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Le prof reprit son cours comme si rien ne s'était passé. De toute façon, il n'avait pas le choix, Connor ne plierait pas. C'était toujours ainsi : il humiliait les professeurs qui le menaçaient et ceux-ci se retrouvaient obligé de s'écraser pour ne pas subir davantage. Je ne comprenais même pas pourquoi : ce type était un élève comme un autre. Même si son père avait une certain influence sur cette école grâce au poste qu'il occupait au conseil, cela ne changeait en rien le fait qu'il était doté d'un sens de l'irrespect très développé. Comme toujours dans ce monde injuste : il y a des privilégiés qui se croient tout permis. Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'était pourquoi Connor avait-il autant changé. Du jour au lendemain, il était devenu exécrable, sans raison apparente. Et j'avais horreur de ce changement d'attitude qui ne sortait de nul part.

Les élèves écoutaient le prof tout en admirant le jeune homme se trouvant à moins de deux mètres de moi. Je trouvais ça honteux : une bande de moutons complètement fan d'un mec qui se croyait supérieur et n'hésitait pas à humilier les autres. Plus le temps passait, et moins il m'était envisageable d'un jour pouvoir le supporter.

Je l'ignorais, ne cherchant pas à faire le moindre geste dans sa direction. Arthur se retourna quelque fois pour être sûr que ça allait et chaque fois, je lui faisais un sourire que j'espérais convainquant. Je soupirais, passais une main dans mes mèches et écoutait la correction d'un exercice. Puis, je grognais en comprenant que j'avais faux. Les sciences n'étaient définitivement pas faites pour moi.

- Tu peux pas être plus silencieux ?, siffla alors le gars à côté de moi.

Je me tournais vers lui, un sourcil haussé. Il m'avait vraiment adressé la parole ? Surtout pour me dire ça. Je ricanais et détournais le regard. Je n'allais pas lui donner de l'importance, pas après tout ce qu'il avait fait.

Du coin de l'œil, je vis sa main gauche se resserrer autour de son stylo. Il n'avait jamais apprécié qu'on l'ignore, que je l'ignore. Parce qu'il s'agissait de Connor, et qu'il n'avait pas tant changé que ça. Il était resté fidèle à lui-même sur certains points. Et sur d'autres, c'était devenu un bel emmerdeur. Je soupirais fortement, rien que pour l'énerver et il me jeta un regard noir, auquel je répondis par un sourire malin. Je ne m'étais pas aplati devant lui. J'avais su me taire aux bons moments, encaisser quand il le fallait mais jamais je n'avais baissé les yeux. Je l'avais déjà trop fait dans le passé.

A la sonnerie, je me levais et rangeais mes affaires tandis que le duo devant moi alla voir le professeur. Soit disant ils avaient un problème avec leur exercice. Je n'avais rien écouté, le cours m'ayant endormi. J'avais hâte de sortir prendre l'air. Alors que je faisais glisser mon sac sur mon épaule, Connor attrapa mon bras. Avec un râlement, je me tournais vers lui et plantais mon regard dans le sien. Les personnes derrière moi se mirent à chuchoter et un gars pouffa en disant que j'allais me faire tabasser. Toujours plus. Il accentua pourtant la pression sur mon bras en voyant que je réagissais pas. Sa poigne me faisait de plus en plus mal mais je ne le montrai pas. Surtout pas devant lui. Il prendrait ça pour une victoire et je ne comptais pas lui offrir ce plaisir. Connor eut un léger sourire narquois, ce qui me déstabilisa et il en profita. Il serra encore plus fort ma peau entre ses doigts et le retourna pour me rapprocher de lui. La douleur courut dans mon bras et je serrais les dents, m'empêchant de geindre. Bordel. Puis il me murmura à l'oreille :

- Tu peux continuer de croire que je t'apprécie mais ce n'est plus du tout le cas Steven. Alors ne me cherche pas, ça vaut mieux pour toi. Tu n'es plus rien à mes yeux, siffla-t-il et je m'écartais brusquement de lui, me cognant contre le mur. De plus, tu diras à ton petit chien de se calmer, parce qu'en plus d'être cachottier, il commence à vraiment m'insupporter avec ses petits regards noirs.

- Tu es un grand malade, on s'en fout de toi, crachais-je violemment d'une voix basse et un sourire en coin apparut sur son visage. Va te faire soigner Connor, tu en as bien besoin.

Son visage se figea, ses yeux prirent une teinte plus foncée et mon cœur se contracta. Il s'énervait. Littéralement, il rêvait de m'étriper. Mais avant même qu'il n'ait pu faire un geste dans ma direction, Arthur l'attrapa par l'épaule et le fit reculer. Connor grogna, attrapa son sac et sortit de la classe, non sans bousculer Arthur d'un coup d'épaule bien senti. Mon meilleur ami voulut le suivre mais le prof lui bloqua le passage, lui ordonnant de m'aider.

- Je vais bien, le coupais-je vivement alors qu'Arthur tournait la tête dans ma direction. Je...

- Bouge ton poignet, m'obligea Amalia en se plaçant face à moi.

- Ça va, répétais-je en tentant de m'échapper.

Sauf qu'elle agrippa mon bras, et délicatement, ses doigts passèrent sur ma peau douloureuse. Je sentais mon muscles se contracter, et les picotements désagréables qui couraient sous ma chair me déplaisait. Alors que la jeune fille faisait bouger mes doigts puis mon poignet, je serrais les dents en détournant le regard. J'avais mal, en effet. Ce con n'y était pas allé avec douceur. Arthur bouillonnait devant moi, je le voyais trépigner sur ses jambes. Il devait rêver de lui refaire le portrait.

- Bon, allez à l'infirmerie voir si c'est grave ou non, lâcha le prof et on comprit qu'il nous mettait dehors. Je vais aller faire un rapport au principal.

Arthur hocha la tête, prit son sac et sortit avant nous. Je le suivais, mes doigts glissant sur ma peau pour tenter d'apaiser la douleur. C'était bien tenté mais ça faisait le contraire. Je grognais, lâchais mon bras et me dirigeais vers l'infirmerie. Amalia nous lâcha en cours de route pour aller à son cours. Quant à Arthur, il m'accompagna dans la salle, attendant sagement que la femme me prenne.

- Tu sais que je vais le démonter, lâcha-t-il finalement en étendant ses jambes devant lui.

- Je sais. Juste, évite de faire ça pendant les cours.

- Je le ferai quand l'envie m'en prendra. Ça sera même peut-être cette après-midi, pendant le cours de sport, ricana-t-il et j'enfonçais mon coude dans son torse.

- Abruti, pense à ton dossier pour la fac.

- Je m'en tape, ce mec me sort par les yeux, siffla mon meilleur ami et je hochais la tête.

- Ouais, je comprends. J'aurai aimé lui en décoller une.

Arthur roula des yeux et je pouffais. On était tous les deux conscient que j'en étais incapable. C'était lui le plus téméraire et violent de nous deux. Je n'étais pas un grand calme mais je préférais les mots aux poings. Par moment, ça pouvait même être pire d'utiliser la parole. Je soupirais et m'étirais sur ma chaise.

L'odeur de l'endroit me déplaisait toujours autant et je fronçais le nez. Arthur me jeta une regard désolé à la volée avant de sortir son téléphone pour répondre à Amalia. Mon père avait fini ses jours dans un hôpital, dans un milieu où cette même odeur désagréable stagnait. Quelques souvenirs remontèrent et je fermais les yeux, les chassant vaguement. Il m'arrivait de penser à cet homme qui m'avait éduqué, mais il était parti quand j'avais huit ans. Je n'avais donc que très peu de souvenirs.

- Steven ?

Je relevais la tête et l'infirmière m'invita à entrer dans son bureau. Enfin. Arthur m'indiqua qu'il restait là, à m'attendre. Dans la salle, je m'assis sur une chaise et soupirais, tendant mon poignet.

Je n'avais même pas préparé d'excuse pour éviter de balancer Connor. J'étais toujours naïf en fait, il avait raison : je continuais d'avoir un espoir.

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