Chapitre 38-1

Depuis le début
                                                  

Il avait raison et même si j'étais inquiète pour Nicolas qui ne nous avait pas encore rejoints, je puisai dans mes dernières forces pour suivre son rythme quand quelque chose me freina. Surprise je tournais la tête vers Cooper, juste à temps pour le voir s'effondrer lourdement sur le sol. Je parvins à me dégager avant qu'il ne m'entraîne dans sa chute et tentai de l'aider à se relever dans la foulée, mais sans succès. C'est à cet instant que Nicolas nous rejoignit enfin.

— Il faut partir d'ici, tout de suite !

— Il est blessé, on ne peut pas le laisser là ! lui dis-je alors que j'essayais toujours de le redresser.

Presque sans ralentir, il se baissa et hissa le corps inerte de Cooper sur son épaule avec une facilité seulement apparente. Car le rictus de douleur qui crispa momentanément son visage ne m'échappa pas.

Tenaillée par l'urgence et la peur, bien que les tirs aient cessé de résonner derrière nous je suivi tant que mal les grandes foulées rapides de Nicolas, qui nous entraînait de plus en plus avant dans les méandres des rues saturées d'entrepôts, de terrains vagues et de bâtiments déserts ou à l'abandon. Ce devait être le milieu de la nuit et le froid et l'humidité étaient vifs et piquants. Nicolas bifurqua enfin vers un bâtiment tentaculaire, ressemblant à une forteresse. Nous en longeâmes les murs aveugles pendant ce qu'il me parut une éternité, avant qu'il ne s'arrête enfin devant une porte en acier hermétiquement close.

Je m'apprêtai à lui demander comment il comptait pénétrer à l'intérieur de ce bunker, quand, d'un simple coup d'épaule appuyée, il força la serrure sans effort. Le plus beau était que, vue de l'extérieur, personne ne pourrait se douter qu'elle venait d'être forcée. Nous pénétrâmes rapidement à l'intérieur, où Nicolas s'empressa de condamner le battant avant de s'avancer de quelques pas et de déposer avec douceur Cooper sur le sol. Il était en train de l'examiner brièvement alors que je me laissai glisser au sol, à bout de force, lorsqu'il se tourna brusquement vers l'inspecteur.

— Qu'est-ce que vous faites ? lui demanda-t-il d'une voix fatiguée mais tout de même menaçante qui fit sursauter l'inspecteur.

— J'appelle les secours, lui répondit-il

— Ne faites pas ça, les sirènes nous trahiraient et puis...c'est trop tard pour lui, ajouta-t-il d'une voix pleine de tristesse.

— Il est mort ? demandai-je inutilement, incapable d'y croire vraiment.

— Non, pas encore, me répondit-il doucement. Mais ses blessures sont trop grave pour que les secours arrivent à temps, je suis désolé.

— Alors vous allez rester là à le regarder mourir ! l'accusa Storm, visiblement pas très fan de Nicolas.

— Vous croyez que ça m'amuse ! Je sais juste qu'appeler les secours où le conduire dans un hôpital ne le sauvera pas ! Il s'est pris une balle en pleine poitrine, les dégâts sont irréversibles, même lui vous le dirait s'il pouvait encore parler. Je ne peux plus rien pour lui, mais je peux encore vous éviter de faire une bêtise et de tous nous faire tuer.

L'inspecteur ne dit rien durant de longues secondes, son regard insondable rivé dans celui de Nicolas, sa main non loin de son arme.

— Je ne vous suis qu'à une seule condition...faites quelque chose pour lui.

Son ordre sec se répercuta dans le silence glacial de l'endroit, nous prenant tous les deux par surprise. Qu'entendait-il par la ? Comment pouvait-il savoir ? Le regard que me lança Nicolas était dangereux et emplit de doutes et d'interrogations. S'il le décidait, il pourrait tuer l'inspecteur en quelques secondes et une lueur sauvage dans ses yeux m'apprit qu'il y avait pensé une brève seconde.

— Je ne vois pas ce que vous entendez par là, je ne suis pas médecin, lui répondit-il néanmoins pour temporiser et surtout évaluer ce qu'il savait, ou croyait savoir, exactement.

— Ne jouez pas les idiots avec moi ! Transformez-le ! Ce petit ne mérite pas de mourir pour vous avoir sauvé la vie.

— ça ne se transmet pas, c'est génétique, tenta-t-il une dernière fois, la main qu'il tenait derrière son dos commençant à se transformer lentement sous mes yeux.

— Pour les métamorphes peut-être, mais vous, vous êtes autre chose, affirma l'inspecteur en braquant lentement son arme sur la poitrine de Nicolas.

— Vous savez, alors, que votre joujou ne vous servira à rien !

— Si je vise le cœur, cela vous ralentira peut-être suffisamment pour nous laisser une chance de nous enfuir.

— Parce que vous croyez qu'elle partirait avec vous ?

— Non, je veux juste l'empêcher de se faire blesser en s'interposant entre nous.

— Comment vous savez ? demandai-je à l'inspecteur en finissant de me relever, prête à l'action s'il le fallait.

— Qu'il n'est pas un métamorphe ? Simplement à cause de vous, Rose. Lorsque je vous ai rencontré il y a quelques jours vous étiez humaine et à présent...vous ne l'êtes plus. C'est donc que quelqu'un vous a transformé.

— Vous avez vu mon regard changer, d'accord, mais comment pouvez-vous savoir que c'est Nicolas qui m'a transformé ? Cela pourrait être n'importe qui ?

— Vous dégagez les mêmes vibrations étranges tous les deux. Ne me demandez pas comment je peux le sentir, je le peux c'est comme ça et jusqu'à il y a quelque jours, je n'avais aucune idée de ce que c'était.

— Vous ressentez notre aura ! s'exclama Nicolas en tournant soudain la tête vers Cooper qui venait d'émettre un gémissement alarmant.

—Pourquoi ne tentez-vous rien pour le sauver ?

— Parce que je ne veux imposer cela à personne ! lui répondit-il d'une voix vibrante et frustrée. Si tant est qu'il survive à la transformation, ce qui est loin d'être garantie, qui vous dit qu'il acceptera ce qu'il est devenu ? Rose est la première et la seule humaine que j'ai accepté de transformer. Je l'ai fait pour lui sauver la vie et je ne le regrette pas, même si j'ai longtemps hésité, mais elle a eu le choix. Cooper, lui, ne l'a pas et je ne veux pas le lui imposer.

De la tristesse teintée de respect traversa le regard de l'inspecteur alors qu'il baissait lentement son arme d'un geste résigné.

— Tu devrais le faire, dis-je à Nicolas d'une voix assurée malgré mes doutes.

Ce dernier sursauta, tournant son regard surpris vers moi.

— Tu es certaine de vouloir prendre la décision pour lui, Rose ? Tu ne m'en aurais pas voulu si je l'avais fait pour toi ?

Je pris le temps d'une légère réflexion factice avant de parler, pour bien qu'il comprenne que je ne lui répondais pas à la légère.

— Fais-le ! lui dis-je simplement, me demandant avec une profonde anxiété si je ne faisais pas une énorme erreur.

Car la vérité était que ma réponse à sa question était...oui, je lui en aurais beaucoup voulu ! Je n'avais plus qu'à espérer que Cooper serait plus compréhensif et moins rancunier que moi. 

Ombre Fauve (sous contrat d'édition )Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant