Chapitre 4

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Arhylinn fut réveillée au petit matin par des appels de gorge provenant de la rue. S'extirpant à regret de son lit douillet, songeant qu'elle avait encore mieux dormi que dans son propre lit, elle posa ses pieds nus sur le parquet frais et regarda autour d'elle en passant ses mains dans ses cheveux.

Un peu endormie, elle se dirigea derrière un paravent, attrapa un grand pot rempli d'eau et en versa un peu dans une vasque en porcelaine. Elle plongea ensuite les mains dans l'eau et s'arrosa le visage. Ses idées furent aussitôt plus claires et la mémoire lui revint brutalement quand Madisa, la servante de la maison qu'elle avait rencontrée la veille, entra dans la chambre de sa démarche bancale, portant dans ses bras une pile de vêtements.

— J'ai donné les habits que vous aviez hier, à laver, mademoiselle, dit la femme d'une voix légèrement éraillée, mais douce. Ils n'étaient pas très reluisants. En attendant, voici de quoi vous vêtir...

Elle posa la pile de linge au bout du lit défait puis s'en alla sous le regard abasourdi de la jeune humaine. Pas habituée à ce que quelqu'un lui montre autant de déférence, elle avait la furieuse impression qu'on se moquait d'elle...

S'ébrouant, la jeune femme revint vers le lit et inspecta les vêtements. Elle saisit le premier de la pile et le déplia. Une belle veste de type militaire bleu nuit se déploya. Les boutons d'argent étaient finement ciselés et les manches en trompette laissaient déborder une explosion d'élégante dentelle d'un blanc immaculé. Les bords de la veste étaient cousus d'un biais argenté et le col rigide se voyait brodé des mêmes motifs que les boutons.

— Punaise... se contenta de souffler Arhylinn en posant la tunique bien à plat sur le lit. Et ça ? Une longue jupe ? Très beau...
— C'est un jupon, fit alors une voix à la porte.

Arhylinn sursauta violemment et se retourna en se cachant avec le jupon par réflexe. Le rire de Sandre s'éleva alors dans la pièce et la jeune femme le fusilla du regard.

— Allons, on a été élevés ensemble, dit-il, amusé. T'es une grande fille maintenant.
— Justement, répliqua Arhylinn, les sourcils froncés. Tu pourrais au moins frapper avant d'entrer dans ma chambre, tu ne crois pas ?

Elle lui tira la langue puis se glissa derrière le paravent en emportant les vêtements. Elle les enfila aussi rapidement que possible, mais les boutons de la veste furent un peu rudes à fermer. Elle y parvint au bout de quelques minutes sans s'abîmer les ongles et enfila ensuite un jupon puis la jupe quasiment en même temps. Elle découvrit dans le tas, une paire de bas en laine fine et les enfila en nouant le bord autour de sa cuisse à l'aide d'un ruban de satin bleu.

— Alors ? demanda-t-elle alors. Qu'est-ce que tu as décidé pour moi aujourd'hui ?
— Je pensais te montrer la ville, comme je ne travaille pas, répondit Sandre. Tu as besoin d'aide ?
— Non, merci. Et comment tu vas faire ? En volant ?
— Non, à pied... À moins que tu veuilles un cheval, mais certaines rues sont trop étroites pour eux...

Arhylinn plissa le nez. Elle aimait bien les chevaux et elle avait fait de l'équitation plus jeune, mais cela remontait à une dizaine d'années et elle n'était pas vraiment certaine de savoir encore comment tenir sur une selle. De plus, entre chevaux de loisir et chevaux privés, il y avait une sacrée différence, niveau docilité...

— Au fait, dit soudain Sandre. Pendant que tu dormais, j'ai fait un saut vite fait au palais ce matin et j'ai obtenu de la Reine en personne une audience pour te présenter à elle, dès ton prochain séjour chez nous.
— Déjà ? dit Arhylinn, surprise. Je vais rentrer chez moi dans quelques heures et qui sait, peut-être que je ne vais pas revenir...
— Tu parles ! Je te connais trop bien, Arhy ! s'exclama Sandre en rigolant. Tu es trop curieuse pour rentrer chez toi et faire comme si de rien n'était ! Tu ne tiendras pas une semaine !

Désia (Quadrilogie - Extraits)Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant