6 : Amère destinée

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Ni Godwin ni Eldrid ne se satisfaisaient de la paix qui régnait depuis de longs mois sur le royaume saxon.

Puisque le soldat ne guerroyait pas, il se trouvait auprès de l'ancienne thraell ; et elle n'était pas certaine d'apprécier cette proximité forcée, malgré tous les efforts du saxon pour la rendre supportable.

La place du village bruissait d'une multitude de sons, sous le soleil de printemps. Malgré le tribut versé et les accords passés, les anglo-saxons ne lui faisaient pour autant pas davantage confiance. C'était tout juste si les regards se faisaient moins fuyants.

Eldrid laissait ses yeux errer sur l'agitation ambiante. On s'haranguait, on laissait des rires s'échapper, on jetait, aussi, des regards furtifs à la barbare qui se tenait là. La multitude de discussions dans la langue du royaume d'Angleterre l'emplissait d'un sentiment étrange. Elle étouffait sous le poids des conversations qui la rejetaient immanquablement.

Tout à coup des doigts s'enroulèrent autour de son poignet, lui arrachant un cri de surprise. Eldrid pivota vers son agresseur, se retrouvant nez à nez avec une jeune femme aux traits anguleux mangés par des taches de son, et à la chevelure flamboyante.

— Tu es l'épouse du soldat ? Celle qui a grandi parmi les hommes du Nord ?

Elle fut tentée de répondre par la négative, mais quelque chose dans le regard franc et céruléen de la femme l'en dissuada.

— Oui, répondit-elle en lançant un regard vers le guerrier saxon.

Celui-ci était en grande discussion avec Hermann, le forgeron, devant une échoppe à une douzaine de mètres de là. La pression sur son poignet s'accentua, la faisant se retourner vers la femme qui l'avait interpellée.

— J'ai quelque chose à te montrer.

Eldrid tenta de se dégager, secouant la tête.

— Je ne suis pas sûre que...

Elle se tut. La femme lui avait adressé la parole en norrois. Habituée aux fluctuations de ses conversations avec Godwin, elle n'y avait pas prêté attention.

— Qui êtes-vous ? souffla-t-elle.

— Olwen.

Olwen. Ce n'était pas un nom nordique — ni anglo-saxon. Eldrid repoussa la pointe de déception qui tentait de se ficher dans sa chair. Plus que tout, elle tenta de tenir à distance l'espoir stupide qui meurtrissait son coeur.

— J'ai quelque chose à te montrer, répéta-t-elle. Suis-moi, si tu veux bien.

L'ancienne thraell jeta un dernier coup d'oeil vers Godwin, le temps de s'assurer qu'il ne la contemplait pas. Puis elle emboîta le pas à la mystérieuse femme. Elle la conduisit devant un brasero, à seulement quelques pas de là. Eldrid fronça les sourcils.

— Que... Que vouliez-vous me monter ?

— L'avenir.

La déception se fraya un chemin en son for intérieur.

— L'avenir ? Je ne... Pourquoi...

Ton avenir.

Eldrid se raidit, le souffle coupé. Elle se tourna encore vers Godwin, et sentit son sang se glacer. Il l'observait, ses lèvres semblant formuler machinalement des paroles à l'intention du forgeron tandis qu'il la surveillait.

— Écoutez, je ne suis pas...

— Ne dis rien, chuchota-t-elle en se plaçant de l'autre côté du feu. Regarde les flammes.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !