Chapitre 1 : La Peste Blanche

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Précédemment dans « Malaria Bovary » :
Tout juste marié à Emma, Charles Bovary entame sa carrière de médecin de campagne quand une épidémie de fièvre zombie s'abat sur la région de Rouen. Au bout d'une semaine, la ville est placée en quarantaine.

Malgré tout, la peste blanche, comme on l'appelle communément, continue de s'étendre et frappe désormais la petite ville de Tostes, où se sont installés les Bovary. Charles veut soustraire sa femme au danger représenté par cette fièvre mortelle. Son choix s'arrête sur Yonville, un petit village près de la côte. Bien en dehors de la zone contaminée.

Voilà Emma et Charles Bovary qui débarquent fraichement de voiture. À peine arrivés, ils sont accueillis par le pharmacien de Yonville, son futur collègue : Sanofi Homais ; et son jeune neveu : Léon.

Homais conduit les Bovary à plus belle table du village : Le Lion d'Or. Charles n'est pas dupe du stratagème. Il devine que son aimable confrère cherche à lui en mettre plein la vue. Le Lion d'Or est en réalité la seule auberge qui mérite d'être qualifiée ainsi. Les autres établissements ne sont que de vagues comptoirs qui vendent de l'alcool bas de gamme à des paysans qui tentent désespérément de tenir debout sur un sol de terre battue.

— Votre dame a l'air pâle. C'est le voyage en diligence qui l'a épuisée. La route est tellement mauvaise. Ça me donne parfois envie de vomir, précise Sanofi Homais

— Au contraire, j'ai adoré ça ! J'aime quand ça bouge et que ça cahote ! On n'a pas le temps de s'ennuyer ! Le problème, c'est que les voyages ne durent pas indéfiniment. Un jour, il faut bien s'arrêter. Mais pour quoi faire ? confesse Emma

Surpris par la réponse de sa femme, Charles réplique, recrachant quelques miettes çà et là :

— C'est moi qui devrait avoir l'air pâle ! À force de cavaler sur le dos d'un cheval qui trottine comme un dromadaire ivre. J'en ai le mal de mer. Et le mal de dos !

— La vie d'un médecin de campagne est bien plus dangereuse qu'en ville, confirme Sanofi

— Surtout depuis que l'épidémie s'est abattue sur nos paisibles bocages !

— J'en ai entendu parler. Une saloperie de fièvre, que nos colons auraient ramené du côté des Amériques. Extrêmement contagieuse et fulgurante, elle tue un paysan en moins de 24h.

— J'ai tout essayé. On ne peut rien faire contre ça. À part compter les morts.

— Vous ne deviez pas manquer de travail. Sauf que la clientèle finit par fondre comme neige au soleil. Ou on finit ruiné ou on finit par attraper leur saloperie de virus. Je comprends votre envie de venir ici.

— Tout à fait. Ici, nous sommes à l'abri. Je ne veux pas qu'il arrive quoi que ce soit à mon épouse, avoue Charles, non sans fierté.

— Tsss... J'étais enfin bien là-bas. Pour une fois qu'il se passait quelque chose, bougonne Emma

— Ma chérie, arrête de me contredire en public ! C'est gênant !

— Tout à fait, madame, vous en oubliez les bonnes manières. N'exprimez pas vos pensées à voix haute, surtout si elles s'opposent à celles de votre mari.

Emma se pince les lèvres.

— Merci monsieur Homais, glisse Charles à son futur collègue.

— Appelez-moi Sanofi. Après ce repas gourmand et ce verre de calva, nous voilà intimes.

— Très bien, mon cher Sanofi.

Malaria BovaryLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant