Prologue

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-Ne t'approche plus jamais de nous sale ordure, grogna Arthur, mon meilleur ami, le poing levé devant notre ancien pote.

L'abandon me restait en travers de la gorge. Ce type avait été comme un frère durant cette année, m'avait soutenu à chaque coup dur. Il avait su être un ami. Puis du jour au lendemain, tout avait basculé: c'était devenu un abruti. Il nous avait traîté comme des êtres abjects, sans intérêt et inutiles. Arthur n'avait pas été vexé : il ne l'avait jamais porté dans son coeur, une certaine forme de compétition s'était installée entre eux au fur et à mesure des semaines qui s'écoulaient. Chacun cherchait tour à tour à obtenir mon attention, à passer le maximum de temps avec moi. Et malgré que cela m'énervait, je devais avouer avoir apprécié à certain moment leur prise de bec. Je m'étais senti apprécié, demandé. Je n'en tirais néanmoins pas profit, les empêchant toujours d'aller trop lui. Il étaient mes meilleurs potes. Mais encore une fois, ils se prouvaient qu'ils se détestaient.

Mon coeur se serra violemment alors que mes doigts s'enroulèrent brusquement autour du poignet d'Arthur. Le garçon qui nous faisait face paraissait remonter à bloc, les traits de son visage exprimait sa colère. Mais je n'en tenais pas compte : j'étais beaucoup trop blessé. Il n'avait eu aucun scrupule à me repousser, à me blesser mentalement. Il avait écrasé notre amitié, il avait piétiné mon coeur et nos souvenirs. Sans même expliquer pourquoi.

J'avais fini par craquer, j'avais hurlé, demandé des explications mais rien. Le silence, un regard froid et une ignorance totale. C'est là qu'Arthur était intervenu. Nous étions amis depuis l'enfance et ma détresse le touchait. Il ne supportait plus de me voir être torturé de cette façon pour un gars qui nous avait lâchement jeté. Arthur voulait me soutenir, mais d'une manière trop brutale à mes yeux. Voilà pourquoi je le retenais à l'instant.

- Lâche-moi Steven, immédiatement, gronda à nouveau Arthur.

- Laisse tomber, soufflais-je en retenant mes larmes. J'ai compris, je n'ai jamais rien été pour lui. Viens, on rentre. Je n'ai pas envie de le voir plus longtemps. Il ne mérite pas notre attention.

- Pauvre bébé, j'ai l'impression que tu es au bord de larmes, pouffa l'autre abruti quand nos regards se croisèrent et Arthur s'arracha à ma poigne.

Sa main s'enfonça alors rudement dans son visage. Le soupir qu'il lâcha me fit frissonner : le frapper lui avait fait du bien. Peut-être trop : j'étais certain que le sourire qu'il arborait venait du sentiment de supériorité qu'il ressentait. Je secouais la tête et agrippais son épaule, le tirant vers moi. Notre ancien ami, main sur la mâchoire, releva ses yeux dans les miens, réellement surpris du coup. Il ne s'attendait visiblement pas à ce qu'Arthur agisse vraiment. Il aurait pourtant dû s'en douter, après un an à nous côtoyer.

Durant un instant de flottement, je crus percevoir du regret, vite balayé par une colère sourde. Notre ancien ami me fusillait maintenant du regard. Et mon ventre se contracta : c'était horrible d'en arriver là.

- On rentre Arthur, s'il te plait, demandais-je alors en baissant les yeux.

- Pas de soucis, se renfrogna mon meilleur ami. Une dernière chose salaud, lâcha-t-il tout de même en se tournant une dernière fois vers l'abruti, si tu t'en reprends à Steven, je te le ferai payer au centuple.

Le regard qu'ils échangèrent me fit frissonner. Ils se haïssaient, vraiment. Je n'avais jamais lu autant de haine dans leurs iris. Elle explosait pour la première fois sous mes yeux et j'étais sur le cul. Vraiment. Arthur était constamment souriant, aimant, protecteur. Cette facette de lui ne ressortait qu'en de rare cas. Comme aujourd'hui. Alors pour éviter un énième affrontement, je le tirai plus fortement derrière moi. Faites que l'autre con ne réplique pas. Surtout pas. Arthur était toujours dans l'excès alors s'il perdait les pédales, je n'étais pas certain de le retenir. Et il n'y avait plus personne dans le gymnase du lycée pour venir me donner un coup de main.

- Ne t'en fais pas, j'ai aucune envie de lui parler à nouveau, ricana alors l'autre gars en se détournant à son tour. C'était sympa de vous causer mais ça ne pouvait pas durer. À plus les loosers.

Mon visage se décomposa alors qu'il levait la main, nous faisant un signe désinvolte de dos. Comment pouvait-il être aussi... Je n'avais même pas de mots pour le décrire. Il avait changé, sans que je ne comprenne comment et pourquoi. Il ne s'ouvrait pas. Il n'en avait pas parlé. Il était devenu un salaud et c'était tout. Arthur serra vivement les poings, tentant déjà de lui sauter dessus mais je le retins.

- Laisse tomber. On y va, me crispais-je à mon tour. S'il ne veut plus de nous, c'est son problème. On est à deux, et je t'ai toujours, c'est ce qui m'importe le plus.

Arthur me lança un regard sceptique. Mais je lui souris, effaçant ses doutes. Il était le numéro un dans mon coeur, restait le meilleur ami, le frère que je n'avais jamais eu. Et je ne comptais pas le perdre pour un sale type qui me repoussait sans raison. Arthur à mes côtés, je m'échappais grâce aux bêtises qu'il racontait. Mais pourtant, une fois dans ma chambre, mon coeur se retourna.

J'avais été lâchement abandonné par un gars que je considérais comme un membre de ma famille. Bordel, ça faisait mal.

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