one shot for my pain

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Extrait de Liquor Store Blues de Bruno Mars et Damian Marley.

La première chose qu'on remarquait chez toi, c'était ton sourire. Tes dents n'étaient pas droites car tu n'avais jamais voulu porter d'appareil dentaire. Elles étaient bancales mais elles faisaient ton charme. De plus, elles n'étaient pas toutes blanches mais plutôt jaunies à cause de toutes les cigarettes que tu fumais. Les unes après les autres. Ça avait même fini par jaunir le bout de tes doigts. Mais c'est ton sourire qu'on remarquait en premier. Peut-être parce que même quand ça n'allait pas t'arrivais à nous faire penser le contraire. Peut-être parce que quand tu souriais vraiment ça gagnait tes joues, tes yeux et tout ton visage.

La deuxième chose qu'on remarquait chez toi, c'était tes yeux. Des yeux verrons qu't'avais. Un vert foncé comme une forêt, avec des reflets jaunes au centre. Un marron clair qui virait au jaune au soleil. Tes yeux, ils se plissaient quand tu faisais de vrais sourires. Tes yeux, ils brillaient dans la nuit. Tes yeux, ils pétillaient quand tu m'regardais. Ils étaient beaux tes yeux, vraiment. Si étonnant, si surprenant.

La troisième chose qu'on remarquait chez toi, c'était tes cheveux. À première vue, ils n'avaient rien d'exceptionnels. Des cheveux noir jais, noir corbeau. Ils étaient assez longs pour que tu les rassembles en un chignon. J'l'aimais ton p'tit chignon. Tes cheveux, au soleil, ils avaient des reflets bleu nuit. Bordel que c'était beau. Ça faisait d'la nuit en plein jour.

La quatrième chose qu'on remarquait chez toi, c'était tes tatouages. T'en avais sur les deux bras, comme un t-shirt permanant. Les gens les voyaient et les gens ne les comprenaient pas. Personne les comprenait, sauf toi et moi. Ils s'arrêtaient pile à tes poignets, comme deux manches longues d'un sweat. Ils étaient tous noir, aucun en couleur. C'était seulement des dessins. Aucun mot, aucune lettre, aucune phrase.

La cinquième chose qu'on remarquait chez toi, c'était tes cigarettes. T'en as tout le temps une entre les lèvres sauf quand tu m'embrasses. Dans ce cas-là, entre tes lèvres ce sont mes lèvres. Tu devais bien te fumais au moins un paquet de clopes par jour. C'était beaucoup trop mais tu m'avais dit qu't'étais accro. T'avais les yeux striés de rouge après, comme après tes nuits d'insomnies. Nuits d'insomnies qui creusaient des poches violettes sous tes yeux. T'as d'la chance, le marron et le vert ça va bien avec le violet. Tu avais un geste machinal pour allumer tes cigarettes. Tu coinçais le p'tit cylindre blanc entre tes deux lèvres, tu attrapais ton briquet et grattais d'un coup sec pour faire jaillir la flamme. Les mains en coupe au dessus de cette dernière, tu grillais le bout de ta clope. Puis tu inhalais le tabac, intensément, profondément et tu recrachais l'tout. Tu recommençais une fois, deux fois, trois fois, et j'm'arrêtais d'compter.

La sixième chose qu'on remarquait chez toi, c'était tout l'amour qu't'avais pour moi. Tu m'regardais avec tes yeux qui pétillent et tes sourires bancals. Tu m'partageais tes clopes et tu m'laissais rêver dans tes yeux. Tu m'laissais passer mon doigt sur tes tatouages pendant des heures si j'voulais. Tu délaissais tes cigarettes pour m'embrasser. Tu m'aimais. J'le sais. Tu m'l'avais dit, plusieurs fois. Plusieurs fois dans la nuit, plusieurs fois dans ton lit, plusieurs fois quand on faisait l'amour dans ta chambre au son des chansons de Queen qui passaient en boucle sur ta chaîne. J't'aimais tu sais. J'avais plein d'amour pour toi mais j'crois que toi, tu m'aimais plus, genre vraiment.

On remarquait toutes ces choses chez toi. Mais les gens ne te voyaient pas comme j'te voyais. Le matin, t'étais jamais bien réveillé. T'adorais les câlins au lit. T'aimais qu'on soit dans ton canapé, ta musique en fond, un livre entre mes mains, tes lèvres dans mon cou. Tu détestais le riz mais tu adorais les pâtes. Tu riais à mes blagues pourries. T'aimais chanté sous la douche. T'adorais les douches à deux. Tu m'passais tes chemises car tu voulais que je les porte. Tu changeais tous les jours de parfum. Tu aimais lire. Tu n'aimais pas la sculpture mais t'aimais la peinture. Tu voulais pas aller t'coucher. On dansait dans ton salon. Tu perdais toujours les batailles de coussins. Tu buvais trop d'thé. La moitié de tes tatouages étaient pour moi ou représentaient notre histoire. T'écoutais toujours le bruit d'la pluie en fermant les yeux.

J't'aimais.
J't'aime.
J't'aimerai.

Sûrement moins qu'toi tu m'aimes mais j't'aime quand même.

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