Chapitre 8 - Juliet (partie 1)

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Une grosse baleine... Voilà à quoi je ressemble.

La psyché renvoyait le reflet de sa main qui caressait le tissu élastique tendu par son ventre rond. Dans tous ses autres vêtements, elle se sentait oppressée comme dans un corset trop serré. La robe noire, qu'elle avait enfilée pour le retour de Tristan, moulait ses courbes, mais remontait grossièrement sur le devant de ses cuisses. Décidément, cette tenue, beaucoup trop courte, ne seyait guère à une femme enceinte. Elle devait se changer, se parer comme une poupée pour accueillir celui qui était devenu son mari si rapidement et qui serait bientôt le père de son enfant. À l'approche du terme de sa grossesse, Juliet peinait à satisfaire les volontés de son mari. Elle ouvrit sa garde de robe et parcourut les vêtements suspendus aux différents cintres.

- Trop court. Trop léger. Trop serré. Trop court. Trop court.

Trop. La gorge nouée, elle recommença. Sa voix chevrotait. 

- Trop court. Trop léger. Trop serré. Trop court. Trop court.

Ils avaient tellement tardé à lui acheter des vêtements pour femmes enceintes que plus rien ne lui allait. Elle continuait de passer en revue ses tenues et lorsqu'elle arrivait au bout de la rangée, elle repartait dans l'autre sens. Plus le temps passait, plus sa gorge se serrait de sanglots étouffés qui ne cherchaient qu'à s'expulser hors de son corps.
Le bébé remua et donna un violent coup de pied dans la vessie de Juliet. Elle dut courir jusqu'aux toilettes pour assouvir une envie devenue, elle aussi, trop pressante. Soulagée, elle s'essuya et ressortit de la salle de bain après avoir tirée la chasse d'eau qui évacuait un papier teinté de rouge. Préoccupée par le choix de sa tenue, elle ne s'en aperçut pas.

- Un peu de patience petit diablotin...

Elle cajolait son ventre endolori, lui murmurait des mots doux et réconfortants. Elle ne connaissait pas encore le petit être humain qui croissait en elle, mais elle l'aimait déjà et il lui tardait de le rencontrer. Juliet se dirigea vers sa penderie de nouveau pour en refermer la porte. Désespérée par sa recherche infructueuse, elle s'assit sur le lit double en soupirant. Un pantalon de survêtement noir y traînait. Il était tout détendu par les rondeurs qu'il remplissait régulièrement la journée, lorsque Tristan travaillait à l'extérieur. Elle l'attrapa et le posa sur ses genoux. Elle rêvait de l'enfiler pour le reste de la soirée et de conserver cette tenue jusqu'au terme de sa grossesse. Pourtant, une voix dans sa tête lui répétait sans cesse que ce n'était pas une façon de s'habiller lorsqu'elle était en compagnie de Tristan. Son mari n'avait d'yeux que pour elle, mais un jogging ne le contenterait pas. Son regard se brouilla soudainement débordé de larmes qui ruisselèrent rapidement en flots incontrôlés sur ses joues creuses. La tristesse inondait son visage. Jusque quand supporterait-elle les exigences démesurées de cet homme que, finalement, elle connaissait à peine ?

Seule, désœuvrée, abandonnée de tous, elle avait plongé dans les bras accueillants du premier amant venu ; un amant plus dangereux que mystérieux. Quelques semaines plus tard, elle tombait enceinte et il l'emmenait loin du monde agressif de la ville. Puis il l'épousa en noce éclair. Il était tellement heureux d'avoir un enfant, qu'il s'attendrit et devint encore plus prévenant avec elle. À chaque fois qu'ils parlaient ensemble de leur future famille, les yeux de Tristan scintillaient de mille étoiles pétillantes. Le cœur de nouveau amoureux, sa passion se ravivait. Et elle lui cédait tout quand il lui offrait ce regard. Elle aimait qu'il l'aimât et il semblait si sincère.
Elle choisit alors de garder le bébé et de partir avec lui. Elle pensait que fonder cette famille providentielle adoucirait sa vie ; la sienne comme celle de Tristan. Elle lui laissa sa énième chance, mal lui en prit.  Avant qu'elle ne s'en rendît compte, le piège l'avait agrippée et s'était refermé sur elle pour ne plus jamais la relâcher. Un insecte prisonnier d'une toile d'araignée. Barbe bleue et ses femmes... sa seule et unique femme. Princesse captive d'une tour dorée qui s'effritait.

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !