Chapitre 5

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La porte de la chambre claqua brutalement et Laurie sursauta.

— On ne touche pas ! s'exclama Arhylinn.

Sa sœur lâcha aussitôt la bague en argent en forme de tête de chat. Elle rebondit sur le bureau et Arhylinn la jeta dans sa boîte à bijoux en fusillant sa sœur du regard. Elle ferma le couvercle d'un geste sec et Laurie esquissa un sourire étrange.

— C'est un garçon qui te l'a donnée ? demanda-t-elle presque en chuchotant. Je dirais rien aux parents, tu sais, si tu as un amoureux...
— Mais qu'est-ce que tu vas encore chercher ? Je l'ai trouvée au marché, soupira la jeune femme.
— Ouais, ouais, c'est ça ! répliqua Laurie. Arhy est amoureuse ! Arhy est amoureuse ! se mit alors à chanter la jeune fille de quatorze ans.

Depuis quelques mois, elle était en plein dans sa période « les garçons sont des gros nazes », et trouvait toutes les astuces pour faire tourner sa grande sœur en bourrique.

— Mais tais-toi ! s'exclama alors Arhylinn. Et sors de ma chambre, tu n'as rien à y faire, du reste ! Du balai !

Laurie lui tira alors la langue puis retourna dans sa chambre et claqua la porte. Sa sœur soupira en s'effondrant sur son lit, les bras en croix et le nez dans la fourrure d'un gros chat en peluche.

— Quelle plaie... soupira-t-elle en roulant sur le dos.

Elle se redressa ensuite sur les coudes et loucha sur sa boîte à bijoux. Cela faisait une semaine qu'elle avait découvert Désia et, à cause de ses cours, elle n'avait pas encore pu y retourner et n'y avait même plus tellement repensé, du reste, ensevelie sous ses devoirs.

— Et si j'allais passer quelques heures là-bas, comme la semaine passée ? se demanda-t-elle en se levant. Après tout, je n'ai pas besoin de Sandre... j'ai la bague. Et puis personne ne s'en rendra compte ici...

Elle récupéra la chevalière aux yeux de rubis et la regarda un moment. Son regard dériva ensuite sur sa penderie où se trouvaient ses deux robes de princesse, soigneusement dissimulées dans des housses à vêtements.

Arhylinn resta songeuse un moment. Tendant l'oreille, ne perçut que le bruit de l'aspirateur que sa mère passait au rez-de-chaussée, ainsi que la musique de sa sœur dans la chambre voisine. Elle imagina son père en train de réparer quelque chose dans le garage et se décida. Elle ouvrit sa penderie, saisit la housse de la robe bleue, la plia le plus petit possible dans une besace qu'elle avait utilisée toute la semaine pour duper son monde, puis quitta la maison en criant à sa mère qu'elle allait au Centre Commercial.

.

Ni la Bibliothèque, ni l'Hôtel de Ville ne virent la jeune femme. En effet, elle se dirigea directement sur l'espace entre les deux bâtiments les plus proches, traversant la route en regardant autour d'elle, sans doute de peur de tomber sur un camarade de classe qui ruinerait ses plans.

Le trottoir était bondé, les gens se bousculaient pour avancer et certains marchaient même au milieu de la route. Un samedi comme un autre en pleine ville...

Profitant de la cohue générale, la jeune femme se faufila entre les deux immeubles et en arrivant près du tas d'ordures qui avait doublé de volume en une semaine, elle se rappela que de l'autre côté, il y avait plus d'un mètre de vide... Mais aussi une échelle en fer forgé !

À tâtons, du bout du pied, Arhylinn chercha alors dans les ténèbres de l'autre côté des immondices, le premier barreau de l'échelle et se jura de demander à Sandre s'il n'y avait pas un passage moins... nauséabond.

Arhylinn sauta dans l'herbe juste sous l'Arche et leva la tête vers la bouche noire quelque peu effrayante.

— Ouf ! J'y suis ! Et sans me vautrer !

Désia (Quadrilogie - Extraits)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant