Ruby ( 21) - 9 février 2042

Depuis le début
                                                  

Je m'arrête brusquement. Samuel met quelques secondes à se rendre compte que je ne le suis plus. Quand il s'en aperçoit, il se tourne vers moi et m'interroge du regard. Voyant que je n'ai pas l'intention de bouger, il rebrousse chemin pour me rejoindre.

— Qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème ?

— Oui, il y a un problème. Vous me logez, vous me nourrissez. Vous n'allez pas en plus me payer des fringues. C'est trop, je ne peux pas accepter.

— Et pourquoi pas ? Dans les souterrains, on s'entraide.

Je grimace.

— À ce niveau, ce n'est plus de l'entraide. Je ne veux pas être un parasite qui vit aux dépens des autres, dis-je en croisant les bras sur la poitrine.

— Tu n'es pas un parasite. Nous sommes contents de t'accueillir, dément Samuel, puis, devinant à mon expression que c'est n'est pas la peine d'essayer de discuter, il soupire. D'accord, si tu y tiens, tu me rembourseras quand tu auras assez l'argent. En attendant, tu as entendu le Général, tu as besoin de nouveaux vêtements.

Je secoue la tête.

— On sait tous les deux que je ne suis pas près d'avoir cet argent.

Il hausse les épaules, comme s'il ne voyait vraiment pas ce qui clochait.

— Ce n'est pas grave. Il n'y a pas d'urgence.

Sa réaction me fait sentir dans la peau d'une gamine qui pique une crise pour des broutilles. Sauf que ce ne sont pas des broutilles, bien au contraire. J'ai surmonté toutes ses épreuves pour obtenir mon indépendance. Si j'accepte de me laisser entretenir, j'aurais fait tout ça pour rien.

— Si, c'est grave, murmuré-je au bord des larmes.

Pourquoi refuse-t-il de comprendre que je n'en veux pas de son putain de fric ? Samuel s'approche de moi. Il arbore un air sérieux qui lui donne l'air plus âgé qu'il ne l'est vraiment. Il esquisse un geste dans ma direction, mais s'arrête en cours de route. Il serre le poing et fourre sa main dans sa poche, comme pour l'empêcher de bouger.

— Écoute, Ruby. De l'argent, j'en ai à revendre. Ce que je te prêterais ne me manquera pas.

Comme pour appuyer ses propos, il sort une poignée de billets chiffonnés qu'il me place de force dans les mains. Il semble fâché que je n'accepte pas qu'il me fasse l'aumône. C'est la meilleure...

— Ce n'est pas la question, lui rétorquai-je en essayant de le lui rendre.

Mais il a déjà tourné les talons.

— Samuel ! l'appelé-je, furieuse qu'il mette fin à la discussion de cette manière.

Quand il se retourne vers moi, son visage affiche cette expression indéchiffrable que je connais trop bien, celle qui indique qu'il n'a pas envie de répondre à mes questions. Cela m'énerve à un point... Je serre les poings pour tenter de contenir cette vague de colère qui menace de m'envahir. C'est toujours comme ça avec lui. Impossible d'avoir une vraie conversation. À chaque fois qu'on parle d'autre chose que de banalités, il se referme et trouve une excuse pour s'éloigner, mais cette fois, je ne compte pas le laisser s'en tirer à si bon compte. En quelque pas, je comble la distance qui nous sépare et vient me planter devant lui.

— Qu'est-ce qui te prend de réagir comme ça ? J'ai quand même le droit de refuser qu'on me fasse la charité, non ? C'est ma vie, Samuel. Pas la tienne !

Ma voix vibre de rage contenue. Il doit sentir que cette fois je ne lâcherais pas l'affaire, car il baisse les yeux et pousse un grand soupir. Il a l'air tellement piteux que je sens mon exaspération fondre tel un bonhomme de neige en plein été.

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant