Chapitre 36-1

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Une chape de plomb tomba sur notre petit groupe tandis que le temps se figeait. Nous nous regardions fixement, dans l'expectative de la réaction des autres.

— Rose...il y a...quelque chose qui ne va pas...avec mes blessures, dit soudain Nicolas d'une voix faible et rauque, avant de s'écrouler sur le sol au bord de l'inconscience.

Pendant une fraction de seconde, je n'osai pas bouger, appréhendant la réaction des deux hommes figés et choqués à côté de moi. Allaient-ils nous venir en aide ou au contraire crier « Aux monstres ! » et tenter de nous tuer avant de s'enfuir en courant ? Au final, après quelques angoissantes et longues secondes, nous nous précipitâmes tous les trois en même temps auprès de Nicolas, manquant nous télescoper dans notre précipitation.

— Qu'a-t-il voulu dire par là ? me demanda abruptement Cooper en positionnant sans douceur Nicolas sur le dos, avant de déchirer son tee-shirt d'un geste vif.

Nous restâmes tous sans voix devant le spectacle qui apparut devant nos yeux. De nombreuses et plus ou moins profondes estafilades et coupures déparaient son torse, signes évident qu'il m'avait menti et ne s'était pas libéré si vite qu'il me l'avait assuré. J'avais beaucoup moins de compassion envers le cadavre gisant à quelques mètres de là, à présent. J'avais même honte de ma réaction, à vrai dire, mais c'était un peu le cadet de mes soucis à présent.

— Il voulait dire, qu'elles auraient déjà dû commencer à se refermer. Ce n'est pas normal qu'il mette si longtemps à guérir.

— Anormal pour lui, vous voulez dire ? souligna Storm en m'épinglant de son regard pénétrant.

— Oui, c'était ce que je voulais dire, lui répondis-je sur la défensive, paniquée par la couleur terne de la peau de Nicolas et sa respiration saccadée et superficielle.

— Vous savez qu'il n'y a plus de secret, enfin en théorie, car je suis certain que nous ne savons pas tout ! C'est un métamorphe ?

J'hésitai une fraction de seconde, une de trop pour l'inspecteur, qui ne laissa pas passer mon hésitation.

— Il existe d'autres créatures ? Il est quoi, un vampire, un loup garou ?

— ça importe peu, vous ne croyez pas ! m'emportai-je en sentant des larmes de douleurs et de frustrations perler à mes paupières.

— Cela importe s'il présente le moindre danger pour les autres, me répliqua-t-il aussitôt.

— Il n'est pas dangereux, il se contrôle trop bien et depuis trop longtemps pour ça. Évitez juste de laisser vos mains trop près de sa bouche, on ne sait jamais ! ne pus-je m'empêcher de leur sortir dans un petit ricanement triste et déprimant.

Cooper réagit comme je m'y attendais en faisant un léger petit bond en arrière, mais il se reprit bien vite et continua à nettoyer les plaies sanglantes sans un mot.

— Il faut l'emmener à l'hôpital. Ses plaies ont besoins de points de sutures. Quoique je fasse, elles n'arrêtent pas de saigner.

— Non, ça ne changera rien, lui répondis-je. La solution est forcément ici. Cet endroit était un laboratoire clandestin qui faisait des expériences sur les métamorphes. Je suis certaine que c'est dû aux drogues qu'ils nous ont injecté ou...

— ...ou quoi ? me demanda Storm au moment où je me relevai précipitamment.

Trop à l'évidence, puisque ma tête se mit à tourner et que l'inspecteur dû m'attraper par le bras pour m'empêcher de faire une rencontre douloureuse et involontaire avec le sol.

— Vous êtes blessée ? me demanda-t-il aussitôt en me jetant un regard inquiet.

— Non, juste épuisée. Je dois retourner dans la pièce où vous nous avez trouvé...maintenant ! ajoutai-je d'une voix pressante avant de me dégager de son étreinte.

Je le vis hésiter quelques instants, jetant des regards inquiets et pensifs entre moi et Cooper, toujours en train de s'acharner à empêcher le sang de Nicolas de se répandre encore plus sur le sol.

— ca va aller ? lui demanda-t-il, visiblement réticent à laisser l'interne seul avec Nicolas, même inconscient.

— Oui ! aboya-t-il d'un ton peu aimable. Vous feriez bien de trouver une solution miracle et rapidement, sinon tout ce que j'ai déjà fait n'aura servi à rien !

N'ayant pas attendu que Storm se décide pour sortir, j'étais déjà à mi-chemin de la porte du labo lorsqu'il me rejoignit.

— Rose, vous ne devriez pas vous balader seule dans cet endroit, c'est dangereux !

Malgré moi, un ricanement cynique s'échappa de mes lèvres. S'il connaissait le dixième de ce que je venais de traverser ces derniers jours, son commentaire l'aurait certainement fait rire jaune aussi, me dis-je en continuant d'avancer comme s'il n'avait rien dit.

— Attendez ! Laissez-moi au moins passer en premier, m'arrêta-t-il alors que je m'apprêtais à ouvrir la porte. Je vous rappelle qu'il y a deux hommes armés à l'intérieur !

Il frappa brièvement contre le panneau avant de s'annoncer et finalement pousser le battant. L'odeur âcre et écœurante de sang vicié et d'autres choses que je préférai ne pas identifier, me prirent à la gorge, manquant me faire rendre mes tripes. Je réprimai de justesse mon haut-le cœur devant le regard interloqué de Storm, qui ne semblait pas incommodé plus que ça par les vapeurs putrides qui s'échappaient de la pièce.

— Vous cherchez quoi ? me demanda-t-il alors que j'entrai au pas de course, sous le regard surpris des deux gardes, me dirigeant aussitôt vers le corps qui ne gagnait vraiment rien à être vu de près.

Je ne dis rien, n'ayant pas véritablement de réponse à sa question. Tout ce que je savais, c'est que Nicolas était en train de se vider de son sang et que je devais tout faire pour l'aider. La carapace que j'avais endossée sans même m'en rendre compte commença à se fissurer lorsque plusieurs minutes s'écoulèrent sans que je ne trouve rien. Une onde de souffrance brulante m'enserra soudain la poitrine, me faisant gémir doucement alors que je tombais à genoux à côté du cadavre.

Tout d'abord interloquée, je compris rapidement que ce que je ressentais était la souffrance de Nicolas. Son état empirait et il ne parvenait plus à contenir sa souffrance qui fuitait par notre lien de meute. Au lieu de tenter de m'en protéger comme j'aurais instinctivement dû le faire, je laisser tomber mes protections que je n'avais pas réellement conscience d'avoir dressées jusque-là et m'ouvrit le plus possible. Si je percevais ce qu'il ressentait, peut-être que cela me donnerait un indice, une piste, quelque chose pour l'aider.

La sensation d'étouffement qui me submergea fit s'emballer mon cœur et manqua me plonger dans l'inconscience, avant que mon cerveau ne réalise que ce n'était que des sensations extérieures, ça ne m'arrivait pas à moi. Je me forçai à me calmer et à respirer, tandis que j'analysai ce que je ressentais. Le problème venait de ses blessures, quelques choses de corrosif pénétrait sa chair, le brulant de l'intérieur et empêchant ses chaires de cicatriser. Ce n'était pas un poison, car les loups garous n'y étaient pas sensibles, mais cela agissait de la même manière.

« Ouvre ton esprit » entendis-je une voix spectrale murmurer dans ma tête.

Terrassée par la douleur de Nicolas, ma peur de le perdre et par Storm qui me parlait sans que je n'arrive à comprendre le sens de ses paroles, j'avais la sensation de me noyer.

« Tu es une sorcière, laisse parler ton sixième sens ».

Sans véritablement comprendre ce que cela signifiait, je sentis un déclic se faire et alors que j'abaissai enfin toutes mes barrières invisibles...je sus.

Comme dans un rêve je me relevai et sans écouter les imprécations et autres ordres aboyés dans la pièce, je soulevai le corps du mort le faisant basculer sur le côté, avant de me saisir aussitôt de l'objet ainsi mis au jour.

Là, dans ma main tremblante, se trouvait un poignard effilé à la lame étrangement sombre et terne et la cause de tous nos malheurs. 

Ombre Fauve (sous contrat d'édition )Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant