Chapitre 26

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                                                       Ian s'était affalé sur le canapé alors que tous se préparaient au repas pour la veille de Noel, main posée sur le haut de son visage afin de se protéger de la lumière émanant des innombrables guirlandes réparties sur tout le plafond du salon.
En fait, il était moins perturbé par l'éclairage artificiel que par l'arrivée inopportune du soi-disant Alex Brant. L'étrange sensation que Lucie lui avait été volée en un instant, avait bouleversé son cœur qu'il croyait pourtant imperturbable. Et il fallait ajouter à cela, le pressentiment que ce jeune homme, humain, n'était pas ce qu'il semblait être. Il représentait une sortie de menace indéchiffrable qui lui titillait l'esprit.
- Des comprimés ? fit la voix de Lucie.
Elle s'était assise près de la cheminée, à quelques mètres de lui, en compagnie de ses abrutis de frères Aron et Byron. L'alcool mettant énormément de temps à faire effet sur leurs corps, les vampires avaient inventés des comprimés de sang à mettre dans les verres afin qu'ils puissent ressentir un minimum le plaisir d'être saoul.
Cette invention sembla beaucoup faire rire la jeune fille.
- Absolument, confirma gaiement Aron. Tu le fais tomber discrètement dans ton verre, et hop ! Ni vu, ni connu, Alex et Denis n'y verront que du feu !
Ian grinça des dents.
Ah oui, ses stupides humains se joignaient à eux pour le repas. Lucie semblait si heureuse à l'idée de revoir Alex, que Ian ne put s'empêcher de grogner.

- Tu ne devrais pas, ne peut-il s'empêcher de dire.
Il sursauta, le visage de Lucie étant apparu au-dessus de lui au moment même où il avait prononcé ces mots incontrôlés.
- Utiliser ses comprimés ?
- Non, soupira le jeune vampire, fréquenter cet Alex Brant.
Il la vit prendre du recul, sourcils froncés. Il venait visiblement de s'engager sur un chemin glissant, mais ce fut plus fort que lui.
- Ah oui ? fit-elle, amère.
- Oui, se contentât-il de dire.
Mais elle n'était pas prête à lâcher l'affaire :
- Et je peux savoir pourquoi ?
Ian, se redressa, étrangement irrité par l'importance qu'avait le jeune homme dans le cœur de Lucie.
- Pourquoi ? répéta-t-il. Peut-être parce qu'il semble cacher quelque chose de grave ? Qu'il réapparaisse de nulle part, comme une fleur, ça ne te dérange pas ?
- Et alors ? demanda Lucie, le regard dur. Tout le monde a des choses à cacher.
- Oh, je vois.
Lucie tiqua. Il voyait ?
- « Je vois », quoi ?
- C'est ça qui le rend si spécial ? Le mystère d'un lourd passé, embellissant ses traits charmeurs, lui permet de faire craquer les filles ! Et quoi ? Tu t'es retrouvée dans ses souffrances ?
- Pardon ?!
Lucie commençait à bouillir, et ses joues s'empourpraient. Alors comme ça, Alex Brant faisait de l'effet sur mademoiselle Peters ! Ian ne put contenir le venin que lui inspirait cette image :
- Son visage pue la manipulation et le mensonge !
- Arrête, fit Lucie d'une voix glaciale.
- Ta candeur t'as piégé dans ses filets, continua-t-il. Qu'est-ce qu'il t'as raconté, hein ? Laisse-moi deviner : un petit frère malade ? un orphelin ? ...
- J'ai dit : arrête.
- Une famille tortionnaire ? Un cœur brisé par une enfance douloureuse ? Une sœur morte, prématurément ?
- J'ai dit : ARRETE !!!
Mais il n'avait pas envie de s'arrêter. Il savait que quelque chose n'allait pas avec lui, il le sentait au plus profond de ses tripes. Et il ne supportait par le lien qui l'unissait à Lucie. Elle avait crié, et dans ses yeux il avait vu qu'il avait touché juste.
Finalement, elle n'était pas si pleine de surprise que ça !
- Quelle cruche, marmonna-t-il.
Lucie le gifla.

Il mit un instant avant de comprendre ce qu'elle venait de faire, alors que sa joue le brûlait abondamment. Ses frères s'étaient tût. Ian grogna, en colère.
Il s'empara des poignets de la jeune fille, l'emprisonnant entre ses doigts fermes, et lui dit d'une voix basse mais tranchante :
- Tout ce qu'il désire, et tout ce qu'il va faire, c'est réussir à te mettre dans son lit !
- Et qu'est-ce qui te dit que ce n'est pas déjà fait ?
La réplique avait fusée. Lucie avait parlé d'une voix si faible et si détachée, qu'il paraissait être le seul à l'avoir entendu.
La porte d'entrée sonna.
Elle se dégagea d'un geste vif, et remit ses vêtements en ordre, tandis que tous reprenaient leurs activités comme si de rien n'était. Ian resta un moment collé sur place, avant de se tourner vers les nouveaux arrivants.

Quelque chose s'était brisé. 

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