Chapitre 11 - Spectacle - Partie 4

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Entraînée par la cathédrale, toute l'île s'enfonçait dans les flots de la Seine. Alix, juchée sur le bâtiment le plus haut du coin, s'était jetée un sortilège de longue-vision et observait le désastre, les dents serrées. La peau sombre de sa couverture, un quarantenaire aux épaules larges et à la chevelure nattée, avait pâli de rage. Notre-Dame de Paris, le symbole de l'alliance entre les sorciers et les humains, le monument massif survivant des cataclysmes, le chef-d'œuvre d'architecture, allait disparaître sous ses yeux.

Elle sentit la poche intérieure de sa veste s'agiter vivement. Elle en sortit un petit hérisson rouge, le mémorigami d'urgence de Serge. La présence d'Amalia était requise immédiatement. Fillip avait fait sauter Notre Dame de Paris.

« Je suis déjà au courant... » murmura-t-elle amèrement, pour elle-même.

Les affaires humaines et sorcières tombaient sous sa responsabilité. Elle allait devoir calmer les Seinois, pacifier Paris, tenir conférence sur conférence pour justifier l'incapacité du gouvernement à prévoir l'imprévisible. Un mois seulement s'était écoulé depuis le Gala et elle se retrouvait à gérer une nouvelle crise. Fillip préparait quelque chose.

Une explosion résonna dans toute la vallée. L'île de la Cité tout entière se mit à bouger, à baisser. Les Vestes grises avaient disparu les unes après les autres, alors que les P.M.F. se pressaient sur le parvis, tentant d'éviter la chute du symbole.

Alix plissa les yeux, la mâchoire serrée par la colère. Cette catastrophe la dépassait, elle ne voyait pas comment l'endiguer. Faire intervenir la Confrérie lui coûterait trop cher et prendrait trop de temps. Elle ne pouvait empêcher la destruction du bâtiment. Impuissante, à nouveau. Elle souffla doucement, détendit ses épaules et brida son amertume. À défaut de mieux, elle tirerait la situation à l'avantage de l'Once. Notre Dame était perdue, de toute façon.

« Fort et Rapide, rejoignez-moi. J'ai besoin de vous pour m'épauler. Amalia Elfric va être de la partie. Alerte, conserve un œil sur la cathédrale, préviens-nous de toute anomalie. »

L'Once sauta du toit et atterrit en douceur huit étages plus bas. Ses élèves se matérialisèrent près d'elle dans la seconde qui suivit.

« Tu vas attaquer Fillip ? demanda Mattéo.

— Il est parti. Je dois rejoindre l'armée pour gérer la crise, tout l'Ordre sait déjà que l'Once est ici. Je vais profiter de la situation pour perfectionner ma couverture.

— Tu vas te dédoubler... commença Xâvier

— Et provoquer un contact », conclut son ami.

Alix hocha la tête et sortit une demi-douzaine de sérums, des boosters qu'elle comptait ingérer avant cette douloureuse épreuve. Elle les aligna sur le pas d'une porte. D'un geste nerveux, elle ajusta leur position, le temps d'intégrer pleinement sa décision. Elle allait s'épuiser, mais elle en ressortirait plus forte.

« En tout cas, leur diversion avec les mécas aura bien fonctionné, soupira le jeune borgne.

— Un peu trop bien, même », grogna le Maître.

Prise d'un terrible doute, Alix activa à nouveau son canal de discussion et s'adressa à Naola en portant le poignet à sa bouche :

« Alerte. Est-ce qu'il y a du monde dans la cathédrale ? »

Où emmenaient-ils les mécas qu'ils raflaient depuis tout à l'heure ?

Je suis déjà dessus.

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