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Tu dois sortir, merde.

Tu dois sortir de là, tout de suite. Tu dois prendre tes valises, quitter ma tête. Tu sors par la bouche ou les oreilles, comme tu veux, mais tu sors. Je ne veux plus te voir, je ne veux plus t'entendre, j'ai grandis.

J'ai troqué mes peintures pour un rouge à lèvres et mes salopettes pour des robes de bureau. J'ai troqué mes bracelets tissés au gré de mes explorations contre une bague à l'annulaire. J'ai troqué mes histoires contre du papier à classer.

Charles rentre, il a les chaussures cirées. Il a un nez droit, des lèvres sincères et des yeux bien-veillants.

Je sors, j'ai les cheveux tirés, le ventre serré dans ma chemise, les bras d'une travailleuse.

Je vis dans un monde sans horizon. On croise des fantômes à chaque coin de rue, dans les bouches d'égouts aussi. Ils t'attrapent les chevilles quand tu passes trop près d'eux. Ils s'entassent dans les ombres, te tire les cheveux pour que tu puisses leur accorder un peu d'attention et partager une clope avec eux.

Un chat me traite de salope, et les passants porte leur tête à l'envers. Et toi tu ne trouves rien d'autre que prendre ta guitare et te mettre à chanter, tout d'un coup. Je t'avais demandé de sortir, qu'est-ce que tu fous encore là ?

Les trottoirs sont durs, pavés, secs et vicieux. Mes talons claquent. L'herbe est gentille, libre, sifflante et fais jalouser les plaines de Pompeii. Mes pieds nus s'enfoncent.

Tu as ramené avec toi une partie de mon âme que j'avais décidé d'oublier à jamais.

nos cœurs ne chantent qu'à l'aubeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant