Chapitre 5 - 6 (partie 2)

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6  atteignit le rez-de-chaussée essoufflée, la douleur épuisait son énergie. Elle se pressa pour payer son menu et craqua sur un cheesecake végétalien tout chocolat à emporter. Ils étaient succulents et elle ne résistait jamais à leur vue.  Elle salivait d'avance. Le jeune femme plaça le dessert dans sa besace, remercia chaleureusement leur hôte et rejoignit ses coéquipiers à l'extérieur. Elle interrompit une conversation animée à propos de la brute que la coach Géraldine avait congédiée. La capitaine ne voulait faire aucun commentaire.

La pluie glaciale avait cessé, mais une brise polaire chahutait les cheveux noirs de 6 et lui irritait les yeux. Son portable vibra. Elle le sortit automatiquement de sa poche. Sa mère. Elle râla, mais les grognements restèrent coincés dans le fond de sa gorge. Personne ne les perçut. N'avait-elle pas reçu son message ? Elle décrocha. Des sons stridents retentirent dans le téléphone. Elle l'éloigna de son oreille, son tympan, agressé par les bruits aigus, sifflait. Assourdie, elle raccrocha. Décidément, le jour n'était pas idéal pour communiquer avec sa mère.

Que se passe-t-il entre Paris et le pays des fées pour que le réseau soit à ce point perturbé ?

- 6, décroche un peu ! Laisse ton tel dans ton sac et viens avec nous.

La capitaine accéda à la requête de la gardienne de l'équipe. Elle releva la tête de son écran et fourra son smartphone dans son sac. Ses coéquipiers ne comprenaient pas toujours la vie que 6 menait. À cent à l'heure et sur tous les fronts en même temps, elle menait activement une vie de sportif de haut niveau et de booktubeuse. Les salaires qu'elle dégageait de ces deux activités lui permettaient de vivre aisément dans un petit appartement du dix-huitième arrondissement, tout en haut de la Butte. Le loyer était élevé, mais la vue sur Paris valait tout l'or du monde. Et puis, elle gérait les réseaux sociaux de l'équipe. Ce job demandait une connexion relativement constante. Comme ils sortaient de l'entraînement, il fallait nourrir les fans et répondre à leurs commentaires. Finalement, les autres ne pouvaient pas comprendre sa vie. Leurs smartphones, quand il s'agissait d'un smartphone, quittaient à peine leur sac. Ils chuchotaient avec leurs papiers d'identité, autant dire qu'ils ne servaient pas à grand chose.

Elle soupira. Un nouveau spasme. Une nouvelle crampe. Ses oreilles commencèrent à bourdonner. Elle posa la main sur son ventre et respira profondément.

L'air de rien. Tu souris et tu t'en vas...

Elle s'apprêtait à saluer ses coéquipiers lorsque le sol se déroba sous ses pieds. Sa vue se troubla. Elle tituba jusqu'à la vitrine du restaurant pour se maintenir. Elle se sentait étourdie, nauséeuse. Elle serra les paupières et secoua la tête pour dissiper le vertige et, aussi vite qu'il était apparu, l'étourdissement se dissipa. Sur l'instant, elle ne comprit pas pourquoi personne ne lui prêtait attention. N'avait-elle failli perdre connaissance ? Les rires de ses coéquipiers qui s'intensifièrent lui déchiraient le cœur. Elle devait se résoudre à l'évidence, pour eux, elle n'était que la capitaine de l'équipe des Anges. Elle se trouvait à la fois idiote d'avoir considéré comme des amis ses  partenaires de jeu et fière d'être assez forte pour que personne ne vît ses moments de faiblesses. Elle se morfondait encore lorsque la porte d'entrée du restaurant s'ouvrit brusquement. Tony. 6 leva les yeux au ciel. Qu'avait-il encore inventé pour se faire remarquer celui-là ?

- Eh ! Vous avez vu ça . C'était é-nor-me !

- Oh oui, j'ai eu l'impression d'être bourrée. Et sans cocktail ! C'était génial. Encore !

Brittany... 6 reconnut la blonde à son timbre haut perché. La fêtarde écumait régulièrement les bars et enchaînait les mojitos jusqu'à ce qu'elle trouvât un jeune mâle à se mettre sous la dent. Sa comparaison avec l'ivresse coulait de source.

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !