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« Elle n'est plus ici, elle a été appelée pour accomplir sa mission de Génitrice. »

Les mots du médecin résonnaient comme un violent mensonge qui consistait à nous laisser dans le flou. J'étais sûre et certaine qu'Anaïs n'était pas gentiment entrain d'accomplir son devoir. Cela était impossible d'oublier le sang qui s'échappait de sa poitrine et son visage livide. Mais qu'avait-il bien pu faire d'elle ? Etait-elle cachée aux yeux de tous entre ces murs ? L'avait-il emmenée comme mon amie Emma ?

La passivité de l'homme face à moi me donnait envie de vomir. Nous n'étions rien, que des bouts de chaire à jeter au moindre défaut. Non, j'avais de plus en plus de mal à l'accepter. Nous n'étions rien à l'intérieur, puis seulement des cibles à l'extérieur. Comme sortir de ce cercle vicieux, comme croire en un avenir.

Je remerciais difficilement mon informateur puis je me mettais à arpenter dans les couloirs. Les visages souriants et sans inquiétudes que je croisais me rendaient folle. Tout était faux, tous n'étaient que façade. Rien ne pourrait redevenir comme avant, j'avais trop de morts dans mon esprit, trop de sang qui ressurgissait en moi.

Mon esprit n'était plus comme avant. Je n'étais plus moi-même. Ne voyant que la mort et la froideur autour de moi. Ces sourires contrefaits, ces visages fictifs, ces corps passifs, rien de tout cela n'était vraiment réel. Il nous faisait croire que nous étions des personnes à part entière alors que nous n'étions que du vide, que du néant prêt à être sacrifié.

Qu'elle était notre place dans ce monde qui nous était totalement inconnu.

Je regardais mes mains trembler, je serais les points continuant ma route, le visage figé et l'esprit confus. En allant dans le réfectoire, je m'apercevais que notre nombre avait diminué. Malgré que nos mémoires furent vite effacés, les corps quant à eu, n'avait pu être remplacés. J'attrapais un plateau que je remplissais. Puis je m'installais à une table seule. Je prenais mes outils de métal pour attraper cette nourriture fade et insipide.

Puis je m'immobilisais un instant, entendant un morceau de conversation des jeunes filles à la table d'à côté.

« Vous avez vu le nombre de fille qui a été appelée. C'est juste extraordinaire. S'exclama une d'elles.

- Oui je suis tellement jalouse. J'espère être dans le prochain. Répondit celle d'à côté.

- Cela ne fait aucun doute qu'on le sera ! Regarde nous on est juste exceptionnelle, la crème des Génitrice !

- Tu me rassures, je suis tellement impatiente d'accomplir mon devoir...

- N'allez-vous pas arrêté de déblatérer de telles conneries.... M'exclamais-je plus fort que moi.

A mes paroles, elles stoppèrent leurs conversations, me fixant surprise de ma réaction.

« Ouvrez les yeux bon sang ! Regardez autour de vous, nous sommes coincées, emprisonnées, cachées du reste du monde. Dans vos esprits naïfs vous imaginez que nos rôles nous sont dus, que nous comptons. Mais la vérité est tout autre ! Le sang a coulé et je l'ai vue. M'exclamais-je haut et fort.

Je me levais.

« Nous ne sommes rien ! Tu n'es rien, je ne suis rien. Nous ne sommes que des corps vides, des marchandises pour ces soi-disant Géniteurs. Je les ai vus, ces hommes que nous considérons comme des êtres supérieurs, ils ne sont que chair et d'os comme nous....Ils saignent, et nous mourrons pour eux... »

Toutes les personnes qui se trouvaient dans la pièce me regardaient avec étonnement.

« N'avez-vous pas honte d'être dans l'ignorance ? N'avez-vous pas horreur de ne connaitre vos lendemains ? Impassible soit nos corps et notre être, vous ne pouvez pas rester indifférente, gobant vos légumes crus et vous barbouillant vos visages d'artifices. Il y a un cœur en chacun de nous, et surtout une rage de vivre autrement que par l'uniformisation docile que l'on nous a enseigné. »

Je sentais que quelqu'un me tirait en arrière, deux bras venaient de m'enlacer non par bienveillance, mais plutôt par force. Deux gardiens m'emmenaient pour me faire taire car je savais et toutes celles qui étaient autour de moi le savaient tout autant, que mes paroles étaient remplies de vérités.

Leurs doigts se serraient dans ma chair, mes paroles avaient dépassé mes pensées. J'avais perdu le contrôle de moi-même. Mon silence venait d'être rompu, peut-être que ma vie allait l'être tout autant. Je voyais défiler autour de moi les couloirs clairs et les visages stupéfaits. Nous venions de dépasser mes appartements, je n'allais pas être enfermée et surveillée une fois de plus. Je savais que j'avais dépassé les limites acceptables. Je savais aussi que Jacob ne pourrait me venir en aide.

Cela faisait déjà plusieurs minutes que l'on m'avait enfermé dans cette pièce vide. Il n'y avait même pas une chaise, que des murs blancs. Les gardiens étaient restés de marbres comme à leurs habitudes. Je me collais contre les parois, espérant entendre la moindre conversation, le moindre indice sur mon sort. Mais, je n'entendais strictement rien. Je me laissais glisser sur le sol, plaçant ma tête entre mes mains. C'était surement fini pour moi, j'avais gâché toute ma neutralité, toutes mes chances de découvrir l'extérieur. Mais je n'étais pas vraiment triste de savoir que ma vie se terminerait peut-être rapidement. Je préférais cela plutôt que de continuer à jouer la poupée froide et sans envie.

Je savais pertinemment que ce jour allait venir, celui de disparaîtrait dans le néant. Allais-je seulement revoir un jour mon amie Emma ou encore même Juliette ? Tout était flou, figé, le silence qui m'entourait m'oppressait. J'attendais mon sort sagement assis sur le sol, réfléchissant à toutes les choses essentielles qu'on m'avait privé depuis l'enfance : la liberté de vivre et de penser, le choix d'être qui je veux et de n'avoir aucune barrière ni règle à suivre.

Soudainement, j'entendais un bruit électrique, un écran descendait du mur à quelque mètre de moi. Je me levais pour me placer face à lui. Un courant chaud parcourait mon échine en apercevant un visage apparaitre à l'écran. Il était lisse, sans imperfection, sans défaut, sans vie. Mais pourtant i m'était si familier et si étranger en même temps, comme s'il ne m'appartenait pas. Car oui c'était mon visage, mes yeux, mon nez et ma bouche. Une alerte se déclencha. Mais pas n'importe laquelle celle qui me donnait la nausée, qui me dégoutait et que j'avais redoutée depuis que j'étais ici.

Une phrase apparaissait à côté de mes traits : « Félicitation à Danae qui est appelé à faire son devoir. »

L'incompréhension et écœurement devaient se lire à cet instant sur mon visage. Je m'écroulais sur le sol, perdant tout contact avec ce qui se passait autour de moi. Cet endroit était pire que ce que j'imaginais, il allait tout faire pour m'achever et détruire la seule parcelle de mon être. Mon sort aujourd'hui était pour moi bien pire que la mort.

***

Beaucoup d'attente pour ce chapitre, et je vous remercie de votre patience.

Sur ce , je vous souhaite d'excellente fête et beaucoup d'amour avec vos proches !

Chook <3

GenitriXLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant