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Tu me manques, et il n'y a rien à faire, sinon pleurer. Je ne te connais que dans mes souvenirs, c'est possible de vouloir quelqu'un aussi fort que ça alors qu'on n'est même pas sûre de son existence ?

Je vais devenir folle. Tu n'es qu'un dessin sur un papier torchon, un gribouillis au marqueur indépendant, mais finalement, t'es aussi une œuvre d'art qui vole les yeux, qui vole le souffle. Tes traits sont flous, comme ceux d'une silhouette qu'on aperçoit dans le vent. Ma réalité t'arraches à coup de griffes, me gueule dans les oreilles, mais c'est pas ça, c'est pas lui, c'est même pas un rêve, ouvre les yeux, oublie-le, ouvre les yeux. Mais je les ouvre mes yeux, et j'ai du miel à la place du sang, des brindilles dans les cheveux et je vomi des fleurs à en planter des clairières entières. Ça fait mal, merde. Mais j'ai tes yeux de 17 ans qui sont ouverts sur les miens, et j'me retrouve encore avec des soleils dans le regard. Ils brûlent tes soleils, ça pique, je pleure.

Charles ne me reconnait plus. Il est gentil Charles, mais c'est le genre de type qui te pose la main sur l'épaule pour dire bonne nuit, qui évite les grandes folies et qui veille a ne pas être en retard. Surtout ne pas être en retard, rentrer du boulot, salade sobedo, feuilleton et dodo, sans oublier le bisou sur le front de O'. Il est gentil Charles, mais il parle pas beaucoup, et puis maintenant je le vois, il fait rien, il veut rien faire, il est adulte et il veut juste rester dans son costard - pas de taches de peinture ! Pas de jeu de mots d'aventure ! Pas de rire, non, sauve ta voix pour un je t'aime avalé avec un café, sauve ta voix pour demander une promotion à ton patron vite fait, sauve ta voix pour expliquer que c'est de cette manière qu'il faut continuer.

Je suis adulte moi aussi. J'ai grandis, je te l'ai dis, qu'est-ce que tu veux faire avec tes bêtises ? Elles ne me charment plus.

Et pourtant, tu me manques comme si on avait arraché un Ulysse à sa Penelope. Télémaque ne gribouille plus que sur des enveloppes. Envoyer des lettres à son papa ne le ramène pourtant pas.

nos cœurs ne chantent qu'à l'aubeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant