Chapitre 7

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                                                Le lendemain, Denis repartit à la recherche d'un colocataire. Une semaine s'écoula sans le moindre incident, mis à part le cœur brisé de son meilleur ami qu'elle devait recoller tous les soirs au téléphone lorsqu'il apercevait Marc dans la journée, souvent collé par Amélie.
Un beau samedi de fin novembre, tandis qu'un beau soleil matinal réchauffait le froid de l'hiver, un bon bol de chocolat chaud réchauffait la jeune fille. Lucie avait pris une douche chaude et s'habilla des pires vêtements qui pouvaient exister sur Terre.
Elle passa sa matinée à astiquer, ranger, et laver de fond en comble l'immense villa qu'était sa maison. La jeune fille ramassa même les feuilles mortes du jardin, car elle n'avait pas envie qu'elle ait à le faire lorsqu'il se mettrait à neiger. Tout le monde le sentait, c'était pour bientôt. Chaque jour, la température descendait de deux degrés : il faisait huit degrés.
Elle reprit donc une douche bien chaude et opta cette fois pour un faux jean noir très souple, un t-shirt d'un gris pâle, une veste en cuir noire à manche mi longue et pour de petites bottines.
Elle prit son sac à main et frotta ses mains glacées, quelque peu abimées lorsqu'elle avait taillé les rosiers du jardin. Elle repensa en souriant à Denis qui l'avait prévenue de faire attention à ses dizaines de bagues afin de ne pas finir par tuer quelqu'un. Elle avait seulement abimé un rosier, qui fut vengé par un deuxième.

Le bus arriva avec quelques minutes de retard et était pas mal rempli. S'asseyant au bord d'une fenêtre un homme s'installa ensuite à ses côtés, un journal dans les mains. Le seul journal local de Penvanya –souvent truffé de fautes d'orthographes- qui existait et qui n'était connu que par les habitants de la ville. Et encore, pas tous. Son regard tomba sur le début du grand titre : « FREE FIRE ... ».
Lorsqu'elle vu ce nom, elle détourna les yeux : elle n'avait pas envie que ce groupe lui porte encore la poisse.
Dès qu'elle fut arrivée à destination, elle descendit lentement et regarda le bus continué sa route. Elle parcouru une bonne dizaine de grandes rues modernes, prit quelques raccourcis et se retrouva dans le vieux Itown caractérisé par ses maisons et ses dalles datant de l'époque médiévale.
Elle se posta enfin devant le restaurant et vit qu'une foule immense se tenait encore devant « Chez Bo' ». Ils étaient revenus. Encore.
En fait, ils étaient revenus déjà plusieurs fois, tous les soirs de la semaine mais Lucie avait refusé de venir tant qu'ils étaient présents. Question de sécurité.
Boris n'avait pas trop compris mais n'avait rien dit. Sauf qu'aujourd'hui il ne l'avait pas prévenu de leur présence et elle se douta qu'il manquait d'un serveur, ce pourquoi il avait préféré ne pas lui faire passer le message.
Soudain, elle aperçut une étrange licorne verte fluo et son sang se glaça. Elle se précipita vers la porte des employés et la referma rapidement. Cette licorne ne pouvait pas la reconnaître, elle n'avait pas vraiment vu son visage mais elle avait trop peur qu'une histoire comme celle de la dernière fois ne recommence.
- Tu vas bien Lucie ? demanda Marina qui allait justement sortir les poubelles. Tu es toute pâle.
- Euh... oui merci, répondit la jeune fille. Ce doit être le froid.
Lucie mit son tablier et s'apprêta à passer saluer Boris lorsqu'une énorme voix se fit entendre dans la salle. Elle accéléra le pas vers le grand bar.
- Je veux une autre bouteille ! beugla un homme en tenant (enfin écrasant) le bras de Marina qui était déjà revenu servir.
L'homme était grand et baraqué, un véritable malabar ou déménageur de meubles extrêmement lourds et peu pratiques à déplacer. Lucie entra dans la salle, sous le regard attentif des membres de Free Fire qu'elle ignora complètement et vint devant la table de l'agitateur.
- Bonjour monsieur, que vous arrive-t-il ? demanda-t-elle poliment.
- Je veuuuux une autres bouteiiiiille, répéta-t-il.
Il fallait vraiment être le dernier des abrutis pour constater qu'il était complètement ivre. Ce n'était pas la première fois qu'elle avait affaire à ce genre de cas, Lucie n'était donc pas impressionnée.
- J'ai essayé de faire comprendre à monsieur, dit d'une petite voix la fragile Marina, qu'il était trop dangereux pour lui de prendre une dernière bouteille.
- J'm'en fouuus ! cria-t-il. Je veux une autre bouteiiiiillle ! Si'ou plait !
Lucie se pencha dangereusement vers lui, les yeux sombres, si sombres qu'on aurait pu y voir passer quelques éclairs. Elle faisait si peur à ce moment-là qu'elle effraya quelques clients présents à côté et Marina elle-même.
- La seule chose que je vous propose de vous servir sera une bouteille d'eau, cher monsieur, et pour le bien-être de cet établissement et le confort des autres clients vous êtes priés de partir le plus rapidement possible.
L'homme, bien qu'un peu effrayé par le regard brûlant de la jeune serveuse, se leva brusquement et brandit la bouteille qu'il tenait dans la main vers elle.
Elle fit signe à l'un des serveurs de fermer les portes, pour que les clients ne se mettent pas à déguerpir et pour ne plus entendre ces infernaux cris de fans de l'extérieur.
- Je vous demande encore une fois de partir d'ici sans histoire, après avoir payé bien sûr, avant que je n'appelle la police.
L'homme n'entendit rien et cracha à terre. Ses muscles se contractèrent et il leva le bras. Le verre de la bouteille se brisa contre la table et quelques clients poussèrent des petits cris affolés.
Lucie, elle, faisait non seulement peur mais était également d'une patience incroyable. Elle ne tremblait pas, et paraissait très, très calme.
En deux temps trois mouvements l'homme fonçait déjà sur elle, la bouteille brisée en avant. La jeune serveuse esquiva facilement mais fit exprès de rester suffisamment près pour lui attraper le bras. La bouteille fit gicler du sang au bras de Lucie mais son visage ne montra aucun signe de souffrance (même si en vérité elle aurait bien voulu crier un peu, mais devant les clients il fallait paraître sûr de soi). Elle lui arracha la bouteille, passa sous les jambes du colosse et agrippa un tabouret de sa main libre. Elle se retourna et frappa la tête du client ivre.
Qui tomba assommé au sol.
Elle se tourna alors vers les autres clients :
- Chers amis, excusez-nous de cet incident. Pour nous faire pardonner nous vous offrons un verre de vin.
Leurs têtes qui n'étaient alors pas très rassurées se changèrent, pour certains, en d'incroyables sourires de satisfaction.
L'un des serveurs appela la police, ce qui fit déguerpir la foule de fans, qui récupéra l'homme complètement inconscient.
Lucie répondait aux questions de ses collègues et redonnait des ordres pour tout remettre en place, lorsqu'une main froide se posa sur son épaule.
- Lu-lucie, bégaya Marina, tu devrais peut-être panser ta blessure ?
La jeune fille sentit soudain le picotement de son bras et le regarda avec attention. Le verre l'avait bien coupée, une énorme ligne de sang glissait sur son bras.
Elle laissa son amie lui faire un bandage sur tout l'avant-bras après avoir désinfecter la plaie.

Lucie se dirigea, une bonne dizaine de minutes plus tard, vers la table des Free Fire qui lui avait encore été attribuée (les autres serveurs n'appréciant peu le caractère des quatre adolescents) avec une dizaine d'assiettes dans les mains. Ils mangeaient vraiment beaucoup, et pourtant avaient tous une silhouette de mannequins.
Elle n'adressa qu'un simple « bonjour, voici les plats que vous avez commandés», et déposa les plats délicatement sur la table. Son pansement laissa soudain apparaître une grosse tâche de sang.
Plus profonde que prévu la blessure.
Elle repassa une autre épaisseur de bandage sous les yeux intéressés des quatre rockeurs.
- L'établissement s'excuse de cet incident, marmonna-t-elle automatiquement en arrachant avec les dents le surplus tissus.
- Un très curieux sang-froid que tu as montré, chère amie, dit Dylan.
La jeune fille ne prit même pas la peine de répondre.
- Quelle bonne odeur, ronronna l'un des jumeaux (elle ne savait pas trop comment les reconnaître) qui approchait bizarrement la tête de sa blessure.
Elle retira sa main brusquement et remit la manche de son pull par-dessus.
- Bon appétit, dit-elle sèchement en repartant vers les cuisines.

Ils la regardèrent encore un instant partir puis se mirent à manger.
- On ne joue pas avec la nourriture Byron, dit Dylan en souriant à son frère.
Puis son regard se dirigea sur son autre frère.
- Tu ne lui as pas fait de remarques, constata-t-il à Ian, ce n'est dans ton genre de ne pas être désagréable.
Celui-ci haussa les épaules, signe qu'il s'en fichait et s'ennuyait profondément.
- Va t'amuser avec tes fans ce soir, dit Dylan, on a besoin d'une diversion pour la mission de ce soir.
Ils se regardèrent tous les deux et échangèrent un regard entendu, la soirée allait être mouvementée.





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