ricanement. Elle déteste que je l'appelle comme ça, et je m'en moque bien. Puis le quatre-quatre repart dans les ténèbres de la nuit, comme franchissant une porte menant aux Enfers. Je me retrouve désormais seule sous quelques flocons de neige, invisibles dans les ébènes. Je remets correctement mon bonnet noir et me dirige d'un bon pas vers le court de tennis.

   Manquant de glisser plusieurs fois, je pénètre sous les projecteurs du terrain, où des personnes jouent déjà. Mon visage s'illumine d'un sourire, et je m'approche des quatre hommes qui s'échangent des balles.

— Hey ! lancé-je à travers le court.

Les balles s'arrêtent, et bientôt, nous sommes rassemblés en cercle, en train de discuter. Le professeur n'est pas encore arrivé, et l'autre fille inscrite ne vient jamais.

— Bonjour les jeunes !

Nous tournons la tête vers notre professeur, plus en retard que moi.
Il s'approche de nous et nous tchèque tour à tour, en commençant par moi. Je lui fait un grand sourire et il sait que je suis triomphante d'être arrivée avant lui.
   Il lève les yeux au ciel et nous demande de faire deux équipes, une de trois et une de deux. Je me mets avec Paul et son meilleur ami Thomas, le blondinet qui gagne toujours.

— Alors, aujourd'hui, on va faire des VACHES. Je n'ai pas besoin de ré-expliquer le concept, vous le connaissez déjà, Étienne -le prof de tennis- me jette un regard appuyé. Vous jouez, si vous gagnez : vous restez, sinon, c'est à votre adversaire de servir. Au bout de trois points, vous avez une lettre. Capito ?

   Nous hochons la tête et commençons, les balles sifflent, rebondissent, le claquement sourd des balles frappants les raquettes résonnent dans le calme qui entoure le court. Ce sport me défoule, me relaxe et je réussis à déloger le froid de mes doigts et de mes orteils.

   Je réussis à battre Octave et Théodore et remporte victorieusement une lettre. Je m'empresse de sauter de joie car j'ai malheureusement la réputation d'être la plus mauvaise joueuse du groupe. Thomas me lance un regard moqueur et blasé et je lui fais discrètement un doigt, que seul Étienne remarque. Par exaspération, il ne fait aucune réflexion et je lui lance un regard contrit. Je le vois soupirer et le cours continue, avec de beaux échanges. Les balles sont frappées tellement fortes par Paul que je voie seulement un éclair jaune traverser le court et le grondement de tonnerre qui s'ensuit.

Tome 1 : Le Reflet de l'HiverOù les histoires vivent. Découvrez maintenant