Chapitre 22

22 3 0



                                       Lucie avait éteint son téléphone, agacée par les innombrables appels de Ian. Il ne lui avait pas donné de nouvelles pendant des semaines après être parti sans prévenir, alors elle se doutait bien que ce n'était que pour lui parler d'une chose : le réveil de ses pouvoirs.
Et c'est un sujet qui ne l'intéressait pas, elle.
Appuyée avec concentration au-dessus d'une table qu'elle et Denis avaient réquisitionné dans la salle de cours quasiment vide, en apprenant que le déprimant monsieur Crouflard était absent, Lucie se questionnait sur un choix cornélien à faire.
- Non, vraiment. La sixième a vraiment plus de charme, affirma une nouvelle fois Denis en désignant une des photos étalées sur la table.
Comme à leur habitude lorsqu'ils avaient du temps libre, son meilleur ami et elle s'occupaient du tri des clichés qu'avaient effectués Lucie. Il l'aidait toujours dans la préparation du dossier qu'elle souhaitait envoyer à une grande école de photographie de Londres, avec ses yeux experts et son sens de l'esthétisme sans pareil.
A vrai dire, Lucie avait toujours rêvé d'intégrer l'école en question mais depuis ces dernières années l'envie s'était peu à peu fanée avec sa joie de vivre. Elle continuait tout de même les démarches pour l'intégrer, n'ayant pas réellement réfléchi à ce qu'elle allait faire de sa vie désormais.
- Oui, concéda Lucie, mais tu ne trouves pas que l'arrière fond est légèrement flou ?
Soudain, des cheveux chocolat-vanille vinrent lui chatouiller le front, lui brouillant légèrement la vue. Aron et Byron, s'étaient à leur tour penchés au-dessus d'eux intrigués parce qu'ils faisaient.
Denis s'était accommodé à leur présence, et les trouvait souvent très drôle, riant à leur blague sans aucune difficulté, mais ne put s'empêcher de dire :
- Tsss, tsss, fit-il. Ici, c'est mon domaine et mon œil d'expert, les musicos ! Alors bas les pattes !
Aron fit une moue boudeuse.
- Mais on n'avait encore rien dit, dit-il en synchronisation parfaite avec son frère.
- On sait tous les quatre que ça n'allait pas tarder à sortir, intervint Lucie en haussant les épaules.
Byron ricana, car il était vrai que depuis que lui et son frère s'étaient intégrés au petit duo que formaient Denis et leur nouvelle alpha à protéger, ils prenaient un malin plaisir à les contredire.
- Cela dit, fit Aron en s'emparant de la photo concernée, je suis d'accord avec Denis.
Son meilleur ami rosit de plaisir et de surprise, en soupirant un « Hallelujah ! » qui les fit tous rire.
- L'effet flouté à l'arrière-plan, continua-t-il, donne une impression d'onctuosité au paysage.
Lucie écarquilla les yeux, surprise d'entendre autant de sérieux dans la voix de son nouvel ami. Même Byron semblait confus, et il partagea un regard interrogateur avec Lucie qui ne put que hausser les épaules. Byron fronça les sourcils, signifiant un « tu ne sais vraiment rien ? » auquel elle répondit de la même manière « Va falloir qu'on enquête, mon gars ! ».
Tous les deux se tapèrent la main en signe d'accord avant de reprendre leur sérieux devant Denis et Aron qui continuaient d'inspecter les photos.
Quand le choix fut fait, Byron décida d'engager une partie de morpion géant sur le tableau à crai. Ils firent un bon nombre de parties, parties mouvementées par les tricheries incessantes du lanceur de jeu et de Denis, toujours très mauvais perdant.
Alors qu'ils entamaient une énième partie, le téléphone de Denis vibra. Il était rare qu'il reçoive des messages, c'est pourquoi il s'arrêta de se chamailler avec Aron un instant et s'empara de son téléphone.
- C'est qui ? demanda Lucie, intriguée.
Denis lu l'écran de son téléphone et son sourire s'élargit.
Les yeux pétillants d'une excitation nouvelle, son meilleur ami tourbillonna sur lui-même avant de faire une pichenette sur le front de Lucie. Ses cheveux bruns retombant sur son visage aux traits féminins, Denis s'exclama :
- Une surprise, ma belle !
Et alors que Lucie allait essayer de lui faire vendre la mèche, obligeant Denis à trahir sa surprise, le téléphone de la jeune fille sonna à son tour.
C'était Boris qui appelait. Elle décrocha donc, et se retrouva à écouter les braillements de son patron lui demandant de l'aide pour le service de la soirée. Après avoir raccroché, elle regarda sa montre : près de dix-sept heures.
- Je dois filer ! s'exclama-t-elle. Je vais louper mon bus !
Elle embrassa son meilleur ami sur la joue, et fit un signe amusé vers ses deux acolytes avant de partir en courant. Si vite et si bien, qu'elle n'entendit même pas les exclamations de Byron et Aron.


AméthysteLisez cette histoire GRATUITEMENT !