Chapitre 31

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                                             Itown était plongée depuis de longues heures dans une nuit aussi noire et nuageuse qu'humide. Les premiers jours de janvier n'auguraient rien de bien optimiste pour la nouvelle année qui venait à peine de débuter.
Cela faisait maintenant un moment que Lucie n'avait pas pu admirer les étoiles d'une des fenêtres du restaurant. Avec les années, elle s'était donnée à ce petit rituel chaque fois qu'elle était de service jusqu'à la fermeture du restaurant, mais l'hiver anglais était plus capricieux dans cette ville que partout ailleurs et ne lui permettait pas toujours d'admirer la voûte céleste déjà difficilement accessible à cause des éclairages de la ville.
Lucie posa son front contre la vitre glacée sur laquelle la pluie battait, tentant en vain d'apercevoir quelques rayons de lune.
- Je me demande bien où sont passés tes anges gardiens, fit la voix ronchonne par nature de Boris.
La jeune fille reporta son attention à l'intérieur du restaurant vide, finissant de nettoyer une énième table, chiffon à la main. Boris, son patron nain dont l'autorité était majoritairement dû à son énorme barbe et son regard franc, essuyait les dernières chopes de bière du bar du haut de son tabouret avec un regard inquisiteur vers sa jeune protégée et employée.
- Les jeunes Bloom, ça fait un moment qu'on ne les a pas vu s'attarder par ici, continua-t-il.
Lucie écarquilla des yeux surpris, puis se reprit en apercevant le regard plein de malice de son patron. Il n'était décidément pas son parrain pour rien, en fin de compte.
Boris avait sans doute deviné depuis longtemps que des liens unissaient les jeunes rockers à la jeune serveuse, même s'il ignorait lesquels. Il n'était pas de nature intrusive, en fait il ne lui faisait quasiment pas de remarques sur ce qu'elle pouvait dire, penser, ou faire.
Comme si un commun accord silencieux s'était établi entre eux depuis toujours, Boris attendait toujours que Lucie ouvre les vannes de sa propre volonté.
Il était protecteur, à sa manière.
Lucie n'avait pas besoin de lui parler, il devinait toujours tout d'un regard.
- Ils sont absents pour quelques semaines, dit calmement Lucie en continuant de nettoyer. Convocation de leurs supérieurs, paraît-il. Il faut bien que quelqu'un les rappelle à l'ordre de temps en temps, non ?
Le nain acquiesça silencieusement, continuant de gestes habiles son travail minutieux et habituel de fin de services.
- Moi qui pensait qu'ils ne supporteraient pas de te laisser seule une seconde, remarqua Boris. C'est assez surprenant de leur part.
Lucie rit doucement, avant de reprendre un instant son sérieux.
- Je pense plus être un fardeau pour eux qu'autre chose..., marmonna-t-elle.
Elle sentit son patron lever ses yeux vers elle, et reprit plus fort :
- Ne vous en faites pas patron, la clientèle ne manquera pas non plus cette année !
Il leva les yeux au ciel.

Lorsque, parapluie à la main, Lucie s'apprêtait à sortir par l'arrière du restaurant, telle ne fut pas sa surprise de constater la présence d'Auguste Fletcher, son étrange costume de mage coutumier sur les épaules et un grand parapluie majestueux au-dessus de la tête, l'attendant au seuil de la porte.
- Je m'attendais plus à un costume de lapin, constata Lucie à voix haute.
Auguste Fletcher arqua un sourcil interrogateur, puis haussa les épaules en lui tendant son bras d'une manière très solennelle.
Un vrai vieil homme.
Lucie accéda à sa requête silencieuse et se plaça près de lui sous son parapluie pour suivre le vieux mage vers une destination encore inconnue.
- Je ne m'attendais pas à ce que vous me fassiez aussi vite confiance Damoiselle Ameth, dit-il.
- Peters, corrigea Lucie. Et ce n'est pas le cas, mais je pressens que vos intentions actuelles ne sont pas mauvaises.
Auguste Fletcher eut un petit sourire alors qu'il l'entrainait vers les beaux quartiers de la ville.
- Les enseignements portés par le frères Bloom ont vite portés leurs fruits à ce que je vois. Et vous avez raisons, mes intentions sont bien heureusement l'opposé à une telle idée.
- Où allons-nous ? demanda Lucie.
- Chez moi, répondit le vieil homme.
La jeune fille ne put se retenir de rire.
- Et vos intentions sont toujours aussi pures ?
Le vieux mage esquissa un sourire.
- Une telle idée n'a pas l'air de vous inquiéter plus que ça, remarqua Fletcher.
- Oh, vous savez ce genre de situations est devenu assez redondant, ces derniers temps. En revanche, vous voir en personne est une première !
Le mage s'arrêta et pointa un doigt vers le ciel.
- Les chasseurs sont en alerte, expliqua-t-il. Les nuits se font plus sombres ces derniers temps, et des rassemblements d'oméga se profilent. Sécurité exigeant, j'ai préféré venir vous chercher en vous sachant sans protection.

Pendant la suite du trajet, Fletcher lui expliqua que sa convocation devant le Conseil avait été retardée. Apparemment, il n'y avait pas que les chasseurs de vampires qui étaient sur les dents, toute la société vampire londonienne bouillonnait de questions sans réponses suite à des évènements plus qu'inquiétants.
Alors qu'ils continuaient de monter dans les beaux-quartiers, ils s'arrêtèrent soudain devant une immense maison au style tout à fait victorien. Ils y entrèrent, et Lucie très intimidée par l'immensité et l'esthétique du lieu se rendit compte qu'elle avait retenue sa respiration depuis un long moment lorsqu'elle voulut prendre la parole.
- Des protections minérales ? dit-elle en indiquant les pierres semi-précieuses qui ornaient les murs et les colonnes de l'intérieur de l'édifice.
- Je ne vous pensait pas si douée encore pour connaître ce genre de choses, remarqua Fletcher.
- Disons, que j'ai eu une passion pour les vieux grimoires volumineux ces derniers temps.
La visite de la maison, ou plutôt du manoir, se fit assez rapidement et synthétique.
Auguste Fletcher parlait beaucoup, mais ne s'attardait jamais.
Son manoir était étonnant, un peu trop même. De l'extérieur, il présentait seulement trois étages alors qu'à l'intérieur on en constatait au moins le double. La chambre qui était réservée à Lucie se trouvait au cinquième, soit trois étages au-dessus de celle de Fletcher.
A la vue de l'immense chambre aux immenses baies vitrées qui laissaient percevoir le déluge extérieur, Lucie fronça les sourcils.
- Pourquoi mes affaires personnelles sont déjà là ? demanda-t-elle, surprise, en apercevant sa valise, si distincte par les dizaines de clichés qu'elle lui avait collé, sur l'immense lit en baldaquin.
- Oh, répondit Fletcher d'un ton désintéressé, j'ai demandé à Ian de les récupérer. Après tout, il aurait été regrettable que vous passiez vos trois semaines de vacances restantes dans les mêmes vêtements.
Lucie hoqueta.
Elle allait rester ici durant trois semaines ? Elle avait beau ne rien laisser paraître, la jeune vampire commençait à en avoir assez que toute sa vie et son emploi du temps personnel lui échappe.
Elle s'apprêtait à lui faire part de ses pensées lorsqu'une information parvint enfin à faire sens dans son esprit :
- Ian ? répéta-t-elle.
Le vieux mage parut soudain légèrement gêné, et caressa un instant sa barbe comme pour choisir le plus délicatement possible ses mots.
- Hum... J'ai en effet demander au jeune Bloom de vous servir de garde du corps lors de mes absences qui seront, je le crains, nombreuses durant votre séjour dans cette demeure. Le jeune Dylan m'a rapporté que vous et le jeune Ian entreteniez certains différents, aussi je comprendrais que sa présence vous dérange, donc...
- Nous n'avons aucuns problèmes, coupa un peu trop brutalement Lucie.
Le vieux mage la regarda avec attention, sourire au coin, si bien qu'elle dut détourner le regard pour qu'il ne lise quoi que ce soit dans ses yeux.
- Très bien, dans ce cas, il nous rejoindra pour le dîner.
Et il tourna les talons. 

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