3 : Ombre et rage

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Le soldat saxon resserra les pans de sa cape, une haine viscérale bouillonnant dans son corps.

L'air marin était chargé d'embruns glacés. Les vagues s'écrasaient avec fracas sur la grève sablonneuse, et aucun navire ne se profilait sur la mer brumeuse.

— Ils se moquent de nous, ragea Godwin.

— Ils tentent de nous montrer qu'ils sont les maîtres de la situation, répliqua Edmund. Ce qu'ils sont.

Godwin lui jeta un regard noir, mais son ami ne perdit pas contenance.

— Pourquoi Sa Majesté a-t-elle fait appel à toi, Godwin ? Ta haine envers les barbares est si viscérale que tu pourrais ruiner toutes nos chances de négociations.

— Je parle norrois et je connais l'art de la guerre. Je ne pense pas que Sa Majesté ait pris en compte tes considérations.

— Au moins as-tu l'honnêteté de ne pas nier ces considérations.

Le soldat saxon retint une imprécation. La garde de son glaive, glacée par le vent froid, épousait sa paume à la perfection, l'envahissant pendant une folle seconde d'une sensation envoûtante. Un désir brusque et intense de dégainer pulsait en lui. Dégainer et réduire son irritant compagnon au silence.

— Cesse, Edmund.

— Sinon quoi ? Tu vas me tuer ? répliqua-t-il avec un sourire narquois.

— Ce n'est pas l'envie qui m'en manque. Je...

— Je peux comprendre que tu ne souhaites pas que je te contrarie ou te contredise devant tes hommes, coupa-t-il. Mais tu ne peux me dénier le droit de le faire lorsqu'il n'y a que toi pour entendre ces paroles.

Godwin ne répondit pas tout de suite, faisant mine d'être absorbé par la contemplation des flots gris qui s'élançaient sur l'étendue sablonneuse.

— J'estime, fit-il enfin, que tu me dois le respect. Et...

— Tu peux te voiler la face, te cacher derrière ton rôle de chef. Tu ne supportes pas le moindre reproche. Il serait tant que tu en prennes conscience, tu ne crois pas ?

L'intéressé desserra lentement son emprise sur son arme.

— Et toi, il serait temps que tu apprennes où est ta place, répliqua-t-il.

Sur ces mots, il tourna les talons, s'enfuyant à grands pas vers son pavillon dressé plus loin, les herbes hautes de la lande bruissant sous ses foulées.

— Tu t'arroges un pouvoir sur tous ceux qui t'entourent, et tu espères qu'ils finiront par t'admirer ! Tu crois que c'est ainsi que tu seras aimé de ta femme ? De Theodore ? De tes soldats ? De moi ? Car si c'est le cas, Godwin, sache que tu seras toujours désespérément seul.

Il s'arrêta net.

— Retire ce que tu viens de dire, articula-t-il d'une voix vibrante.

— Non.

Godwin se retourna, le glaive chuintant hors de son fourreau.

— Retire ce que tu viens de dire ! hurla-t-il.

La lame cingla l'air, manquant de peu le flanc d'Edmund.

Bientôt, la propre arme de son ami s'interposa à la sienne, voltigeant en une succession de coups effrénés répondant aux siens. Godwin faisait danser son glaive, porté par une colère incommensurable.

Une seule chose importait, venger son honneur meurtri, son amour-propre réduit en miettes.

Le murmure du fer, le vacarme de leurs cris mêlés en une symphonie de rage, le sang gouttant sur les ajoncs, le corps s'y écrasant.

Thraell 2 : Jusqu'à ce que sonne GjallarhornLisez cette histoire GRATUITEMENT !