Chapitre 26 - 1787 : Les Jeux du hasard et de la mort - Paris

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         Le jeune vicomte tint absolument à ce que je l'appelle par son prénom. C'était la première fois de ma vie que j'appelais un noble par son prénom. Je lui dis de me "donner" simplement du Collot car depuis que j'étais à l'armée je n'étais plus guère nommé par mon prénom, sauf par ma famille et les dames.

           Avec obligeance Paulin m'avait  proposé de partager son appartement. Mais je préférai vivre, pendant mon séjour dans la capitale, dans une chambre de louage. Je descendis dans un hôtel meublé dont des passants m'avaient assuré qu'il était peu cher, l'Hôtel de Cherbourg, rue du Four-Saint-Honoré, près des Halles. 

         La rue était bruyante et très passante

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         La rue était bruyante et très passante. Je m'installai dans une chambre miteuse, la  numéro neuf au troisième étage. J'avais préféré me loger en hauteur car, m'avait appris le logeur, plus l'étage était élevé moins le prix de la chambre l'était. Après que je me fus installé dans ce « chez moi » provisoire, Paulin me demanda ce que je voulais voir à Paris.

     « Deux choses m'intéressent : le jour, visiter l'Ecole royale militaire de Paris et puis, le soir venu, les galeries du Palais Royal, où on dit que les plaisirs sont multiples et les dames avenantes.

- Ah, bien ! C'est une bonne mise en bouche » assura Paulin, plus que narquois.

      Le jeune vicomte, qui connaissait bien du monde, dont des officiers supérieurs, s'arrangea pour que nous puissions visiter ensemble l'Ecole royale militaire. Face à une impressionnante perspective, dont Paulin m'apprit qu'elle s'appelait le Champ de Mars, je me sentis comme écrasé par une façade sobre, immense, magnifique, des colonnes saisissantes de hauteur et un dôme impitoyablement haut. La chapelle et la bibliothèque se révélèrent aussi majestueuses.

       Mais je n'avais encore rien vu. Nous passâmes voir le directeur des études et Paulin le convainquit facilement de nous laisser prendre notre repas avec les élèves. Je pensais me trouver face à l'austère service et à la maigre nourriture des collèges et casernes. Je me trompais. Nous fûmes, ainsi que les professeurs et les élèves, servis plus que magnifiquement, comme si nous étions de grands princes. C'était un jour ordinaire. Mais nous eûmes droit à un potage, un bouilli de viande fort copieux, des entremets glacés, trois desserts et des fruits à profusion. En un mot nous fîmes bombance. Je dois l'avouer : je fus finalement plus impressionné par la richesse des menus que recevaient, plusieurs fois par jour, ces coquelets gâtés-futurs officiers que par tout le reste. Je ne pouvais m'empêcher de comparer, avec amertume, la richesse de ces menus de futurs officiers à la soupe de gruau ou au pain de munition qui nous étaient donnés d'habitude en guise de repas, au casernement.


      Pas étonnant qu'après des années si agréables, dans une telle école, avec un service de bouche fastueux, tant de domestiques pour les servir, les jeunes aspirants officiers trouvaient la vie (et la nourriture) des casernes de province plus que spartiates. La chute hors de ce nid plus que douillet était d'une rudesse extrême...


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Photographie centrale extraite de l'excellent blog de Pascale Debert,

histoiresgalantes.fr

 blog consacré au XVIIIe siècle



Moi, Jean Thomas Collot -  Tome un : Au Temps des roisLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant