Chapitre 9

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                                     Une autre semaine passa, sans problèmes majeurs. Au lycée Amélie continuait d'être une poule de basse-cour, tenant fièrement son petit-copain Marc sans jamais le lâcher, même si Lucie supposait que la durée de cette comédie allait bientôt prendre un terme. En effet, Amélie mourrait d'impatience en rêvant du jour où l'un des membres des Free Fire allait mettre un pied au lycée. Ils n'avaient toujours pas pointé leurs bouts de nez au lycée, ce qui était plutôt logique.
Denis, quant à lui, broyait du noir chaque fois qu'il apercevait Marc et passait en revue tous les garçons potentiels pouvant à nouveau combler son petit cœur brisé.
Tous provenant, pour la majorité d'entre eux, de la fière équipe de rugby.
Lucie tentait au mieux de réconforter son ami, s'amusant des commentaires de Denis sur chaque candidat officiel pour qui il avait de l'intérêt. Une fois Denis tenta de maudire Amélie en prophétisant l'homosexualité des Free Fire. Lucie n'avait pu retenir un fou rire. Elle aurait tellement voulu partager avec lui ses horribles expériences auprès des frères Bloom !
Ian était revenu chez Lucie plusieurs fois, mais heureusement pour elle, toutes ces fois-là elle n'avait pas été présente. Elle se demandait comment il arrivait à rentrer chez elle sans briser une fenêtre mais avait fini par laisser tomber l'affaire.

« Chez Bo' » le nombre de clients avait augmenté considérablement, depuis que les quatre frères Bloom des Free Fire s'y rendaient souvent, tous espérant être assis à une table à leur proximité. Depuis Boris et son équipe de serveurs, dont Lucie, ne savaient plus où en donner de la tête.
Tous les soirs, Lucie revenait chez elle avec des courbatures et de beaux bleus, qui disparaissaient plutôt rapidement mais qui revenaient continuellement (ce qui n'était pas pratique, pratique), dût à son acharnement au restaurant. Il y avait trop de clients et jamais assez de serveurs. Boris allait bientôt créer de nouvelles offres d'emplois et commandait toujours un peu plus pour les provisions.
Et bien sûr c'était à Lucie de s'en charger.

Ce vendredi-là, Lucie était à l'état de... « légume » et avait beaucoup de mal à marcher. Il lui était presque impossible de lever le bras. La veille, elle avait profité de l'absence des idoles de rock pour commencer à débarrasser tous les cartons d'approvisionnement qui allaient être répartis dans les nouveaux locaux que son patron avait racheté. Malheureusement pour elle, elle avait dut mener une grande bataille et s'était recoupée au niveau de l'avant-bras où l'ivrogne avait déposé sa marque de bouteille cassée.
Elle avait donc de nouveau une magnifique coupure en cours de cicatrisation. Et la grippe.
Alors qu'elle sillonnait tranquillement les longs couloirs du lycée, elle entendit un énorme fracas et quelques cris. Elle reconnut immédiatement la voix d'Amélie.
La jeune fille accéléra le pas et se retrouva devant la grande entrée du lycée qui menait à la cour extérieure. Un jeune lycéen était par terre, allongé aux côtés de quelques ordures qui n'avaient probablement été pas mises à la poubelle. Lucie vit Amélie brandir une autre canette qu'elle lança à la figure du jeune homme.
- Arrête ça tout de suite, dit-elle amèrement.
La brunette se retourna et fit un geste de pitié théâtral.
- Ooh, pleurnicha-t-elle, arrête Lucie tu me fais trop peur !
Les trois dindes qui l'accompagnaient gloussèrent et l'imitèrent. Elles manquaient cruellement d'originalité.
- Très drôle, dit Lucie en aidant la victime à se relever.
Amélie la poussa et la jeune fille commença à partir en avant en se rattrapant de justesse à une rambarde.
- Je veux faire comprendre à ce petit vermisseau qui est la reine dans ce lycée, dit-elle en prenant un air d'aristocrate.
- Mais elle a tout à fait raison, lança Lucie au garçon qui avait les larmes aux yeux, voici Amélie Parks : Reine de la basse-cour et de l'inutilité !
Lucie fit signe au garçon de déguerpir, ce qu'il fit sans demander son reste. Et avant qu'elle ait pu rajouter quelque chose, deux des chinoises lui attrapèrent les bras et la bloqua en la mettant en avant.
De la violence gratuite.
Si Lucie avait encore un brin d'énergie, elle aurait pu se libérer en moins de deux secondes. Hors ce n'était pas le cas.
Amélie eut un sourire joueur. Elle était fière, elle se sentait supérieure.
La jeune fille prit le bras de Lucie et enleva son bandage où elle aperçut une grande blessure quasiment cicatrisée. Un éclair de méchanceté passa dans ses yeux, elle sortit un cutter de son sac et commença à faire de nouveau saigner la plaie sous le visage impassible de Lucie, qui ne voulait pas la laisser voir une seule marque de souffrance. Une fois sa « belle action » terminée, elle remit son cutter dans son sac et fit signe à ses amies de l'écarteler un peu plus.
Amélie leva le bras, prête à frapper la jeune fille blonde lorsque quelqu'un arrêta son geste en plein mouvement et l'agrippa fermement.
Les visages de ses acolytes devinrent livides et commencèrent à relâcher la pression sur Lucie, Amélie n'avait pas encore regardé qui était celui qui avait osé l'arrêter quand une voix suave dit :
- Si j'étais toi, je ne ferais pas ça.
Amélie se retourna rageusement sans pouvoir faire lâcher son bras à l'inconnu.
- Comment oses-tu t'interpo...
Son visage se glaça. Ian Bloom le chanteur des Free Fire se tenait là devant elle. Elle bredouilla quelques excuses qui se perdirent dans le vide et ses joues rosirent.
- Lucie est une fille à laquelle nous tenons, moi et mes frères, il serait fort regrettable qu'il lui arrive quoi que ce soit.
Il la lâcha.
Elle n'attendit pas d'en savoir plus et partit rapidement le visage d'une pâleur extrême, suivit de ses trois acolytes.

Lucie tomba au sol, ses jambes ne tenant quasiment plus, elle avait mis ses dernières forces dans une ridicule résistance pour ne pas être face contre terre sous les yeux d'Amélie.
De son bras, du sang coulait en se promenant sur son jean, tâchant le tissu.
Ian s'agenouilla à ses côtés et sortit un énorme mouchoir gris de sa poche avec lequel il pansa la blessure de nouveau ouverte. Il avait les mains très froides, glacées même.
La jeune fille tenta de se relever, mais avait vraiment beaucoup de mal. Ses jambes étaient fatiguées par les courbatures, ses bras ne se soulevaient plus et sa blessure la piquait. Au moment même où elle réussit enfin (après quelques secondes, qui parurent des minutes pour Lucie) à se mettre plus ou moins debout, Ian la souleva entièrement et la prit dans ses bras.
- Lâche moi, gémit-elle sans réelle conviction.
Il n'en fit rien.
Lucie bouillait intérieurement, elle détestait qu'on la prenne en pitié. Elle détestait être dépendante de quelqu'un.
- Tu devrais arrêter de te surmener au travail, plaisanta Ian. Ton patron nous a dit que tu ne ferais pas le service aujourd'hui parce que tu arrivais à peine à bouger. Et tu vas quand même au lycée ?
- Ma vie et mon emploi du temps ne vous regarde pas, soupira-t-elle.
Ian soupira. Lucie était toujours aussi fermée.

Le jeune homme la porta pourtant jusqu'à leur Mercedes Benz noire et la fit s'asseoir sur un des sièges. Elle voulut protester, qu'elle pouvait rentrer toute seule, mais il faisait la sourde oreille. L'intérieur de la voiture était beaucoup plus grand que ce qu'il n'y paraissait et il lut une légère surprise dans les yeux de la jeune fille.
- Une odeur alléchante, dit une voix au fond de la voiture.
Lucie leva les yeux vers celui qui avait parlé. C'était Dylan, en train de se délecter d'un étrange liquide rouge dans une coupe de vin. Il resplendissait, malgré le fait qu'il fasse sombre dans le véhicule, un sourire toujours charmeur aux lèvres.
Ian se tendit, sachant ce qui allait suivre. Lucie l'avait sentie, et il vit son visage se fermer un peu plus.
- Une bonne odeur de confiture de fraise bien fraiche, oui, ironisa Lucie.
La portière claqua et Ian baissa les tissus sombres qui servaient de rideaux. Aucun d'eux n'avaient réagi à sa remarque stupide. Lucie arqua un sourcil, interrogeant silencieusement du regard les deux frères qui se tenaient face à elle.
- Je vais..., continua-t-elle avant d'être coupée par Dylan dans un geste assez brutal.
- Je suis vraiment désolée d'avance ma chère de ce qu'il va se passer, continua Dylan sans répondre à sa question muette, mais il faut absolument que je vérifie quelque chose.
Il posa son verre sur une petite tablette et s'approcha d'elle. L'aspect toujours lumineux de son visage semblait disparaître et laisser peu à peu place à une ombre qui le métamorphosait. Il devenait effrayant. La jeune fille détourna le regard pour se concentrer sur le contenu du verre qu'il venait de poser.
Lucie en était sûre ce n'était pas du vin !
Ian ne bougeait pas et regardait calmement la scène. Son frère se rapprochait dangereusement d'elle, comme un prédateur. Elle se sentit soudain proie à quelque chose d'inimaginable, elle commençait à paniquer et à se demander pourquoi elle se trouvait dans cette voiture.
Etrangement, son cerveau se mit à rassembler tout un tas d'informations auxquelles elle n'avait pas accordé trop d'importance ces derniers mois. Les unes de journaux signalant des disparitions de jeunes filles, retrouvées mortes, violées quelques jours plus tard. Elle secoua la tête. Son imagination flambait !
Pourtant l'odeur du danger énivrait ses sens, puait même...
- De quoi tu parles ? Qu'est-ce qu'il va arriver, que dois-tu vérifier ?
Elle paniquait de plus en plus, se disant qu'elle aurait mieux fait de rester avec Amélie, ce qui aurait été moins dangereux. Dylan mit ses bras en arrière et la plaqua contre le siège. En temps normal, Lucie aurait déjà réagi. Pourtant, son corps restait bloqué, paralysé. Paralysé par la fatigue, par la peur, par l'incompréhension... Elle leva les yeux vers Ian, comme si elle trouverait du soutien ou comme s'il aurait pu lui dire quelque chose de rationnel dans l'absurdité.
Mais Ian ne bougeait pas. Impassible, il ne bronchait pas et plongeait ses yeux azurs dans ceux de Lucie avec intérêt comme attendant quelque chose de sa part. Elle se sentait perdue
Soudain, Lucie reporta son attention sur son propre corps.
Elle sentait la peau de Dylan lui caresser le cou, un souffle étrangement froid frôlant sa peau déjà glacée. Puis des lèvres se collèrent juste en dessous de sa mâchoire et se mirent à descendre de plus en plus bas. Lucie retint de justesse un gémissement lorsqu'elle sentit l'humidité d'une langue s'amuser à dessiner de petits dessins au creux de son cou.
Malgré le dégoût, Lucie n'arrivait pas à réorganiser son esprit troublé qui lui aurait permis de se sortir de cette situation. Elle se voyait déjà à la une du prochain journal maintenant. Un nouveau regard vers Ian, seul sauveur potentiel, la fit se raidir encore plus qu'elle ne l'était déjà. Ses yeux qui auraient pu faire pâlir le plus beau ciel de carte postale étaient maintenant rempli d'une indifférence mortelle. Il semblait presque déçu de la jeune fille.
Un nouvel élément étranger entra en contact avec sa peau. Des dents.
Non...
Des crocs !
Et c'est alors que son corps se remit à fonctionner, à enfin réagir à ses appels intérieurs désespérés. Avec les dernières forces qui lui restaient, ses jambes repoussèrent violemment le ventre de son agresseur avec une violence inouïe. L'adrénaline ? Lucie s'en fichait, elle n'avait qu'un objectif : déguerpir.
Surpris, Dylan tomba en arrière et fut à peine rattrapé par son frère tout aussi confus.
Elle ouvrit la portière et sans un regard pour les frères Bloom, s'enfuit à toutes jambes.

Dans la voiture, un silence de plomb.
Ian regardait déjà au loin. Le sol était recouvert d'un beau manteau blanc et quelques taches de sang y perlaient.



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