chapitre 3 : Le Prince charmant

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L'irruption du beau et vigoureux cavalier chavire les sens d'Emma. La suite des événements se déroulent comme dans un rêve. Rodolphe la conduit à son cheval et l'installe délicatement sur la selle. Puis, en zélé secouriste, Rodolphe retourne chercher Léon, qu'il transporte ensuite sur ses larges épaules avant de déposer sur la croupe de sa monture. Le cavalier devenu fantassin escorte le malheureux couple jusqu'à la ferme du Gustave.


Emma ne se rappelle pas lui avoir appris que c'est là-bas que se trouvent le pharmacien et son mari. Quand elle reprend ses esprits, Rodolphe la dépose à terre.


— Nous voilà arrivés. Vous me semblez encore sous le choc. Voulez-vous que je vous conduise jusqu'à votre mari ?


— Faites. Je me sens toute chose. Tenez-moi fort, je vous prie.


Le bel homme ne se le fait pas répéter. Il prend madame Bovary par la taille et la guide jusqu'à la porte.


— Et pour le jeune Léon ? Comment allons-nous faire ?


— Son état est stable. Il se contente de gigoter comme une girouette. Il ne risque pas de s'envoler, il n'a pas d'ailes. Ah ah.


— Même dans les pires situations, vous ne manquez pas d'humour.


— C'est ce que la reine Victoria appelle la « French Touch ».


— Vous la connaissez ?


— Non, mais c'est ce que disent les journaux.


Charles Bovary et Sanofi Homais sont tout à leur besogne quand Emma pénètre dans la maison, au bras de l'irrésistible Rodolphe. Professionnel et scrupuleux, le pharmacien a congédié les autres villageois : « pires que des pies, ils jacassent et tournent autour de vous, impossible de besogner » a-t-il confié au docteur, pour s'excuser de sa rudesse.


— Il est trop tard cher collègue. Gustave n'est plus, avoue Charles après avoir tâté le pouls du brave paysan.


— Pas mieux, cher collègue. Sa chair a pris une teinte livide caractéristique. Les yeux sont révulsés et les pupilles ne répondent plus. La langue est noire et couverte de mucus verdâtre.


L'œil de lynx de Homais parvient à distinguer les couleurs, malgré l'obscurité normande qui règne dans la ferme et tend à noyer toutes les teintes dans un océan de gris.


— Nous pouvons conclure à un décès, de cause naturelle, avance le docteur.


— Une grippe foudroyante.


— C'est vous qui le dites, cher collègue. D'après les rares cas que j'ai pu observer, ces symptômes correspondent tout à fait à ceux de la redoutée peste blanche.


— Vous en êtes en sûr ?


— Hélas. Je le crains.

Malaria BovaryLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant