Chapitre V - Partie 5

13 1 0

22 Septembre 2177 après Theobran

Irau avait fait préparer deux calèches. Dans la première, Geldrog et Gaerald se faisaient face dans un silence tendu. Dans la seconde, Irau et Morgane étaient plongées dans une partie d'échecs. La jeune fille prit la parole :

« Pourquoi allons-nous à Fjek, Irau, demanda Morgane, Fou en A 3

- J'y ai envoyé mon apprentie régler un problème anodin, Tour en B 8, mais cela a pris plus de temps que prévu.

- Pensez-vous que quelque chose lui soit arrivé ? Au fait, reine en E 3.

- Non, Tour en H 8, Eva est débrouillarde, elle devrait s'en sortir.

- Si vous le dites... Pion en C 4, Et quelle était cette affaire ?

- Oh, un fou qui poserait problème dans une église au bord de la mer des glaces. Apparemment il aurait d'inquiétants pouvoirs. Roi en E 8. Mais dans sa dernière lettre, Eva m'a dit qu'elle avait été embauchée par Lord Gardorage pour régler ce problème. Il semblerait que l'affaire ait pris d'étranges proportions.

- Et nous allons l'aider ? Cavalier en E 5.

- Non, d'abord nous allons rencontrer Lord Gardorage. Pion en A 6. Ce soir, lorsque nous nous arrêterons à l'auberge, je vous ferais un petit rappel de l'histoire de Fjek et du protocole à respecter.

- D'accord. En attendant, reine en G 5 et échec et mat ! »

*

Dans la calèche d'à côté, Geldrog et Gaerald se faisaient face dans un silence de mort. Lyn était allongé sur les genoux de son maître et regardait Geldrog d'un oeuil sombre. Geldrog jeta un oeuil vers Irau et Morgane et dit d'une voix grave :

« Gamin, tu sais où l'on va ?

- A Fjek, si je ne me trompe pas, répondit Gaerald d'un ton suspicieux.

- En effet, c'est une bien belle ville, mais terrible aussi.

- Où voulez-vous en venir, interrogea le meutier ?

- Nulle part, j'essaie de discuter, de briser la glace...

- Ah, d'accord... Si ça ne vous dérange pas j'aimerais bien savoir comment vous vous connaissez, Irau et toi.

- Ah, ça, soupira Geldrog, c'est une longue histoire.

- Pas de problème, il nous reste la journée ! »

Geldrog s'enfonça dans la banquette et commença à parler :

« Bien, pour bien comprendre ce que je vais te raconter, tu dois savoir quelles sont les origines d'Irau. Elle est la fille d'un elfe de Saïsi et d'une naine des Monts Erg. Irau a donc été abandonnée à sept ans par son père, qui avait pris le temps de luis enseigner quelques secrets de magie elfique. Ne sachant trop où aller, elle a suivi un chemin hasardeux, au hasard de ses envies. Elle a traversé le Nâar, sans le savoir, avant de continuer vers le nord. Elle s'est retrouvée à Fjek. Elle s'est fait capturer par les Lanistes de Blanc-Crâne, comme tous les enfants des rues à cette époque. Nous nous sommes rencontrés en coulisse de l'arène, nous avions douze ans. Nous n'étions pas particulièrement amis, juste de lointaines connaissances. Mais les lanistes ont trouvé bon de nous faire combattre par équipe. Notre premier combat ensemble était glorieux : nous vainquîmes rapidement nos adversaires, avec mon glaive et ses sorts elfiques.

Au fil des ans, nous avons gravi les échelons. Plus nous grandissions, plus nous devenions forts et acclamés par le public. Tu ne peux pas savoir ce que ça fait de se battre quand une foule en liesse jette des pétales de rose sur ta route et hurle ton nom. Ce n'était qu'un pseudonyme, mais ça te touche au plus profond de toi. Mais les bannières des lanistes sont bien faîtes... derrière la beauté fascinante du crane blanc fantomatique se cache l'entrelacs de noir et de rouge... de sang et de ténèbres. Nous avions vingt ans quand nous avons demandé à nous marier, Irau et moi. Mais un gladiateur est à peine plus qu'un esclave. Les maîtres de l'arène n'ont rien voulu entendre.

Nous nous sommes donc échappés par nous-mêmes. Au beau milieu d'un combat, nous avons sauvagement tués les quelques monstres qui nous faisaient face et annoncé notre vœu résolument humain devant la foule. Si le public nous acclamait, les lanistes étaient furieux. Ils ont donc accepté notre requête sous réserve que nous finissions le spectacle en apothéose. Face à un élémental. Ils introduirent un immense golem de feu et de granit. Il mesurait près de dix-sept mètres. A son approche, la terre trembla et le vent se mit à hurler.

Résolument optimistes, nous engageâmes l'affrontement. Nous avions étudié ce type d'adversaire : mu par une volonté destructrice conférée par une pierre runique et un mot de pouvoir. Si peu, et pourtant si puissant. Rapidement, Irau puisa dans la rivière proche pour créer un aigle d'eau qui se précipita sur l'élémental. Son feu ainsi étouffé, je pus me frayer un chemin dans la roche pour chercher un des deux éléments vitaux du golem. A l'intérieur d'une jambe du monstre, je découvris gravé le mot « Fectur » en lettre rouges. Puisant dans mes réserves, je frappais ce roc, l'éjectant loin du monstre. Il ne restait plus qu'à trouver la gemme. »

Lorsque Geldrog prononça le mot « Fectur », Gaerald se tortilla sur son siège, surprit par un soudain frisson. Geldrog s'inquiéta de l'état de son compagnon :

« Ça va ?

- Oui, oui... C'est juste que quand tu as prononcé ce mot là... Fectur » A cet instant, la faux du meutier s'embrasa soudainement d'une tempête de flammes... qui ne brulaient pas. Par réflexe, Geldrog bondit hors du véhicule. Dans un tonnerre de hennissements et de bois, les deux voitures freinèrent. Irau descendit en catastrophe en demandant ce qui se passait :

« Ce gamin réagit aux mots de pouvoirs Irau ! hurla Geldrog

- Quoi, mais comment il a su...

- Je lui racontais notre rencontre soupira l'homme

- Ah, d'accord dit Irau, le golem... »

Sur ce, elle se précipita vers Gaerald et hurla « Vactur ! » d'une voix forte. Le pouvoir du mot empli l'air et un torrent surgit de la montagne pour éteindre ce brasier.


Chroniques de la Mâ - Partie 1/Les paladins de BhaldërusLisez cette histoire GRATUITEMENT !