Chapitre 29

21 0 0




                                                       Ian avait laissé Emilia la mener vers sa chambre, plongée dans la pénombre. Ils s'étaient allongés sur le lit, sans réellement parler vu qu'Emilia ne lui lâchait absolument pas les lèvres. Elle se contorsionnait pour qu'il l'aide à enlever ses vêtements, tout en continuant à essayer de lui faire de l'effet à des parties déjà beaucoup plus intimes de son corps.
Il se laissait faire, tentant tant bien que mal de se laisser envahir par un minimum de désir. Mais rien ne venait, car son esprit était ailleurs.
Et il ne supportait pas ça. Qu'est-ce qui clochait chez lui ?
Il voulait chasser son visage. Il voulait faire disparaître ses sentiments pour elle.
Il essaya de reporter son attention vers Emilia, qui avait enfin réussi à débarrasser le jeune homme de son pull gris. Elle le suppliait de l'embrasser, en guidant ses mains vers sa poitrine pour le forcer à la déshabiller, et Ian sentit son corps se laisser aller.
Sans entrain.
Qu'est-ce qui lui arrivait ?
Alors, il décida de passer à un niveau supérieur. Quelque chose d'autre pourrait lui permettre d'apaiser son esprit, quelque chose de plus rapide et de plus efficace. Après tout, il aurait finis par accéder à cette étape tôt ou tard, pour faire en sorte que celle qui se trouvait sous lui ne se rappelle de rien.
Sans aucune délicatesse, il souleva la jeune fille qui lova ses cuisses autour de son bassin pour la plaquer contre le mur. Elle hoqueta, légèrement surprise, et peut-être l'avait-il un peu brusqué. Cependant, Ian s'en fichait éperdument.
Il arracha le soutien-gorge qui lui faisait encore obstacle, et avant que sa proie n'ait pu réagir, il croqua dans la chair, un peu au-dessus de son sein.
Goûtant goulument au précieux nectar rouge qui, déjà, descendait au fond de sa gorge.
Le corps d'Emilia s'affaissa un peu, alors qu'elle poussait un gémissement de plaisir. Devenant complètement à sa merci, la jeune fille se laissa aller sans conscience aux mouvements provoqués par les baisers mortels des crocs qui récoltaient le précieux liquide.
Et puis Ian entendit sa voix.
Croyant à une illusion, il renforça la pression qu'exerçait sa bouche.
Puis des pas, derrière le mur, ... des gémissements.
Et sa voix. La sienne.
- Lucie, dit-il tout haut.
Il se redressa brusquement, et se débarrassa d'Emilia qu'il rejeta sur le lit.
Il ne se faisait pas de soucis pour elle, car elle savait qu'elle ne se souviendrait plus de rien et que les traces de ses crocs auraient déjà disparues.
Ian récupéra son pull, et s'empressa de sortir.

Il ouvrit la porte dans un fracas épouvantable.
Lorsqu'il entra dans la pièce plongée dans le noir, Ian ne sut véritablement ce qui le mit autant en colère : se rendre compte que Lucie allait provoquer l'inévitable, ou voir cet abruti inconnu avec la main plongée sous la culotte de la jeune fille en petite lingerie dentelée.
Ian vit rouge, et sans prendre le temps de réfléchir se précipita vers les deux compagnons en pleine partie de jambes en l'air. Ils réagirent à peine, quasiment ivres autant l'un que l'autre.
La colère monta encore plus à la tête du jeune vampire.
Et avant même que l'abruti n'ait réussit à protester quoi que ce soit, Ian lui envoya son point dans la figure. Et alors qu'il tombait raide sur le lit, le jeune vampire empoignait Lucie par la main l'obligeant à se couvrir en lui faisant enfiler sa robe.
Malheureusement Lucie était non seulement têtue, mais saoule.
Les yeux complètement emprunts d'une folie aveugle, elle se débattait avec rage, ses iris violets irradiant de lumière, empêchant le jeune homme d'échapper à l'inévitable.
La robe se déchira.
Il lâcha un juron, en ouvrant la fenêtre.
Et il souleva la jeune fille dans ses bras pour la placer sur ses épaules, alors qu'elle n'arrêtait pas de gesticuler.
Ils sautèrent.

                                              Lorsqu'ils rentrèrent chez Lucie, la jeune fille toujours aussi ivre se débarrassa de sa robe en lambeau et se dirigea vers la terrasse extérieure à l'opposé de la porte d'entrée. Ian grogna devant son incontrôlable caractère, et la rattrapa en l'agrippant par le bras. Elle tenta de se détacher du jeune homme qui se mit à lui hurler dessus :
- Mais ça va pas, non ?!!
- Lâche-moi !
Mais il ne lui accorda pas ce désir, resserrant sa pression, et continua :
- Imagines un instant ! Juste un instant, que tu l'aies mordu ?!
- Mais, lâche-moi !!
- Imagines !!
Il lut dans les yeux de la jeune fille qu'elle savait très bien où il venait en venir, malgré son esprit brouillé par l'alcool. Un oméga, voilà ce qu'elle aurait créée.
- Et alors ?! rétorqua-t-elle.
- Pardon ?! Tu ne sais pas ce...
- BIEN SUR QUE SI ! le coupa-t-elle.
Ian fronça les sourcils, perturbé.
- Et je m'en fous ! continua-t-elle à crier. Grand bien vous fasse de prendre ma vie, puisque je n'y ai jamais tenu !
Sans s'en rendre compte, parce que choqué, Ian relâcha son étreinte permettant à Lucie de se dégager et de se précipiter vers la terrasse.
Il faisait si froid qu'elle tremblotait, à moitié nue dans l'atmosphère glaciale de la nuit hivernale. En voulant la poursuivre, il se prit un chiffon dans la figure.
Il rêvait où elle lui jetait ce qui lui passait sous la main.
- Après tout, dit-elle, ça vous arrangerait vous aussi non ? « Lucie incarne un poids », « Eliminer cet espoir avant qu'il ne puisse tenter de se développer » ?
Ian ne dit rien, reconnaissant ses propres paroles qu'il avait eu avec son frère la veille de Noel. Elle avait donc entendu, mais visiblement pas toute la conversation.
Son silence sembla blesser Lucie, dont les yeux s'illuminèrent encore plus d'ivresse et de folie. Elle tourna les talons en prenant une couronne de fleurs qui était arrivée quelques jours plus tôt.
- Où est-ce que tu vas ? demanda Ian, sur les nerfs.
- Ailleurs !
- Tu n'iras nulle part !
Elle titubait, arrivant à peine à mettre un pied devant l'autre, grelotante. Ian s'approcha d'elle, mais elle se protégea avec les fleurs. Quand il vit l'étiquette dépassant de la couronne, la colère fit vibrer son cœur, un nom apparaissant : « Brant ».
Il lui arracha les fleurs des mains, dans un geste sec.
Lucie tomba en arrière, dans l'herbe quasiment gelée du jardin. Un immense silence s'installa, avant qu'elle ne se relève pour lui sauter à la gorge.
Ses yeux complètement affolés et illustrant son état d'ébriété déplorable, Lucie tentait tant bien que mal de récupérer sa précieuse couronne.
- Rend moi ça ! cria-t-elle.
Ian la repoussa avec ses jambes, la faisant rouler sur la terrasse avec violence.
- Ah, et pourquoi ça ?! Il t'a enfin brisé le cœur ? C'est pour ça que tu es saoule, peut-être ?!
Pour toute réponse, elle lui jeta des pierres à la figure, qu'il évita d'un mouvement de tête. Lucie était complètement abrutie par l'alcool et la colère qui naissait dans ses yeux.
- Et c'est quoi ça, hein ?! Une relique ?
Sa voix avait résonné dans la nuit. S'approchant de la piscine, il fit mine de placer les fleurs au-dessus de l'eau de la piscine, pour voir comment la jeune fille allait réagir.
Et ce qu'il vit le figea.
Lucie était terrorisée, complètement prise de spasmes de panique. Elle prenait sa tête entre ses mains, hurlant d'une douleur invisible, le suppliant de ne pas faire ça. Elle semblait non seulement effrayée par ce qu'il s'apprêtait à faire mais également par le bassin duquel elle s'éloignait aussi bien qu'elle pouvait de ses jambes flageolantes.
- Tu n'es qu'une stupide gamine, déclara-t-il d'un ton sec.
Et il jeta la couronne dans la piscine.

La terrasse était à peine éclairée par de petites lanternes japonaises disposées aux abords du jardin, plongée dans le silence alors que Ian venait toujours de finir son geste. Lucie s'était scotchée sur place, la main sur la bouche comme au bord de l'évanouissement.
Et tout se passa très vite.
Si vite, que même Ian ne put empêcher l'incontrôlable.
- JULIIIIIIIIIIIIIE !!!!! hurla Lucie. NON !!
Et elle sauta dans le bassin glacé.
Au moment où elle passait entre les mains du vampire, Ian bascula à son tour dans l'eau, alors qu'il désespérait à la rattraper.
En entendant son cri désespéré, Ian avait compris qu'il s'était trompé. Et sur beaucoup de choses. Il se rendait compte qu'il lui avait dit des choses affreuses, même sans le savoir. Il ne connaissait pas son histoire, mais il sut sur le moment qu'il n'avait même pas pris la peine de la comprendre.
Le contact avec l'eau fut épouvantable.

L'eau était glacée, faisant l'effet de milliers de petits couteaux glissant sur la peau. Ils s'étaient enfoncés dans les profondeurs de la piscine, et Ian parvint à la ramener vers elle pour remonter à surface.
Alors qu'ils réapprovisionnaient leurs poumons en oxygène, le froid extérieur sembla geler leurs peaux collées l'une à l'autre. Seules les larmes de Lucie les réchauffaient.
Elle était si vulnérable, si fragile, que Ian l'emprisonna dans ses bras. Il ne voulait plus perdre son contact, une seule minute de plus.
- Je suis désolé, tellement désolé, se lamentait-il.
Lucie, elle, s'était tût. Ses larmes parlaient pour elle, serrant également Ian dans son étreinte. Leurs souffles créaient de la buée un peu partout autour d'eux, et ils restèrent insensibles aux feux d'artifices qui éclataient au-dessus de leurs têtes, dans une explosion de milles couleurs.
Ian ne souhaitait qu'une chose en cet instant : protéger du monde entier le corps à moitié nu et complètement trempé de celle qu'il tenait dans ses bras.
Ils restèrent pendant une bonne dizaine de minute dans l'eau, l'un contre l'autre. Et puis, alors que les festivités célestes s'arrêtaient, marquant la nouvelle année, il sentit Lucie lui échapper.

Elle était en train de perdre connaissance, sombrant peu à peu dans les ténèbres de la nuit.



AméthysteLisez cette histoire GRATUITEMENT !