Chapitre 10 - Partie 1 - Un partout

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Faï se réveilla dans un cri de terreur. Elle roula hors du matelas sur lequel elle dormait. Elle sentait les bribes noires et squelettiques de son cauchemar s'accrocher à ses chevilles, la retenir par les poignets. Paniquée, en larmes, elle rampa vite, loin. Fuir, sans réfléchir, les sorts et sorciers qui tuaient sa mère et qui, d'un coup, s'en prenaient à elle.

La chaîne la ramena à la réalité : elle se tendit brusquement à deux mètres de sa couche. L'enfant, brisée dans son élan, s'effondra face contre terre. Ils lui avaient refermé un collier autour du cou, avec à peine autant de considération qu'à un chien, et, ce soir-là, l'avaient attachée à un mur. Elle se mit à sangloter, à geindre dans les aiguës.

« Merlin... mais elle va se la fermer cette petite conne... » grogna une voix endormie, toute proche.

Faï tressaillit et fournit un effort surhumain pour ne plus renifler. Elle avait trop peur qu'ils la maltraitent de nouveau, avec leur magie.

Elle se recroquevilla contre le mur et enfouis sa tête entre ses genoux. Les cinq sorciers et sorcières se partageaient le dortoir. Au fil du temps, l'enfant avait conclu qu'ils devaient former une sorte de groupe d'intervention. Une cellule, comme ils le disaient. Une cellule de l'Ordre. Elle n'avait pas vraiment compris ce que cela signifiait.

Ils voyageaient beaucoup et ne restaient jamais plus de trois jours au même endroit. Elle avait cessé de compter les nuits passées loin de chez elle à vingt. Ils la trimbalaient partout avec eux, comme ces paquetages qu'ils déplaçaient d'un lieu à l'autre.

Fortification, ruines, grotte, crypte, simple camp de tentes dressées... Le dortoir qui les accueillait ce soir était sans conteste l'endroit le plus confortable dans lequel ils avaient échoué.

Demain, ils le quitteraient, sans doute en se transférant vers une nouvelle planque. Faï haïssait les transferts. Au mieux, ils lui coupaient les jambes.

La première fois, c'était la femme, Etzel, qui s'était approchée, l'avait attirée contre elle et les avait déplacés d'une façon que l'enfant n'arrivait pas à comprendre. La sensation, désagréable à ne pouvoir être décrite, l'avait fait vomir jusqu'à la bile. C'était parce qu'elle était humaine, avaient-ils supposé.

La magie, que la fillette trouvait si envoûtante et si belle lors des soirées passées à discuter avec l'Once, s'avérait n'être qu'une source de malheur et de souffrance.

« Quelqu'un la fasse taire ou je vous jure que je m'en occupe ! » gronda la voix grave de l'un des sorciers.

Faï sursauta. Elle s'était remise à pleurer sans s'en rendre compte.

« J'ai peur, osa-t-elle sangloter à mi-voix, en réponse. Et j'ai froid. »

La petite couverture derrière laquelle elle s'abritait ne suffisait pas à la protéger du froid ambiant. Pourtant, c'était encore l'été.

« Ok, elle l'aura cherché », claqua l'homme avec mauvaise humeur.

Une lumière blanche sortit de sa main et éclaira la salle, faisant trembler les ombres des lits superposés. Le bois grinça alors qu'il descendait du sien.

« Laisse. Je m'en occupe », souffla un autre.

Grimm, devina Faï. En un mois, elle avait appris à identifier leurs voix. Elle se colla contre son mur alors qu'une silhouette sombre se dirigeait vers elle.

« Je vais me taire ! Je vais me taire ! gémit-elle en pleurant de plus belle.

— Amène-la à côté... ordonna la voix somnolente de la femme. Arrêtez d'abuser les gars et dormez. J'ai besoin que vous soyez dispo demain. »

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