Chap. 25 - 1787 : Les Jeux du hasard et de la mort - Il pleut sur Dourdan

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Il pleut sur Dourdan


      En ce début de printemps 1787 il n'arrêta pas de pleuvoir presque partout où je voyageais. Je m'adressai à l'auberge de la Croix de Malte, grande rue Saint Jean, où on m'assura que le transport en berline avait toute la confiance du public, par les soins et l'exactitude des cochers. En effet la berline à six places, fort propre, bien fermée avec glaces et vasistas, attelée à trois chevaux, arriva à l'heure annoncée.

     D'un relais de poste à l'autre, d'une berline à l'autre, puis longuement à pied, trempé je finis par arriver à Dourdan, jolie ville qui avait conservé des châteaux et tours de guet bien solides des temps très lointains, mais qui s'enorgueillissait aussi de saines maisons modernes de notre époque.

           D'un relais de poste à l'autre, d'une berline à l'autre, puis longuement à pied, trempé je finis par arriver à Dourdan, jolie ville qui avait conservé des châteaux et tours de guet bien solides des temps très lointains, mais qui s'enorg...

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     J'eus du mal à dénicher la demeure du colonel. Il me sembla que sa famille et lui-même n'étaient guère connus ici, et la demeure, dans une vaste forêt, semblait aussi étrangement se cacher de tout et de tous. Du manoir, plus petit que je ne me l'étais imaginé pour un seigneur, à la fois intime par sa taille mais grand par son élégance, j'appris ensuite qu'il s'agissait d'une ancienne maison de plaisirs d'un proche du roi précédent...

 Du manoir, plus petit que je ne me l'étais imaginé pour un seigneur, à la fois intime par sa taille mais grand par son élégance, j'appris ensuite qu'il s'agissait d'une ancienne maison de plaisirs d'un proche du roi précédent

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   ...apportée en dot par Madame, jolie dame qui semblait n'avoir que de distants rapports avec son colonel de mari. Certainement un mariage de convenance. Mais cette dame et leur charmante fillette furent très polies envers moi. Par un de ces étranges retournements des sentiments l'épouse du colonel ne commença à aimer son mari que quand la prison et la mort furent au tournant. Mais j'anticipe trop.

      Je voyageais dans mon uniforme d'artilleur qui était le seul vêtement un peu digne que je possédais. Je portais « mon » tableau que je voulais offrir à mes parents, ainsi que ma giberne, mon glaive et, dans mon havresac, mon pistolet. Hormis mon fusil j'étais équipé comme pour partir à la guerre. Mais j'étais trempé jusqu'aux os. 


      Heureusement je pus déposer mes affaires dans une petite chambre et me chauffer à la cheminée du salon et non pas à la cuisine comme je m'y étais attendu. Le colonel me donnait, plutôt gentiment, du « Chevalier à l'Orange ». L'épouse du colonel me demanda si je préférais boire du café ou du chocolat. Je ne sus que répondre car je n'avais jamais goûté au chocolat. Le colonel décida alors que ce serait chocolat pour tout le monde. 

 

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      Cette boisson chaude me fut versée dans une tasse en porcelaine, que je tins un peu anxieusement entre mes mains, n'ayant pas l'habitude de boire dans un récipient aussi précieux. C'était bon, c'était mousseux, c'était réconfortant, mais j'avouais très franchement que je préférais le café. Puis, alors que le colonel et moi nous remémorions la Corse, un très jeune homme, à l'air très désinvolte, entra dans le salon sans être annoncé.

      C'était le cousin de Madame, le jeune et beau Paulin, aristocrate qui devait avoir à peine dix-huit ans mais qui me semblait déjà tout connaître d'une certaine vie. Le genre de jeune homme qui plaît naturellement aux femmes et aux hommes, qui le sait, et a une très grande aisance dans la conversation, et après la conversation.

     « Sergent que pensez-vous de Paris ? me demanda-t-il.

- Pas grand chose. Je n'ai jamais vu la capitale.

- Vraiment ? Il faut donc que nous vous dépucelions de ce côté-là.

- Sans façon. Je n'aime que les femmes ! » lui répondis-je du tac-au-tac, pour bien lui montrer que je n'étais pas uniquement le paysan mal dégrossi qu'il pensait voir en moi.

     Il rit de bon cœur. Cela amusa aussi sa cousine. Mais le colonel semblait pressé de se débarrasser de la compagnie du jeune Paulin :

« Mon cher cousin ce serait une bonne idée que vous fassiez visiter Paris à notre ami. »


   Ce fut ainsi que deux jours plus tard, accompagnant le vicomte Paulin dans sa voiture, et chargé de « mon » tableau et de mon équipement de soldat, je fis mon entrée dans la capitale.

    Sous la pluie.

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Illustration : Château médiéval au centre de la ville de Dourdan

Photographie centrale : Service à chocolat en porcelaine - XVIIIe siècle, photo extraite de l'excellent blog de Pascale Debert consacré au XVIIIe siècle

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Moi, Jean Thomas Collot -  Tome un : Au Temps des roisLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant