Chapitre 12 - Le prix du sacrifice - Partie 2

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Naola bailla à s'en décrocher la mâchoire et traîna les pieds jusqu'au comptoir du Mordret's Pub. Les événements de la veille avaient mis tout le réseau du vieux vampire en ébullition et il avait sommé son ancienne serveuse et informatrice associée de se présenter au pub pour faire un point et prioriser les renseignements à divulguer ou à retenir.

À peine rentrée au manoir, la sorcière, épuisée par la mission sur le terrain, avait avalé un sérum énergisant pour repartir aussi sec et répondre à la convocation de son antique patron. Elle n'était pas franchement fraîche lorsqu'elle passa derrière le zinc. Elle entreprit de se préparer un café, avec les gestes empreints d'une habitude mécanique, dénuée de toute réflexion.

« Vous dormez encore, commenta Mordret, assis en face d'elle.

— Non, regardez, j'ai les yeux ouverts, souffla-t-elle, sans même lui adresser un regard.

— Où étiez-vous, hier soir ?

— Mattéo m'a invitée au restaurant dans un coin sympa...

— Une visite romantique près d'une cathédrale ancestrale ?

— Un repas aux chandelles et une veillée amoureuse, Monsieur.

— Pourtant, vous avez l'air épuisée, grogna le vampire, mécontent. Vous me mentez. »

Naola fronça le nez et, pour la première fois, lui jeta un bref coup d'œil.

« J'ai passé la nuit avec mon copain. On a couché ensemble hier soir, on a remis ça ce matin. Vous voulez plus de détails ou vous me foutez la paix ? »

Elle s'appuya contre le zinc, penchée vers l'avant, en appui sur ses coudes, les mains jointes autour de sa tasse fumante. L'alibi, délicatement suggéré par Xâvier, eut l'effet escompté : Mordret resta interloqué et ne sut quoi répondre. Naola but une gorgée de café et poussa un long soupir.

« Vous êtes grognon. Plus que d'habitude. Qu'est-ce qui vous tracasse, Monsieur ?

— Avez-vous lu la une ? demanda la créature avec sécheresse.

— Je suis levée depuis vingt minutes... Non.

— Bien sûr. Inutile. Vous y étiez.

— Où ?

— Paris, Notre Dame, l'attentat. Arrêtez de faire comme si vous ne compreniez pas.

— Il y a eu un attentat ? » s'alarma la jeune femme, sans grande conviction.

Mordret gronda, menaçant, et sortit un journal qu'il lâcha vivement devant elle. Elle déplia le papier et observa la première de couverture qui, avec son impartialité relative, titrait La Fédération et l'Once unis pour déjouer l'attentat de Notre Dame. On y voyait Amalia Elfric, la main sur l'épaule de l'Once sous sa forme humaine et masculine, ordonner le sauvetage des mécas.

« Déjouer l'attentat de Notre Dame... lut Naola, songeuse.

— Vous auriez à redire sur cette interprétation de faits ?

— Non, il faudra juste que je me renseigne sur ce qui s'est passé, Monsieur. Paris, c'est loin.

— Amalia Elfric qui touche l'Once...

— Eh bien ?

— Cela ruine de mes plus séduisantes suppositions. Deux projections d'un sorcier ne peuvent être proches. Encore moins entrer en contact.

— Amalia Elfric, l'Once ? reformula Naola avec un grand rire. Merlin, non ! Quelle idée ! Cette femme est horrible ! Enfin, Monsieur, vous avez vu le mnémotique du procès de Mattéo !

— Précisément...

— C'est la première fois où je l'ai rencontrée, Monsieur, et je n'ai pas franchement envie de la recroiser. À Maison Haute, elle m'a prise pour une bête de foire, juste bonne à étudier.

— Vous vous trompez... commenta le vampire.

— Sauf votre respect, Monsieur, c'est vous qui vous trompez... Amalia Elfric n'est pas l'Once, j'aurais pu vous le dire même sans cette photo.

— L'hypothèse était séduisante, mais admettons. Ça n'est pas sur cela que vous vous trompez. Vous aviez déjà croisé Amalia Elfric, auparavant.

— Je vous demande pardon ? »

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