Ruby ( 21) - 9 février 2042

40 9 9
                                          

Nous sommes accueillis par un rayon de soleil. Je ferme les yeux et prends une grande inspiration, savourant cette sensation de liberté. C'est la première fois que je remonte depuis que je me suis évanouie dans la rue. Cela ne fait que deux semaines, mais j'ai l'impression que ça remonte à une éternité. Quand j'ouvre les paupières, je remarque que Samuel m'observe, un sourire moqueur au coin des lèvres.

— Agréable, n'est-ce pas ? Me lance-t-il. 

De mauvaise fois, je me contente de hausser les épaules. Je ne le lui avouerais pas, mais il a raison : cela me fait du bien de sortir un peu la tête de mes bouquins. Et puis, l'air est froid et sec. Le temps idéal pour une balade. On ne pouvait pas tomber mieux.

Pas dupe pour deux sous, Samuel m'entraîne à sa suite dans les rues de New York. Je lui emboîte le pas, un peu déstabilisée par l'agitation qui règne à la surface. Mon cerveau n'a plus l'habitude d'intégrer autant d'informations et de stimulus d'un coup. Mes repères ont disparu, gommés par tous ce temps passé à me planquer au refuge.

Samuel, par contre, a l'air de savoir parfaitement où il va. Je m'étonne de le découvrir aussi à l'aise dans cet environnement qui n'est pas le sien. À le voir, on en oublierait qu'il vit sous terre depuis de nombreuses années. Nous nous dirigeons vers une zone commerçante. Nous ne sommes pas les seuls. Par cette belle journée, les passants affluent, les bras chargés de sacs aux couleurs des grandes enseignes à la mode, le regard absent, absorbés par la multitude de renseignements dont les abreuves la mini-puce installée dans leur œil. Les lentilles numériques ont encore fait de nouveaux adeptes. Bientôt, les bracelets que nous portons tous au poignet seront complètement has-been. Je soupire. Que vont encore nous inventer les ingénieurs de Mr Goodfellar ?

Au fur et à mesure que la foule s'épaissit, Samuel perd de son assurance. Des signes de tension de plus en plus évidents apparaissent sur son visage.

— Ca va ? finis-je par demander en reposant le mug « A mon meilleur pote » que je tiens dans la main.

Il hoche la tête, sans cesser de lancer des regards anxieux aux gens autour. Ceux-ci ont pourtant l'air plutôt inoffensifs. Des touristes, pour la plupart, à la recherche d'un souvenir rigolo à ramener à leurs amis.

— Tu n'en as pourtant pas l'air, insisté-je, un peu inquiète tout de même.

Son teint a pris une drôle de couleur. On dirait qu'il n'est pas loin de rendre son déjeuner.

— C'est juste que je n'ai pas l'habitude d'être entouré d'autant de monde. Cela me rend nerveux. Dépêchons-nous de choisir le cadeau pour Twitch et sortons d'ici.

Nous nous décidons pour une peluche de panda trop mignon que j'avais repéré dès notre entrée dans la boutique et un paquet de bonbons aux goûts insolites. Au moment de passer en caisse, je regarde, un peu honteuse, Samuel sortir des billets de sa poche pour payer l'intégralité de nos achats. Twitch m'a sauvé la vie, la moindre des choses serait de participer à son cadeau d'anniversaire.

— Je payerais ma part, assuré-je à Samuel tandis que nous rejoignons la rue avec nos achats dans un petit sachet en plastique. Dès que j'aurai un peu d'argent, je te promets, je te rembourse.

Il me sourit gentiment. J'ai la désagréable impression qu'il ne me croit pas. Pire, qu'il a pitié de la pauvre petite créature sans le sou que je suis.

— Je suis sérieuse, insisté-je. J'apprécie beaucoup Twitch. Je veux participer au cadeau.

— Tu participes au cadeau, me dit-il. Mais ne te tracasse pas pour des histoires de frics. Allez, viens, il est déjà tard et on doit encore aller t'acheter des fringues.

Le pays des enfants parfaits ( En cours de réécriture)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant