chapitre 4 : La Sainte résurrection

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Après avoir sombré dans l'inconscience, Léon Dupuis a glissé de la monture jusqu'à terre. Homais en profite pour grimper sur le cheval, débarrassé de tout fardeau, et part au galop ramener le curé. Charles et Rodolphe se pressent pour récupérer le jeune homme, qui gît, la tête dans la boue. Ils le ramassent, non sans peine.


— C'est fou comme un homme pèse lourd. C'est un véritable poids mort, constate Charles, le souffle court.


— Arghhh ! Du nerf ! N'oubliez pas que j'ai le bras droit en sang.


— Pardon ! Je n'y pensais plus. Je vous ai prodigué les premiers soins. Pour moi, la chose était entendue.


— Vous plaisantez ?! Ça fait un mal de chien !


— Je n'aurais pas assez serré le bandage ?


— Non, mais, la plaie est encore à vif, aidez-moi à porter ce boulet à l'intérieur.


— Diable ! Comme il est sale et mal en point. Et comme il pue. On dirait qu'il a déjà atteint le stade de Livor Mortis. Sa peau blême s'est couverte de tâches bleuâtres et pourpres.


— Vous voulez dire qu'il est mort ?


— Oui. Je crains que la venue du prêtre ne soit plus d'une quelconque utilité.


— Posons-le quand même sur le lit. Cet homme mérite mieux que de rester pourrir dehors, dans la fange de la cour.


Emma semble ailleurs. Elle regarde sans voir les deux hommes déposer le corps livide de Léon sur le grabat de Gustave. Quand soudain :


— Hiiii !


— Qu'y a-t-il, ma chère ? s'inquiète M. Bovary.


— Le monstre... Le démon... Le paysan...


— Gustave ?! devine Rodolphe. C'est vrai. Nous l'avons oublié celui-là. Cette créature infernale vous offense ?


— Le paysan... Il...


— Calmez-vous, ma chère, cette engeance démoniaque n'a rien à faire dans la demeure d'un bon chrétien, lui répond Charles.


— Vous voulez bien m'aider à jeter cette infâme charogne dehors ?


Voilà les deux hommes qui transportent un autre corps. Ce dernier semble plus léger, ils éprouvent moins de difficulté à la déplacer de la maison à l'extérieur. Ils balancent le cadavre de Gustave dans le tas de fumier, non loin de la ferme.


— Bon débarras, se vante Charles.


Malaria BovaryLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant