Chapitre 11

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                                       Lucie se réveilla en sursaut. Cela n'avait été qu'un cauchemar.
Elle était dans sa chambre, dans son lit, paisiblement allongée sur son matelas au-dessus de sa couverture. Ce qui était plutôt étrange pour un jour d'hiver, qui plus est de décembre.
Autre fait étrange la fenêtre était grande ouverte et laissait passer une bourrasque d'air froid, elle se leva donc encore un peu droguée par le sommeil vers la fenêtre et alla la refermer lorsqu'elle sentit quelque chose de glacé et de mouillé partout sur son corps. Elle baissa les yeux.
Du sang. Beaucoup de sang. Trop de sang. En fait, il y avait du sang partout sur elle, son sang.
Elle se souvint alors de tout ce qui s'était passé la veille : son état maladif, les papiers administratifs qu'elle était venue prendre, sa dispute avec Amélie, le sauvetage de Ian, la voiture... et enfin sa mort.
Elle était morte ! Elle s'en souvenait, elle s'était sentie partir, elle se souvenait de la douleur lorsque le camion l'avait écrasée !Son esprit fusait, cherchant désespérément une explication rationnelle. Et même si elle n'avait pas été tuée elle aurait dû être à l'hôpital, pas chez elle. Pas tranquillement en train de dormir sur son lit !
Lucie regardait ses vêtements, remplis de sang, elle en avait énormément perdu, quasiment des litres. Elle releva un peu ses vêtements pour voir l'état de sa peau. Il n'y avait rien. Aucune trace, aucune blessure.
Ce n'était tout bonnement pas possible.
Elle se leva, dans l'espoir que les choses redeviennent à la normale et se rapprocha de la fenêtre pour sentir la fraicheur hivernale. Soudain elle se sentie vacillée et s'agenouilla sur le balcon enneigé.
« As-tu peur du sang ? » dit une voix de femme dans sa tête. Cette voix n'avait rien d'amical et était aussi froide que la neige qui mouillait encore plus les vêtements de Lucie.
- J'ai froid, dit-elle tout haut.
« C'est ce qui arrive lorsque l'on meurt » continua la voix. Lucie se recroquevilla et mit ses mains pleines de sang sur ses oreilles.
- Je ne suis pas morte, murmura-t-elle.
« Bien sûr que tu es morte, tu ne seras plus jamais la même à présent ».
- Je ne suis... PAS MORTE ! répéta-t-elle en hurlant.
Elle avait mal à la tête, elle avait l'impression que son cœur allait exploser. Elle sentait tout dans son corps. L'énergie, le crépitement de chaque muscle, les molécules et les mouvements... Absolument tout.
« Tes amis n'ont même pas eu la peine de le faire à ta place, tu l'as fait toute seule ».
- Qu'est-ce que j'ai fait, qu'est-ce que j'ai fait ? se demanda-t-elle en pleurant.
Elle regardait ses mains, imbibées du liquide rouge qui laissait des taches pourpres sur le sol immaculé de neige. Qu'avait-elle dont fait toute seule ?
« Tu ne seras plus jamais la même... » répéta la voix.
Mais cette fois-ci Lucie ne voulait plus l'entendre. Elle hurla de toutes ses forces, pour qu'elle disparaisse. Elle cria, elle hurla, s'égosilla !
Puis elle se tut. Et elle tendit l'oreille, comme si le vent et son souffle lui apporterait une réponse.
La jeune fille regarda longuement la neige et ses vêtements... son sang. Elle se leva doucement percevant enfin un léger bruissement sur la neige. Comme un animal d'une agilité incroyable elle monta sur le toit et regarda devant le portail de sa maison. Elle aperçut alors la SUV Mercedes Benz de la famille Bloom. Dylan et les jumeaux étaient déjà sortis et s'apprêtaient à passer le portail.
« Ils connaissent la réponse ... » murmura la voix. Ces mots furent ses dernières paroles et elle disparut.
Et Lucie sauta.

                                                Ian sortait justement de la voiture lorsqu'il vit quelque chose sauté du haut du toit, une ombre noire, très rapide. Si rapide qu'il ne se sentit même pas s'affaler sur le sol. Quelqu'un venait de lui sauter dessus, l'ombre du toit sans doute.
Il écarquilla les yeux et vit Lucie, ses yeux violets complètement dilatés. Elle était en larme et se tenait sur lui tel un prédateur. Elle avait du sang partout, trop de sang même. Elle le tenait fermement par l'écharpe, complètement agrippée et semblait désespérée.
Différente... oui elle était différente. Comme si elle était devenue autre chose, une autre personne. Elle paraissait à la fois plus vivante et...
- Je suis morte, murmura-t-elle en le regardant dans les yeux.
Il écarquilla les yeux.
- Pardon ?
- Je suis morte ! Tu m'entends ?! MOR-TE !!
Il tourna ses yeux vers Dylan, qui hocha la tête. Il avait donc eu un bon pressentiment, mais il n'arrivait pas à y croire lui-même. Mais, plus Ian la regardait et plus il se demandait si elle constatait seulement ou se plaignait de sa situation. Aurait-elle préféré mourir ?
Lucie se mit à pleurer, et ses mains commencèrent à trembler. Il ne savait pas quoi faire et mit sa main sur sa tête doucement pour essayer de la calmer mais elle se releva d'un coup et sauta sur son frère.
Elle était vraiment rapide.
Le vent commençait à souffler anormalement fort, et la neige formait de petits tourbillons. La Terre entière semblait répondre à l'appel de détresse de la jeune fille qui était complètement paniquée et dans un état second.
- Qu'est-ce que tu m'as fait ?! hurla-t-elle à Dylan. QU'EST-CE QUE... !!!
Elle s'évanouit et tomba raide sur le sol glacé.
Ian haussa les épaules sous le regard de ses frères, légèrement choqués par le geste. Il regarda son frère Dylan, les yeux tout aussi remplis de curiosité que ceux d'Aron et de Byron.


                                       Lorsque Lucie se réveilla une nouvelle fois, elle était changée et propre. La jeune fille était enveloppée dans une couverture, ou plutôt dans une dizaine de couvertures, dans le grand sofa du salon. En face d'elle se trouvait Dylan, Ian, Aron et Byron qui l'observaient avec un étrange regard. Elle eut un mouvement de recul. Elle ne voulait plus les voir !
Deux larmes perlèrent sur ses joues. Elle ne pleurait pourtant pas, elle toucha son visage surprise de ses larmes.
Elle observa à son tour les adolescents. Aron et Byron semblaient en pleine forme alors que Ian avait le visage sombre et Dylan semblait cogité. N'étaient-ils pas au courant des agissements de leur aîné ? Une légère tension pesait dans la pièce.
Lucie le sentait, sans pouvoir l'expliquer, quelqu'un d'autre était là.
- Qu'est-ce qui m'est arrivé ? demanda-t-elle.
- Ca, dit une voix grave derrière elle, ce serait plutôt à nous de vous poser cette question très chère. Que faisans-nous ici ?
Un homme d'une quarantaine d'années se présenta devant elle et l'incita à s'expliquer d'un simple regard.
Auguste Fletcher. Le nom était brodé sur son manteau.
- Sortez de chez moi.
Personne ne réagit.
- J'ai dit : sor-tez-de-chez-moi !
Personne ne réagit. Encore.
- Vous n'allez pas partir n'est-ce pas ? Ce n'était pas un cauchemar ?
Auguste Fletcher l'observait et arqua un sourcil interrogatif lorsque leurs yeux se croisèrent. Lucie se frotta le front et soupira. Elle aurait tellement voulu être autre part en cet instant précis ! Le silence domina un long instant avant qu'elle ne prenne sa décision.
Elle raconta sa mort.
L'homme semblait très attentif et prenait très au sérieux toutes les informations qu'elle lui transmettait. Elle ne pouvait empêcher un sourire en coin se dessiner à ses lèvres. Toute cette situation lui paressait si absurde. Lorsqu'elle parla de l'incident qu'elle avait eu avec Dylan et son frère l'homme fronça les sourcils en leur lançant un regard sévère.
- Vous auriez dû m'en parler avant, leur avait-il dit à ce moment-là.
Il l'écouta jusqu'à la fin, faisant quelques grimaces et quelques expressions étranges à certains passages de son récit. Puis, une fois terminé, il se leva et l'inquiétude se peigna sur son visage.
- C'est incroyable, tout à fait incroyable ! dit-il.
Il marchait de long en large, en marmonnant par-ci par-là et soudain il leva la tête et regarda la jeune fille. Il contemplait, d'un œil admiratif, l'étrange couleur de ses yeux en s'asseyant à côté d'elle. Gênée, Lucie ne put retenir un rire nerveux.
- Avez-vous déjà remarqué des choses étranges chez vous, demanda tendrement Fletcher, comme une cicatrisation très rapide de blessures ?
- Ou-oui, approuva Lucie.
Il se gratta le front. Elle remarqua alors qu'il portait une étrange robe d'un rouge très sombre, comme une robe de cérémonie.
- Quel est votre nom, mademoiselle ?
- Lucie, dit timidement la jeune fille, Lucie Peters.
- Et bien Lucie Peters, tu n'es pas Lucie Peters.
Il y eut un moment de silence. Les frères Bloom semblaient tout aussi éberlués qu'elle. Elle essaya de comprendre sa déclaration de long en large mais ne comprit rien du tout. Absurde.
- Pardon ? réussit-elle enfin à articuler en même temps que les adolescents.
- Ce que je veux dire c'est que ton vrai nom n'est pas Lucie Peters, mais Lucie Améthyste, dit Ameth.
Lucie pâlit mais beaucoup moins que les frères Bloom qui semblaient complètement paniqués. Fletcher, lui, semblait très sérieux et très calme. Lucie sentie une pointe de jalousie naître dans son esprit. Comment pouvait-il être aussi calme alors qu'elle se sentait complètement perdue !
Son ton se fit plus froid. C'en était trop, on se moquait d'elle.
- Absurde, dit-elle. Aux dernières nouvelles : on ne se connait pas, je ne vous ai rien demandé et on n'a jamais partager un seul repas de famille ! Alors si ce n'est pas une caméra cachée et que vous avez réellement décidé de pourrir le reste de mon existence, vous allez m'expliquer pourquoi, d'où, et comment, je ne suis pas... Eh bien je ne suis pas ce que je suis ?!
Il soupira et prit une grande inspiration pour lui dire :
- Parce que tu es morte.

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