Chapitre 7

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De l'eau chaude jusqu'au cou, et comme elle passait une douce éponge sur ses bras, Arhylinn songeait à la discussion qu'ils venaient d'avoir avec le Roi du Feu, Métédor Linares. Celui-ci comprenait que les Aildors avaient peur pour leurs gens, mais lui-même avait peur que ses propres hommes ne soient blessés en allant les soustraire aux Renégats. Djemaa avait insisté, sans résultats, puis Yumna et enfin Aldor. Devant ces trois jeunes hommes déterminés, le Roi avait fini par céder, et la matinée touchait à sa fin.

Le Roi Métédor avait accordé qu'un contingent de vingt soldats en armes, sous les ordres de Djemaa, accompagne les deux Princes des Vents dans les montagnes dangereuses du Royaume du Feu. S'étant gardée d'ouvrir la bouche, Arhylinn n'avait pas insisté pour y aller elle aussi et personne n'en avait fait la remarque, mais Yumna, Aldor et Djemaa savaient parfaitement que la jeune Humaine n'allait pas les attendre sagement au volcan et encore moins au campement Aildor...

Arhylinn quitta son bain, totalement détendue après y avoir trempé pendant plus d'une heure. Il était très tard, mais le vrombissement des Feudors emplissait encore le boyau central de la montagne. Apparemment, les habitants avaient une notion très aléatoire des heures de repas, de coucher et de lever puisqu'il semblerait que très peu d'entre eux ne se calent sur les phases du soleil... Djemaa avait expliqué qu'il n'était pas rare de voir des gens aller manger au beau milieu de la nuit alors que d'autres se levaient ou encore se couchaient comme certains encore dormaient déjà profondément depuis plusieurs heures, et Arhylinn s'en était rendu compte durant la première nuit qu'ils avaient passée ici, avec des murmures et des rires, toute la nuit durant.

Secouant la tête, Arhylinn s'habilla d'une tenue qui trônait en évidence sur son lit. Une domestique la lui avait apportée un peu plus tôt, prétextant que sa robe épaisse allait plus être un fardeau qu'autre chose. La jeune Humaine enfila donc cette jupe droite et le chemisier cintré qui allait avec, le tout de couleur gris cendre. Elle noua sur sa taille une large ceinture noire dans une matière proche de la soie, et chaussa ses bottines noires qui montaient jusqu'au milieu du mollet. Elle sortit ensuite de sa chambre, juste sur la coursive, histoire de s'émerveiller un peu plus, et tomba nez à nez avec Sinji, l'Elfe du Prince du Feu, qui venait vers elle.

— Puis-je vous aider ? demanda celle-ci sans s'encombrer d'aucune politesse. Vous voulez peut-être voir mon Maître ?

Arhylinn se sentit décontenancée par l'Elfe. Nantie d'un corps parfait, vêtue d'une robe si fine qu'elle ne laissait pas beaucoup de place à l'imagination, les cheveux longs totalement libres et des yeux presque blancs qui pourraient renverser la pire des brutes, Sinji ressemblait à une créature parfaitement irréelle.

— Alors ? demanda l'Elfe en croisant les bras.
— Non, non merci, répondit la jeune Humaine, sortant de ses pensées le rouge aux joues. Je saurais me débrouiller...
— Très bien, n'allez pas trop loin quand même, souffla Sinji avec un sourire en coin. Il est facile de se perdre ici...

Sinji tourna ensuite les talons et la jeune femme déglutit. Apparemment, l'Elfe ne l'aimait guère. L'arrivée du Prince Djemaa à l'autre bout du couloir soulagea aussitôt Arhylinn qui l'accueillit avec un grand sourire.

— Que faites-vous donc seule sur la coursive ? demanda-t-il en lui faisant miroir. Vous avez perdu vos compagnons ?
— Non, pas du tout, je prenais juste un peu l'air en regardant autour de moi, répondit Arhylinn en glissant sa main dans le creux du coude du Feudor. Cet endroit est tout simplement impressionnant. Est-ce un vrai volcan ? Je veux dire, est-il en activité ?
— Oui, bien évidemment, répondit le jeune Prince en montrant le vaste trou au sommet du boyau. Dans cette colonne, la lave monte et descend, et régule la température dans la salle. Aussi loin que je me souvienne, il n'a pas encore explosé, mais il suffirait d'un petit tremblement de terre pour rayer Bambara de la carte.

Désia (Quadrilogie - Extraits)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant