Tribut du vaincu

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Il s'écoula deux jours et deux nuits. Godwin les passa prostré, une culpabilité mordante s'entremêlant à une rage folle. Une tempête déracinait tout son être, détruisant tout. Il se sentait coupable. Il se sentait humilié, aussi.

De temps à autre, on déposait sur le seuil de sa tente une maigre pitance. Aucun bruit ne filtrait de l'extérieur, comme si le camp en entier se trouvait dans une parenthèse, dans un instant suspendu. Loin de l'apaiser, ce silence accentuait chacune des vives émotions qui soufflaient au creux de sa chair.

Il s'écoula deux jours et deux nuits, avant que le même jeune homme qu'il avait rencontré à son réveil vienne le chercher.

— Suivez-moi, mon seigneur.

Le ton était hésitant, maladroit devant cet ordre donné. Godwin retint avec peine un sourire narquois et se leva.

Le campement était silencieux sous le ciel teinté d'un améthyste crépusculaire. Les pans des pavillons se gonflaient sous l'air marin, claquant parfois au vent.

On le fit enter dans une tente. Un flambeau projetait des ombres sur les toiles.

Edmund était alité, son visage cireux et fiévreux.

À la lueur des flammes, Godwin discerna l'affreuse cicatrice qui s'ouvrait dans sa cuisse, et il sentit son estomac se révulser.

Il s'agenouilla aux côtés du convalescent, le souffle coupé, les membres tremblants. Son compagnon tourna lentement la tête vers lui, son regard percutant le sien. Godwin y lut tout ce à quoi il s'attendait : reproches et colère.

— Je suis désolé, chuchota-t-il.

Un sourire, torve et incertain, glissa sur les lèvres d'Edmund.

— Tu es désolé, répéta-t-il.

Un rire secoua sa poitrine, avant de se transformer en gémissement de douleur.

— Oui, répliqua Godwin. Je suis désolé. Je ne sais pas pourquoi j'ai... je...

— C'est trop facile.

— Edmund...

Godwin sentit son cœur imploser dans sa poitrine, soulevé par une vague de rage et de honte. Edmund chercha à tâtons ses mains liées, les enserrant avec force.

— Tu mérites ce qui t'arrive, Godwin, souffla-t-il en un râle de souffrance.

Il avait envie de hurler.

Il haïssait Edmund, il haïssait ses hommes. Il se haïssait, lui. Il aurait voulu se transpercer la poitrine avec son glaive pour ne plus avoir à ressentir l'humiliante sensation de son amour-propre réduit en cendres.

Et ces barbares qui n'arrivaient pas !

— Je suis désolé, répéta-t-il.

Pourquoi diable ne parvenait-il pas à formuler quoi que ce soit d'autre ? Il se sentait vidé de ses mots.

Edmund indiqua sa jambe. Godwin se força à contempler son oeuvre. La plaie était profonde, sectionnant chairs et muscles. Ce n'était qu'une question de jours, peut-être d'heures, avant qu'elle ne s'infecte et cause des dommages irrémédiables. Ils le savaient tous deux.

— Si je survis, je ne pourrais plus combattre avant longtemps. Si ce n'est pour toujours.

Godwin n'entendit aucun regret dans la voix de son compagnon. Sa gorge se serra. Combattre, sans Edmund à ses côtés. L'idée lui était insupportable.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !