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Cela fait plusieurs jours que j'ai envoyé le mail à Ophélie. J'ai cherché une photo d'elle sur le net en tapant son nom sur un moteur de recherche. Qu'est-ce qui m'a pris ? Je me suis questionné sur la valeur morale de cette pratique. Était-ce par simple curiosité ou par ambition sexuelle ? J'ai beau vouloir le nier, c'est la deuxième option qui m'a motivé...

Hier, j'ai reçu un commentaire sur ma page wiki :

"Comment by DocRabbit :

I don't understand anything !"

Si c'est pour poster ce genre de commentaire, qu'il s'abstienne ! Je m'attendais à susciter beaucoup plus d'intérêt de la part des internautes. Mon prologue contient un résumé de l'ensemble des principes que je suppose compréhensibles pour la majorité du commun des mortels. A la réflexion, peut-être un peu moins de la majorité...

Je viens de recevoir un message d'Ophélie. Une vive émotion traverse mon corps. Tout excité, je m'empresse de découvrir son analyse.

"Coucou Lucas,

tu dois avoir reçu un commentaire sur ton wiki ? DocRabbit, c'est moi ! Mea culpa. Ne m'en veux pas ;)

Pour être franche, je n'ai pas compris les structures mathématiques que tu emploies pour décrire la quantification du champ gravitationnel. Je ne connais pas ce formalisme. Je crois que je n'ai pas encore le niveau pour comprendre tes équations. Ça devrait te faire plaisir... ou t'inquiéter !

Si ça te convient, je peux transmettre l'adresse web de ton wiki à mon directeur de mémoire ? Ce que tu as produit est intéressant mais je n'ai pas le temps de m'y consacrer davantage.

Supprime le commentaire.

On se tient au courant.

Ophélie."

Je suis un peu déçu. J'espérais qu'elle comprenne mes idées. En bon idiot, je m'étais imaginé tout un tas de scénarios dans lesquels nous travaillions ensemble. Je ne ressens pas la même émotion que lors de la lecture de son premier mail. Quand je pense que Stéphane voulait nous organiser une rencontre... Je me serais cantonné à un monologue faute d'être compris par Ophélie. Je n'ai pas envie de prendre la peine de répondre à son message.

Mon dîner est prêt mais je n'ai pas faim. Je le mangerai demain matin. Je préfère aller me coucher.

Je m'allonge dans mon lit et une pensée obsédante me traverse l'esprit. Je ne sais plus si j'ai éteint le four ? Je n'ai pas envie de me lever. Cette pensée me ronge de l'intérieur. Je n'arrive plus à me rappeler si j'ai éteint ce putain de four ! Qu'est-ce que j'ai fait avant d'aller me coucher ? Je crois que je l'ai éteint... Je me sens mal. Je me lève en trombe et me dirige vers la cuisine dans le noir. Je me cogne contre une chaise. Le voyant d'allumage est éteint. Je me retourne vers la chambre, mais je veux être sûr qu'il soit bien éteint. Alors je reviens sur mes pas et me dirige à nouveau vers le four. Oui, il est éteint. Je tourne les boutons vers la position Off. Plusieurs fois. Il est bien éteint...

Des bruits sourds résonnent dans la chambre. Encore et toujours cette télé ! Je n'en ai pas et pourtant elle envahit mon quotidien. Jamais je n'ai imposé du son aux autres résidents. J'ai mon casque audio et ça me suffit. Depuis le temps qu'ils habitent dans cet immeuble, et sachant à quel point l'isolation est mauvaise, ils n'ont jamais songé à modifier leur mode de vie pour faire le moins de bruit possible !? C'est à croire qu'ils se sont tous mis d'accord sur le fait de n'en avoir rien à foutre des uns et des autres et de vivre comme s'ils habitaient dans des maisons individuelles. C'est un bon parallèle à faire avec le fonctionnement du monde géopolitique. La nature humaine est détestable. Je prends mon casque et le branche à mon portable. Je vais écouter un peu de musique, ça va me détendre !

LucasLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant