Chapitre 1 - 6

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Des silhouettes s'agitaient sur la pelouse surchauffée du Stade de France. Le contraste de température entre terre et air générait un brouillard épais qui s'échappait du sol. Distinguer pluie et sueur devenait mission impossible tant le ciel déversait ses torrents de larmes chaotiques avec frénésie.
Une balle rata de peu le visage d'une joueuse, traversa le terrain pour percuter dans le dos un supporter juché en haut des gradins couverts. Le choc lui coupa le souffle.
L'homme se massa le dos et saisit la balle rigide dans sa main. Un cognard. Il se retourna et tenta de discerner la forme du batteur qui venait d'exécuter ce tir impressionnant, sans succès. L'eau tombait en un véritable voile entre son monde trivial et sans saveur et le leur, si palpitant. Il soupira à nouveau et plongea dans sa rêverie fantastique, hypnotisé par les fantômes qui courraient sur le terrain, mais un gargouillis inaudible - le sifflet avait dû prendre l'eau - annonça le départ imminent des supporters et la fin de la débâcle. Dépité de n'avoir reconnu personne, il sortit du stade et se fondit dans l'obscurité.

Sur la pelouse, l'équipe encercla son entraîneur. Elle les félicita chaleureusement ; elle ne voulait pas décourager les nouvelles recrues, les sélections avaient déjà été bien compliquées. Des joueurs déçus d'un entraînement si court rechignèrent à sortir du terrain. Ils continuaient de se passer la balle sous les énormes gouttes de pluie. La coach les interrompit :

- Fresh team, old seven à la douche !

Dissocier les nouveaux intégrés était monnaie courante dans le sport. Cependant, ils appréciaient ne pas être appelés "les nouveaux" ou "les bleus" comme dans d'autres clubs. La coach Géraldine était fière de cette idée originale qui profitait à la cohésion et à la bonne humeur de l'équipe.

- On se revoit dans deux jours. D'ici là priez les dieux pour un ciel plus clément, moi, je ne vous laisserai aucun répit et vous en ferai baver.

Les quatorze joueurs se dirigèrent vers les vestiaires. Les anciens chahutaient les nouveaux venus. Géraldine perçut un mot qui l'électrifia. Elle pivota vers eux le regard glacial.

- Du calme ! Plus de bizutage ici.

Les sportifs saisis, se retournèrent.

- Il y a eu assez de scandales dans le milieu ces derniers temps et je n'ai pas envie qu'un #balancetonporc sur les réseaux sociaux entache notre réputation. Si vous voulez garder le nom de votre équipe, vous calmez vos ardeurs post-adolescence et vous respectez vos vestiaires respectifs. Compris ?

L'équipe, refroidie, reprit son chemin vers les vestiaires en chuchotant.
Géraldine mit les mains dans ses poches et rencontra un objet froid qui vibrait.

- 6 ?

Une jeune femme brune s'échappa de la mêlée moite. Un brassard rouge ornait son bras droit. Elle s'approcha de son entraîneur en trottinant. Des mèches de cheveux en pleine rébellion lui masquaient la moitié du visage, collées à la peau par la pluie. Elle dégagea son regard sombre.

- Oui coach ?
- La prochaine fois, tu me dégages ça du banc de touche.

6 reçut un objet rouge métallisé dans ses mains. Son smartphone.

- Si tu veux garder ta place de capitaine, tu montres l'exemple, tu te déconnectes de ton autre vie, tu te concentres sur ton objectif sur le terrain. Et ça...

Elle désignait le téléphone.

- Ça reste au vestiaire.

Penaude, 6 acquiesça. Elle savait qu'elle avait dépassé les bornes en embarquant sa seconde vie sur le terrain. Il ne servait à rien de protester. Pour le moment, sa coach tolérait ses écarts de conduite et sa double vie, mais 6 savait qu'un jour, elle devrait malheureusement choisir entre ses deux passions.
Des rires moqueurs la sortirent de ses pensées.

L'Enfant-Double [En pause pour le temps du NaNoWriMo]Lisez cette histoire GRATUITEMENT !