Chapitre 5 : Enfin en sécurité

23 2 0
                                                  

Rodolphe emmène Emma au galop. Celle-ci a l'impression de vivre un conte de fée. C'est le prince charmant qui l'enlève pour l'amener dans son château, en Espagne. Les lèvres scellées par l'infinie beauté de son chevalier, elle n'a pu lui indiquer l'adresse de sa villa. Aussi, Rodolphe, a dû trouver un plan B : conduire Emma chez lui. La décision n'est pas si facile à prendre. En parfait gentilhomme, le cavalier n'amène aucune femme chez lui. C'est une règle d'or, pour un « French Lover » comme Rodolphe. Mais à la guerre comme à la guerre...


La demeure du ''bel ami'', à défaut d'avoir l'allure d'un palais, est un charmant pavillon que possède la famille depuis plusieurs générations. S'il ne ressemble donc pas au château de la Belle au Bois Dormant, il possède malgré tout deux ou trois tourelles d'agrément, de facture gothique, et la façade, couverte d'une forêt de lierre, ne manque pas de style.


— Nous voilà arrivé à bon port, ma dame.


L'émotion est trop intense, Emma se contente de soupirer de contentement.


— Mon castel est de taille modeste, mais il est confortable et situé à l'écart du village. Nous y serons tranquilles, à l'abri de ce fléau qui menace désormais la paix de notre bocage.


Rodolphe saute à terre lestement avant de tendre la main vers sa compagne.


— Vous permettez, ma dame.


Emma se laisse guider par son preux chevalier, qui l'emmène ensuite dans sa gentilhommière.


— Pardonnez le désordre. Je vis seul et je n'ai pas de domestiques à demeure. Cela perturbe ma tranquillité. Et puis, je peux vous l'avouer, je trouve la race des serviteurs bien trop curieuse et bavarde, pour ne pas dire plus.


Rodolphe dépose Mme Bovary délicatement sur la banquette du salon. Il s'empresse alors de ramener quelque chose de sa cuisine. Un joli pot en porcelaine.


— Vous m'avez toujours l'air sous le choc. Heureusement, j'ai encore avec moi quelques grammes de sel qui vont vous raviver les sens.


Il prend une pincée de poudre de sels blancs qu'il tend à Emma.


— Inspirez-moi ça. Une narine après l'autre. Vous m'en direz des nouvelles !


Envoûtée par la voie chaude et magnétique de son prince charmant, elle s'exécute. Elle inspire timidement une première bouffée par la narine gauche.


— Plus fort. Faites remonter la poudre profondément. Dans vos poumons puis votre ventre.


Emma obéit et manque de s'étouffer tellement la substance la brûle quand elle descend dans l'œsophage.


— Hu Hu, tousse-t-elle, c'est plus fort que du poivre ! Qu'est-ce donc que des cristaux, je n'en ai jamais goûté de semblable.

Malaria BovaryLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant